Pontarlier : Rassemblement, pétition, page facebook, les actions de soutien aux infirmières sanctionnées se multiplient

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Quatre infirmières de l'Ehpad du Larmont près de Pontarlier (Doubs) ont été sanctionnées par l'ordre régional des infirmiers après une enquête sur des décès dans cet établissement. Un nouveau rassemblement a eu lieu ce samedi 14 décembre en soutien à ces personnels de santé. 

Un nouveau rassemblement devant l'Ehpad du Larmont à Doubs. 200 à 300 personnes étaient présentes. Des soignants, des familles de résidents. Un cortège a fait le tour de l'établissement. Un premier rassemblement de soutien avait déjà eu lieu le 30 novembre dernier.

Trois des quatre infirmières sanctionnées étaient présentes. Toutes sont des infirmières expérimentées. Fin novembre, la chambre disciplinaire de l'ordre régional des infirmiers a rendu sa décision dans l'affaire des morts suspectes au sein de l'Ehpad du Larmont. Quatre infirmières de l'établissement ont été suspendues deux semaines, avec sursis, par la chambre disciplinaire de Bourgogne-Franche-Comté.

"Ca fait vraiment du bien tout ce soutien" confie l'une des infirmières. "On s'occupe de personnes avec des sentiments, des désirs, des besoins. Quand on soigne une personne, c'est nous qu'on soigne. On a besoin de le faire avec humanité. On s'est retrouvé dans une situation où on nous empêchait de faire ça avec humanité" ajoute sa collègue. 
 
 
Ecoutez le témoignage des infirmières


Que reproche-t-on aux quatre infirmières ? Des faits bien différents pour chacune d'entre elles. L'une est accusée d'avoir appliqué ou non un traitement, sans avoir reçu l'avis d'un médecin. L'autre, d'avoir suspendu l'administration d'un traitement sans l'accord d'un médecin. "Dans chaque hypothèse, les infirmières ont prouvé qu'elles avaient agi en toute déontologie. Nous étions dans des hypothèses de fin de vie. Elles ont agi dans l'urgence, en en ayant référé automatiquement par téléphone au médecin" nous a confié Me Delamea, avocat des quatre infirmières incriminées.

Ce dernier dénonce "une décision injuste et caricaturale" et précise que "ce sont des infirmières toutes expérimentées, véritablement animée par une forme d'apostolat, dans le désir de bientraitance et de bienveillance." 

Le Procureur de la République avait ouvert une enquête pour homicides volontaires dans cet Ehpad. Une enquête requalifiée en recherche des causes de la mort. Les enquêteurs avaient saisis 20 dossiers de patients. Ils avaient notamment constaté un taux de décès "plus important (...) que la moyenne nationale" au sein de cet Ehpad ainsi qu'une "consommation inhabituelle de molécules médicamenteuses permettant une sédation profonde".
 
Pontarlier : rassemblement en soutien aux infirmières sanctionnées



#moiaussiinfirmièrecondamnable


Sur le réseau social Facebook, une page a été créé. Son nom :  IDE #moiaussiinfirmièrecondamnable. Les créateurs de cette page ont pour but de faire savoir que "quatre infirmières ont été condamnées pour des pratiques qui semblent communes à d'autres établissements dans un but de confort et de bientraitance des résidents". La page invite les internautes du monde médical à s'exprimer s'ils ont les mêmes pratiques. 
  • Si toi aussi tu appliques des prescriptions orales, #moiaussiinfirmièrecondamnable ?
  • Si toi aussi tu ne forces pas la personne à prendre un traitement prescrit, #moiaussiinfirmièrecondamnable ?
  • Si toi aussi tu retranscris des prescriptions orales quand tu ne peux pas faire autrement #moiaussiinfirmièrecondamnable ?
  • Si toi aussi tu assouplis la procédure pour le bien-être du patient #moiaussiinfirmièrecondamnable ?

Quelques internautes, des infirmières se sont déjà exprimées. Comme cette infirmière des urgences qui a administré un traitement pour soulager une personne âgée en fin de vie aux urgences. La prescription a été rentrée dans l'ordinateur après le décès de la patiente parce que l'infirmière n'avait pas le temps. Une infirmière qui se dit solidaire de ses consoeurs sanctionnées à l'Ehpad du Larmont. "Le jour où on étudiera mes dossiers et j'espère que ça arrivera, j'irai en prison les deux mains en avant pour qu'on me mette les menottes pour avoir accorder à une personne en fin de vie un peu de dignité" affirme l'internaute.
  

Une pétition en ligne pour soutenir les infirmières condamnées


Le Collectif infirmier EHPAD du Larmont a lancé lui une pétition destinée à Agnès Buzyn, la Ministre des Solidarités et de la Santé. 

Près de 500 personnes l'ont signé. La pétition rappelle que ces quatre infirmières travaillent dans l'accompagnement et les soins des personnes en fin de vie.

Pour les quatre infirmières, la sanction est tombée : « 15 jours d'interdiction d'exercer avec un sursis total »
- pour avoir appliqué et retranscrit des prescriptions médicales orales ou par téléphone
- pour ne pas avoir forcé une personne en fin de vie endormie à prendre son traitement prescrit
- pour avoir assoupli la procédure pour le bien-être du résident...

"Pour poursuivre leur mission de prendre soin des personnes âgées qui leur sont confiées dans un souci de bienveillance et de respect de la dignité humaine, tous ces professionnels ont besoin de votre soutien" indique la pétition en ligne.