"Pourquoi on a le nez qui coule ?", "Pourquoi les chats ronronnent-ils ?" : Viviane Lalande, la youtubeuse qui vulgarise la science de notre quotidien

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Écrit par Johanna Albrecht .

Avec plus d’un demi-million d’abonnés, et plus de 37 millions de vues cumulées sur Youtube, Viviane Lalande est une figure de la vulgarisation scientifique francophone. Pour son travail, l’ancienne élève de l’université de technologie de Belfort Montbéliard (UTBM) a reçu le prix Jules Perrin de la Société française de Physique. Portrait.

Saviez-vous que dans votre nez, se cachent plus de 100 mètres carrés de muqueuse ? Que c’est parce que les cils qui la composent ne peuvent plus s’agiter comme à leur habitude; que votre nez coule lorsqu’il fait très froid ? Ces anecdotes amusantes sur le corps humain, issues d’études scientifiques qui ont tout ce qu’il y a de plus sérieux, vous pouvez les trouver sur la chaîne Youtube de Viviane Lalande. Ancienne étudiante de l’UTBM (Université de technologie de Belfort Montbéliard), cette Française, installée au Québec, est avec ses 37 millions de vues cumulées, l’une des figures de la vulgarisation scientifique francophone. Une activité pour laquelle elle a d’ailleurs reçu le prix Jean Perrin de la vulgarisation scientifique en 2022.

« Pourquoi le concombre n’est-il pas vendu tout nu ? »

Au fil de ses vidéos, plus de 150 à ce jour sur sa chaîne principale, Viviane Lalande se penche sur le monde qui nous entoure. « Pourquoi l’eau est bruyante avant de bouillir ? », « Pourquoi le concombre n’est-il pas vendu tout nu ? », « Comment choisir sa brosse à dents ? ». Des thèmes très concrets, qui peuvent l’amener à parler transfert de chaleur, effet de Leidenfrost et risque nucléaire. Le tout en moins de 14 minutes, et avec des explications à la portée de tous.

« Ce que j’aime bien faire, c’est prendre des questions du quotidien, et montrer qu’il y a une complexité en dessous », explique la scientifique, « montrer ce qui rend cette complexité intéressante et apporter des couches de compréhension ». « Un peu comme dans Matrix, c’est comme si on se baladait dans la rue, et puis là, on voit les petits messages, avec toute la complexité derrière les choses qui apparaît ».

Pour apporter des réponses à ces questions, en apparence simples, mais dont le premier quidam venu serait bien en peine de répondre, la Française peut mobiliser un bagage scientifique solide. Après deux années de licence en physique à Montpellier, Viviane Lalande a obtenu le diplôme d’ingénieure en génie mécanique de l’UTBM, avant de s’envoler outre-Atlantique, poursuivre un maîtrise recherche (« comme un mini-doctorat en deux ans » ) à Polytechnique Montréal, puis de passer un doctorat en biomécanique de la colonne vertébrale. « Quand j’ai une idée, je fais des recherches comme si j’étais sur un projet de recherche académique, raconte l’ingénieure, je vais voir des publications de chercheurs, je fais une revue de littérature. Et après, je me mets à écrire ». Chaque vidéo lui demande environ deux semaines de travail.

Mais comment la youtubeuse choisit-elle ses sujets ? « C’est la question que tout le monde me pose, mais je n’ai pas de réponse satisfaisante » avoue-t-elle. « J’ai l’impression que ce sont eux qui me choisissent ». La Française se laisse guider par sa curiosité. « J’ai un peu de visibilité, j’ai deux, trois mois de sujets que j’aimerais traiter », « mais s’il y a un sujet que je trouve plus cool, un autre peut sauter ou être repoussé ».

Au fil des vidéos, le corps humain et ses mystères tiennent une place de choix : « Pourquoi sortir le pied de la couette est-il aussi efficace ? », « Faut-il faire passer le hoquet ? ». Lorsqu’elle était encore étudiante, ingénieure en Franche-Comté, la future vulgarisatrice s’imaginait alors concevoir un jour des implants orthopédiques. «Comme j’étais dans une université d’ingénieur, j’ai toujours fait de la recherche très appliquée.»

Un ton venu d’outre-Atlantique ? Un truc spécial ? 



C’est après son départ pour le Québec, et la suite de ses études, que la vulgarisation scientifique est entrée dans sa vie. D’abord en 2010 avec un blog, et puis, à partir de 2013, sur Youtube. « En Francophonie, la vulgarisation n’existait pas encore ». À l’époque, ses vidéos sont d’abord un hobby. Mais après son doctorat, en 2019, elle se lance : «Je suis passée à temps-plein en me disant ‘on verra si ça marche’, et ça a marché tout de suite ». Près d’un demi-million d’abonnés la suivent.

Un succès qui n’est pour elle, pas étranger à son parcours franco-québécois : "Je ne sais pas trop l’identifier, mais j’ai l’impression qu’il y a un truc que je fais différemment, s’explique-t-elle, je pense que c’est culturel, je suis très proche de la culture anglophone, qui est très efficace, très ‘droit au but’ ».

L’ingénieure bénéficie également d’une grande liberté de ton. Comme beaucoup de youtubeurs, ce ne sont pas les revenus générés par les publicités que la plateforme accole à ses vidéos qui lui permettent de vivre de son activité, mais plutôt les partenariats avec des marques et des entreprises : « Ce sont les sponsors qui amènent l’argent sur ma chaîne » reconnaît-elle. « J’ai le luxe de pouvoir dire non aux gens qui ne m’intéressent pas, parce que je travaille avec une agence qui négocie les contrats ».



Que ces entreprises financent une vidéo, ce qui leur permet d’être citées au début ou à la fin de ladite vidéo en étant identifiée en tant que sponsor, ou qu’elles commandent un sujet, Viviane Lalande conserve sa liberté éditoriale. « Pour les vidéos dédiées, ils peuvent demander à ce que ce soit un sujet en particulier qui soit traité, mais en général, c’est moi qui choisis ». Par exemple, « j’ai fait une vidéo sur les trous à côté des ronds-points, raconte-t-elle, la fédération des travaux public avait demandé un sujet qui parle à un moment donné de travaux publics et qu’il y ait un lien avec le changement climatique, c’est moi qui ai choisi de parler des bassins d’orage ».



Passionnée par son activité de communication scientifique, Viviane Lalande a ouvert en 2016 une seconde chaîne Youtube, plus confidentielle, où elle parle cette fois-ci de son métier, et partage sa manière de le pratiquer. « Il n’y a pas beaucoup de formations en vulgarisation scientifique » se justifie l’ingénieure, « moi, je me suis formée en lisant les livres, et en faisant énormément d’erreurs, alors l’idée, c’est de faire du partage, en disant, ‘voilà ce que j’en pense, et vous ?’ ». Une manière de réfléchir avec ses abonnés à de nouvelles manières de présenter une information scientifique, et de continuer à perfectionner ses compétences pédagogiques. 

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