"On n’était ni prévenus ni conviés" : quand une visite d’Emmanuel Macron dans le Doubs déclenche la colère des agriculteurs

Le président de la République s’est rendu dans le Doubs ce mardi 6 février, à l'exploitation d'Arnaud Gaillot, président national des Jeunes Agriculteurs. Sa visite inopinée, qui n’était pas à l’agenda officiel, a déclenché l’ire de la Confédération paysanne et de la Coordination rurale du Doubs.

Les tracteurs ne vrombissent plus sur les autoroutes du pays, mais la colère agricole couve encore en France. Si la FNSEA a annoncé la fin des blocages, pour les autres syndicats, le compte n’y est pas. Ce mardi 6 février, le président de la République s'est rendu à Bouclans, dans l'exploitation d'Arnaud Gaillot, président national des Jeunes Agriculteurs. Ce dernier l'a confirmé à nos confrères de l'Est Républicain ce mercredi.

Arnaud Gaillot avait à plusieurs reprises invité Emmanuel Macron. Cette visite, programmée en dehors de tout agenda officiel, et sans associer les organisations syndicales de la profession, a déclenché un tollé.

La Coordination rurale du Doubs devait justement, ce mardi 6 février, rencontrer le préfet du département, pour évoquer des pistes de sortie de crise. Le rendez-vous, prévu à 14h, a tourné court : "Le préfet est parti en catastrophe. Il nous a salué poliment, il ne nous a pas dit où il allait", déplore Nicolas Bongay, président du syndicat dans le Doubs.

Sentiment de cogestion État-FDSEA

Le préfet du Doubs semble donc avoir appris la visite du président de la République au dernier moment, puisque ce dernier a fait étape dans un bar-tabac de la commune de Roulans, vers 15h30, avant de reprendre la route pour se rendre à Bouclans, au GAEC d'Arnaud Gaillot.

Loin d’être mis au parfum de cette visite qui les aurait fortement intéressés, les représentants de la Coordination rurale se retrouvent donc le bec dans l’eau. Le préfet du Doubs a rapidement évoqué une nouvelle rencontre dans une exploitation, laissant ses visiteurs un peu amers. "On attendait vraiment des orientations, de ce que lui pensait pouvoir faire, pour avoir le relais de l’État", relate Nicolas Bongay.

On avait un rendez-vous, on a mis du temps à l’avoir. C’est une maladresse, un concours de circonstances assez fâcheux dans la période de crise actuellement.

Nicolas Bongay, président de la Coordination rurale du Doubs.

Ce n’est que ce mercredi 7 février que les adhérents de la Coordination rurale comprennent pourquoi le préfet avait dû partir la veille, et surtout pour quel motif Emmanuel Macron venait en Franche-Comté. "De l’apprendre dans la presse, c’était moyen. Les gens me téléphonent ce matin, ils sont plus que fâchés."

Pour ce syndicat assez minoritaire, une vingtaine d’adhérents dans le Doubs, le sentiment prédominant est d’être mis à l’écart des débats. "Ils en ont un peu marre de la cogestion État-FDSEA. Voilà le ressenti aujourd’hui, relaye Nicolas Bongay. On sent qu’il y a deux poids, deux mesures, ils sont… on va dire, révoltés."

La FDSEA du Doubs, traditionnellement proche des Jeunes Agriculteurs, a déclaré ce mercredi matin à France 3 Franche-Comté qu'elle n'avait pas été mise au courant de la visite présidentielle.

L’égalité de traitement en question

"C’est une organisation qui a l’habitude de cogérer avec le gouvernement, pour nous, c’est un signal extrêmement mauvais", abonde de son côté Laurence Lyonnais, porte-parole de la Confédération paysanne du Doubs. Au sein de la 3e organisation syndicale agricole de France, on dénonce également ces rapports privilégiés au plus haut sommet de l’État avec la FNSEA, auxquels tous les syndicats ne sont pas associés.

Ce matin on n’est pas contents du tout. Le gouvernement négocie en catimini plutôt que d’affronter les vrais problèmes.

Laurence Lyonnais, porte-parole de la Confédération paysanne du Doubs

La Confédération paysanne a également été conviée en préfecture ce lundi 5 février, un rendez-vous honoré lui, mais empreint de propos assez vite démentis par les faits, selon Laurence Lyonnais. "Le premier point qu’on a évoqué, c’était la question de l’égalité de traitement républicaine pour des syndicats minoritaires, mais représentatifs comme le nôtre." 

"Avec moi, vous serez traités avec égalité", leur a assuré le préfet Rémi Bastille, nommé le 12 janvier dans le département. Une démarche d’ouverture de la part de la préfecture, confrontée aux dernières visites dans le département, où la Confédération paysanne n’était "pas conviée ou conviée in extremis" : "On lui rapportait une série de rencontres, Marc Fesneau en 2022, le préfet coordinateur en charge du dossier loup en novembre 2023 à Chapelle-des-Bois", rapporte Laurence Lyonnais.

Pour la porte-parole du syndicat, cette visite surprise non officielle chez des agriculteurs triés sur le volet vient une nouvelle fois contredire cet argumentaire. Une démarche, qui pour elle, devient une habitude.

Ils ont mis le feu aux poudres. Les gens sont fâchés de ce qu’il s’est passé hier. Ils sont remontés comme des coucous. On préparait des actions pour les jours à venir, les gens sont motivés.

Nicolas Bongay, président de la Coordination rurale du Doubs

Au traditionnel Salon de l'agriculture qui se tient du 24 février au 3 mars, la Confédération paysanne associe chaque année le Salon alternatif "À la ferme". Une occasion que le syndicat compte saisir pour inviter Emmanuel Macron à échanger. L'événement aura lieu dans le Doubs à Saint-Juan, à quelques kilomètres de Bouclans, le 17 février prochain.

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