“Ils ont uriné sur le lit de mon fils, ses harceleurs vont réintégrer le lycée” : à Pontarlier, une mère témoigne

Deux élèves avaient été exclus du lycée Xavier Marmier, à Pontarlier, fin 2019. / © Google Street View
Deux élèves avaient été exclus du lycée Xavier Marmier, à Pontarlier, fin 2019. / © Google Street View

Fin 2019, plusieurs cas de harcèlement scolaire ont été signalés au lycée Xavier Marmier, à Pontarlier (Doubs). Alors que le conseil de discipline avait décidé d'exclure deux élèves, le rectorat vient de revenir sur cette décision.

Par Mary Sohier

Laurence* et Pierre*, son fils, n'ont pas dormi de la nuit. Ce lundi 17 février, ils ont appris que les harceleurs de Pierre allaient revenir au lycée. "On a une boule au ventre. On a l'impression qu'on écoute plus les coupables que les victimes", nous confie Laurence, la gorge nouée.

"Mon fils parlait de suicide"

Pierre, 16 ans, intègre l'internat du lycée Xavier Marmier, à Pontarlier, en septembre 2019. Très vite, tout bascule : "J’ai vu l'état de mon fils se dégrader en trois mois, il parlait de suicide. Il était en échec scolaire." L'adolescent est, en fait, harcelé quotidiennement.

Mon fils s'est fait uriner sur son lit une fois dessus en pleine nuit. On lui a cassé son lit, jetté des objets dans la figure, volé ses affaires. Des photos de lui ont été prises en pleine nuit et affichées sur les réseaux sociaux. Bref, il a vécu un cauchemar.
- Laurence, mère d'un enfant victime de harcèlement scolaire

Pierre trouve tout de même le courage d'aller dénoncer ces faits de harcèlement aux enseignants : "Tout de suite, ils ont été à l'écoute. Ils n'ont absolument pas remis en cause sa parole. Ils ont été géniaux et ont très vite réagi." L'équipe encadrante se rend compte que Pierre n'est pas le seul à avoir été victime de ces brimades : quatre autres élèves étaient concernés. La parole se libère et le conseil de discipline est saisi. Deux élèves sont alors exclus du lycée et de l'internat : "Mon fils était apaisé. Depuis la rentrée de janvier, il allait beaucoup mieux."


Les professeurs sont sous le choc


Ce lundi 17 février, c'est la douche froide pour Laurence et sa famille : "Nous avons appris que le rectorat de Besançon avait invalidé la décision du conseil de discipline du lycée. Concrètement, les harceleurs de mon fils vont réintégrer l'établissement. Mon fils est très stressé. Il a peur que ça recommence. Et moi j'ai peur que si ça se représente, il ne dise rien."

De son côté, l'équipe encadrante se sent désavouée par le rectorat. "C'est un affront. Le rectorat conteste la décision du conseil de discipline. En somme, celle de toute l'équipe éducative : professeurs, CPE, surveillants et agents de service. C'est une remise en cause de notre travail. C'est un message fort", nous confie, avec désarroi, Gilles Lampert, professeur d’EPS et coordinateur de la section sport étude. "Les enseignants ont été choqués", ajoute son collège Claude Cuenot, professeur d'histoire-géographie et représentant du syndicat SNES au lycée. Dans un communiqué, le personnel écrit : "La décision du rectorat, incompréhensible au regard de la gravité des faits qui ont donné lieu aux conseils de discipline, remet en cause le rôle éducatif des personnels et met à mal la communauté scolaire."


La réponse du rectorat de Besançon


Le rectorat, que nous avons joint par téléphone, assure n'avoir reçu "aucun signalement de la part de l'équipe éducative pour des faits de harcèlement" et ajoute qu'"aucune plainte n'a été déposée par la famille".

La commission d'appel du rectorat avait sous les yeux trois qualifications dans ce dossier : vol d'affaires, réveil nocturne, lit en cathédrale. Le rectorat précise qu'un des jeunes a été exclu définitivement de l'internat mais pas du lycée. Les faits s'étant produits à l'internat, une exclusion totale de l'établissement n'aura pas été légale précise le rectorat. Pour le deuxième adolescent, la seule qualification d'"atteinte aux biens" (destruction d'objets) a été retenue. Il a lui écopé d'une exclusion avec sursis.



Journée blanche au lycée ce jeudi


Sonia Caminati, professeur et syndicaliste FO, se dit "choquée" par ces déclarations. Elle maintient que l'équipe éducative a, bel et bien, alerté le rectorat sur une situation de "harcèlement scolaire dans le cadre de l'internat". Une pétition est en cours au sein même du lycée.
 


Les repas froids ont été servis ce lundi et l'internat est resté fermé. Dans un mot adressé aux parents, le personnel annonce l'organisation d'une journée blanche ce jeudi 20 février et invite "les parents qui souhaitent soutenir le mouvement à garder leurs enfants à la maison".

Contacté, le proviseur du lycée Xavier Marmier n'a pas souhaité répondre à nos questions.

* Les prénoms ont été changés.

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