AUTOMOBILE. Forvia va supprimer 10 000 postes en Europe, "c'est pour satisfaire l'actionnariat" dénoncent les syndicats de l'usine d'Allenjoie

L'équipementier automobile Forvia (ex-Faurecia) prévoit de supprimer jusqu'à 10 000 emplois en Europe d'ici 2028. Sur un marché automobile atone, le groupe français a annoncé que ce plan concernera tous les sites. Les inquiétudes sont grandes à Allenjoie dans le Pays de Montbéliard (Doubs), où travaillent plus de 300 personnes. Forvia y a récemment inauguré une usine de fabrication de réservoirs à hydrogène.

Sur un marché automobile en crise depuis quelques années, le sous-traitant automobile Forvia envisage de réduire drastiquement ses effectifs. 10 000 emplois pourraient être supprimés ces quatre prochaines années. Depuis l'annonce de ce plan par la direction du groupe lundi 19 février, l'incompréhension règne parmi les quelque 300 salariés employés dans les deux usines implantées à Allenjoie (Doubs).

La surprise est totale pour Eric Nappiot, délégué syndical central CGT, sur le site d'Allenjoie pour les activités échappement, "on l'appris par les médias", lance-t-il au micro de Sarah Francesconi. L'annonce de ce plan intervient au moment de la présentation des bons réultats de Forvia, issu du groupe Faurecia. Sur l'exercice 2023, le fabricant d'habitacles, de phares et de systèmes d'échappement est redevenu bénéficiaire, à hauteur de 222 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires de 27,2 milliards d'euros (+10,9% sur un an). "C'est cynique", commente Tarek Zardhad délégué syndical CGT. "Ce plan de suppression de postes c'est de la recherche de profit pure et simple, c'est pour satisfaire l'actionnariat" ajoute-t-il.

L'objectif de Forvia est de revenir à 6,6% de marge opérationnelle en Europe, contre 2,5% en 2023. Il a légèrement amélioré sa marge opérationnelle, à 5,3% du chiffre d'affaires. Forvia, qui s'est fortement endetté avec le rachat de l'équipementier allemand Hella, a réduit son endettement de près d'un milliard d'euros en 2023, à près de sept milliards d'euros. Les économies attendues devraient atteindre environ 500 millions d’euros en 2028.

Tous les sites Forvia concernés par le plan mais différemment

Les inquiétudes sont fortes et les salariés se posent énormément de questions. "A quelle sauce nous serons mangés ? Serons-nous concernés et si oui à quelle hauteur ? Vont-ils délocaliser nos emplois ?". Des interrogations qui restent pour l'instant en suspens. 

Fin 2023 Forvia comptait 75.500 salariés en Europe, notamment en France, en Allemagne, en Pologne, en République tchèque et en Espagne. "Ca va concerner tous les sites mais pas de la même manière", a précisé le directeur financier de Forvia, Olivier Durand, lors d'une conférence de presse. Les syndicats craignent à long terme une intensification du travail. Le groupe a décidé de "réduire immédiatement et drastiquement le recrutement en Europe, d’adapter le niveau d’emploi non permanent et de réduire
fortement le recours à des ressources R&D externes"

"On a l'impression de payer deux fois la facture"

Spécialisé jusqu’ici dans les systèmes d’échappement, le site de Forvia à Allenjoie a peu à peu délaissé le domaine avec la fin des véhicules thermiques annoncée en 2035. En octobre 2023, Forvia a inauguré sa nouvelle plateforme industrielle dans la zone de Technoland 2 du Pays de Montbéliard. Une usine de pointe flambant neuve pour "accompagner la mobilité du futur", destinée à produire des réservoirs à hydrogène pour les véhicules. D’une capacité de production de 100 000 réservoirs par an d’ici 2030, 170 millions d'euros ont été investis et plus de 300 emplois promis. 

Les syndicats revendiquent le maintien des emplois dans l'activité échappement "tant que l'hydrogène n'a pas trouvé son marché espéré". "On se demandait si l'hydrogène serait un miracle ou un mirage pour nos emplois, on s'oriente plutôt vers un mirage", déplore Eric Nappiot de la CGT. Une réunion intersyndicale est prévue mercredi 21 février. "Faurecia a bénéficié de centaine de millions d'euros d'aides publiques au niveau européen pour la filière hydrogène et au final l'entreprise va dégraisser à hauteur de 10 000 emplois, c'est désolant, on a l'impression de payer doublement la facture en tant que contribuable et salarié..." lâche Tarek Zardhad délégué syndical CGT.

L'inquiétude des élus locaux 

En juin 2023 déjà, deux élus communistes de la Région avaient fait part de leurs méfiances vis-à-vis des perspectives de l'usine de réservoirs à hydrogène. Les sites d'Allenjoie et de Bavans avaient bénéficié de 7 millions d'euros de fonds régionaux. Dans une lettre ouverte adressée à Patrick Koller, directeur général de Faurecia, les conseillers régionaux communistes, Mathieu Guinebert et Muriel Ternant, demandaient des comptes quant à l'avenir de l'emploi sur les sites et concernant le carnet de commandes espérés.

Aujourd’hui, Forvia emploie plus de 2 800 personnes en Bourgogne Franche-Comté sur 8 sites dont 2 dédiés à la R&D.