RÉCIT. Jugé en appel pour le meurtre de Sophie Le Tan, Jean-Marc Reiser avait déjà été condamné pour viol dans le Doubs

Le procès en appel de Jean-Marc Reiser s’ouvre mardi 20 juin 2023 devant la cour d'assises de Colmar (Haut-Rhin). Il s'agit de déterminer le caractère intentionnel ou prémédité - ou non - de l'homicide de Sophie Le Tan, en 2018. Récit du lourd passé judiciaire, notamment dans le Doubs, de cet Alsacien de 62 ans.

En 2018, le jour de ses 20 ans, Sophie Le Tan part visiter un appartement mis en location sur leboncoin. Elle ne reviendra jamais de son rendez-vous à Strasbourg avec le propriétaire, Jean-Marc Reiser. Le corps de l’étudiante sera découvert treize mois plus tard dans une forêt des Vosges du Nord, démembré.

En juillet 2022, Jean-Marc Reiser est condamné en première instance par les assises du Bas-Rhin à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie de 22 ans de sûreté, pour l'assassinat de la jeune femme.

L'homme sera rejugé en appel du 20 au 30 juin 2023 devant la cour d'assises du Haut-Rhin, pour son sixième procès d'assises. Le premier s’étant tenu en 2001, devant la cour d’assises du Doubs, pour les viols de son ex-maîtresse et d'une jeune Allemande. Une affaire qui commence quelques années plus tôt, lors d’un simple contrôle routier.

Contrôle de routine et photos pornographiques

En juin 1997, à Villers-le-Lac dans le Haut-Doubs, Jean-Marc Reiser est contrôlé par une brigade mobile des douanes. Dans le coffre de sa voiture, les douaniers découvrent armes, pieds de biche, cagoule, cordelettes et flacon d'anesthésique. Ainsi qu’un étrange jeu de photographies à caractère pornographique.

Sur les images, des femmes nues, manifestement endormies et mises en scène avec des pénétrations sexuelles. Des prostituées qui se prêtent à un jeu sulfureux", assure-t-il alors. Les gendarmes identifiant vite l’un des personnages mis en scène, c’est la propre maîtresse du suspect”, rapportait en 2001 le journaliste Pascal Schnaebele, dans un reportage de France 3.

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Jean-Marc Reiser comparait pour la première fois en assises, à Besançon. Il y est condamné pour viol à 15 ans de réclusion. Un reportage signé Pascal Schnaebele, Michel Jan et Carole Faisant, le 22 mars 2001, pour France 3 Franche-Comté. ©Archives INA - France 3 Franche-Comté

Cette femme, une amie de la compagne de Jean-Marc Reiser, n'a aucun souvenir d'avoir posé pour ces clichés et “affirme n’avoir jamais donné son accord pour de telles photographies [...] prises à son insu”. L'enquête fera le lien avec le viol d'une jeune Allemande en Gironde, en août 1995. Jean-Marc Reiser est placé en détention provisoire.

L’homme aux multiples procès

La première mention sur le casier judiciaire de Jean-Marc Reiser remonte au 13 juillet 2000. Il a alors 39 ans lorsqu'il est condamné en correctionnelle à Besançon (Doubs) à huit mois de prison pour avoir tenté de s'enfuir du palais de justice pendant l'examen d'une demande de mise en liberté.

Incarcéré depuis trois ans, il est condamné en mars 2001 à cinq mois de prison pour la détention des armes dans sa voiture et à sept mois pour violences sur personne chargée d'une mission de service public.

Première condamnation pour viol aux assises de Besançon

En mars 2001, l’Alsacien comparait pour la première fois en assises, à Besançon. Il y est condamné pour viol à 15 ans de réclusion. Une peine réduite en appel : la cour du Bas-Rhin prononce 12 ans, en janvier 2002.

Mais Jean-Marc Reiser, très procédurier, réussit à faire casser ce deuxième verdict. Un nouveau procès d'appel est organisé, devant la cour d'assises de Côte-d'Or cette fois, qui le condamne à nouveau à 15 ans de réclusion criminelle.

C’est Maître Jean-Pierre Degenève, avocat bisontin, qui l’avait défendu lors du premier procès d'assises. À propos de son client, il confie : "une personnalité que je n'ai pas oubliée". "Il était dans la toute-puissance", "d'un très grand autoritarisme" mais capable en même temps d'une "grande courtoisie", poursuit Me Degenève. "Un drôle de personnage" confie à l'AFP l'ancien avocat.

Toujours en 2001, quelques semaines après sa condamnation pour viols à Besançon, Jean-Marc Reiser est acquitté, faute de preuves, par les assises du Bas-Rhin pour le meurtre de Françoise Hohmann, représentante de commerce de 23 ans, volatilisée en 1987 à Strasbourg (Bas-Rhin). La dernière personne chez qui elle a frappé était Jean-Marc ReiserCe dossier, rouvert début 2020 contre X, est toujours à l'instruction.

Des vols et un meurtre

Après des années passées à la prison d'Ensisheim (Haut-Rhin), l'homme est libéré le 5 mai 2010, mais replonge rapidement : deux tentatives de vol dans des cliniques vétérinaires en 2012 et 2016 lui vaudront des condamnations à quatre ans de prison, dont deux fermes et huit mois, dont quatre fermes. En 2017, la justice lui inflige à nouveau cinq mois de prison pour recel d'objets volés.

Le 15 septembre 2018, il est interpellé dans le cadre de la disparition de Sophie Le Tan. En janvier 2021, après deux ans et demi de dénégations, il reconnaît l’avoir tuée puis démembrée. Il nie, en revanche, toute intention d’homicide et préméditation.

"On ne croise pas souvent dans la rue quelqu'un qui a déjà été condamné par une cour d'assises, acquitté par une autre et fait l'objet de plusieurs procédures", reconnaît Maître Emmanuel Spano, qui défendra Jean-Marc Reiser dès le 20 juin 2023 aux assises à Colmar. 

Si les jurés retiennent la préméditation ou l'homicide volontaire, l'accusé encourt la perpétuité. À ce jour, Jean-Marc Reiser a comparu devant un tribunal correctionnel ou une cour d'assises à plus de dix reprises.

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