Restaurer la Fontaine de Léri peinte par Gustave Courbet, des passionnés se mobilisent

Longtemps, on a cru qu’un tableau du peintre Gustave Courbet représentait une source de Charente-Maritime mais les recherches de l’Association des Amis du musée Gustave Courbet ont révélé qu’une source proche d’Ornans dans le Doubs avait finalement inspiré le peintre. L’association récolte des fonds pour restaurer la fontaine de Léri.

A deux pas d’Ornans, quelques randonneurs avertis ont repéré un site discret, charmant et ombragé. Une fontaine au fonctionnement particulier, deux bassins reliés entre eux. C’est un ancien captage d’eau pour les villageois de la commune de Chassagne Saint-Denis.

La fontaine de Léri alimente le ruisseau de Valbois. Ce précieux patrimoine est situé dans la réserve naturelle du ravin de Valbois. Un secteur protégé que vous ne trouverez pas sur les parcours officiels de randonnée de la vallée de la Loue par souci de préservation de ce précieux milieu naturel.

Les habitants du secteur connaissent bien ce paisible lieu. La Fontaine a même été, un temps, couverte par un toit. Aujourd’hui, elle est en mauvais état.   

Un jour, en feuilletant un ouvrage sur Gustave Courbet, Patrick Racine, ancien maire de Chassagne et président des Amis du musée Gustave Courbet, tombe sur la reproduction d’un des tableaux du maître d’Ornans qui lui évoque tout de suite ce lieu familier. C’est le début de cette belle histoire de passionnés du patrimoine et de Gustave Courbet.  

Un tableau aux multiples titres

Des échanges épistolaires s’engagent alors avec le musée de Budapest qui expose ce tableau de Gustave Courbet. Anna-Zsofia Kovacs, la conservatrice du musée des Beaux–Arts de Budapest, découvre alors une méprise du musée. Le cartel, petit carton placé à côté de l’œuvre, indique que le tableau représente la source de la Loue ! Vu de Hongrie, la rivière la Loue prend des allures de ruisseau.  

Mais, cette méprise n’est pas la seule ! C’est une cascade d’erreurs que les passionnés de Courbet vont devoir rectifier.  

L’historien de l’art Charles Léger (1880-1948) a beau être un des incontournables biographes de Gustave Courbet, il n’est pas à l’abri de faire de erreurs. Dans son ouvrage de référence “Courbet et son temps" publié en 1948, il évoque le tableau à deux reprises mais en se trompant à chaque fois sur la localisation en lui attribuant des titres farfelus. Comme ce tableau est daté de 1863, Charles Léger en déduit que Courbet s’est inspiré d’un paysage vu dans le Sud-Ouest lors de son séjour en Saintonge à cette époque. C’est comme cela que le tableau se retrouve avec le titre “Fouras” du nom d’un bourg du sud-ouest ou “Toures” ! 

L'auteur du livre “Gustave Courbet en Saintonge”, Roger Bonniot, relève l’erreur en 1972. Une certitude, ce tableau aux titres multiples a appartenu à un collectionneur hongrois, le baron Herzog avant d’être “confisqué” par la République populaire de Hongrie et de se retrouver au musée des Beaux-arts de Budapest.  

Plus tard, l’œuvre est mentionnée en 1977 dans le catalogue raisonné du peintre rédigé par Robert Fernier, une sorte de “bible” qui recense les œuvres de Gustave Courbet. Mais, le spécialiste s’appuie sur les écrits de Charles Léger et localise lui aussi ce tableau dans le Sud-Ouest ! 

L’erreur est aujourd’hui réparée grâce à la vigilance de quelques habitants de la vallée de la Loue. Sur le site internet du musée des Beaux-Arts de Budapest, Anna Zsófia Kovács précise :  

“Pendant plusieurs décennies, ce paysage a été considéré comme exécuté près de Fouras sur la côte atlantique française. Avec l'aide du musée Courbet, il s'est récemment avéré que l'œuvre avait été réalisée près d'Ornans, la petite ville de l'Est de la France où le peintre est né. La source de Léri située dans le village de Chassagne a été laissée presque intacte, et il est facile de reconnaître les bassins et le fond rocheux même sur des photographies récentes. En comparant le tableau à son cadre d'origine, nous pouvons observer comment Courbet a légèrement réorganisé le paysage en volumes clairs et simples, rendant la végétation estivale, les personnages et les effets d'ombre et de lumière avec sa technique audacieuse au couteau”. 

La conservatrice est même venue sur place en 2022 pour découvrir le musée d’Ornans et le fameux site de la fontaine de Léri à Chassagne.  

Les amis du musée Gustave Courbet, présidé par Patrick Racine, veulent maintenant aller encore plus loin. Ils viennent de lancer une opération de mécénat pour la restauration de la fontaine de Léri. Fin décembre 2022, l’association avait déjà recueilli 1700 euros sur les 4000 euros nécessaires pour cette préservation du patrimoine, les dons sont encore possibles.

Les collectivités, Département du Doubs, la Région Bourgogne Franche-Comté, le Crédit Agricole et la Commune de Chassagne Saint-Denis participent au financement du projet, mais le budget n’est pas clos.

Les Amis du musée Gustave Courbet

C’est l’association Patrimoine Insertion 25 qui sera chargée de ce travail. Elle œuvre déjà à la restauration du castel de Chassagne Saint-Denis. Les travaux ne commenceront qu’à l’automne 2023 pour ne pas perturber la faune de la réserve naturelle de Valbois.  

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