Restos du Cœur : une hausse de 41% des repas distribués dans le Doubs

Dimanche 3 septembre, l’association les Restos du Cœur alertait sur sa situation financière, craignant que des personnes dans le besoin soient éconduites cet hiver. Localement, le président du Doubs, Dominique Maire, dresse un état des lieux semblable à l’urgence de la situation nationale, avec une demande croissante qui place l’antenne départementale à flux tendu.

Tous les voyants sont au rouge pour la célèbre association des Restos du Coeur, qui assure aujourd’hui 35% de l’aide alimentaire en France. Dimanche 3 septembre, le président national, Patrice Douret, a annoncé que 150.000 bénéficiaires pourraient être éconduits cet hiver en raison de difficultés financières. Localement, dans les 12 centres d'accueil du Doubs, la pression est également forte. “Nous sommes dans la même tendance”, partage Dominique Maire, président des Restos du Cœur du Doubs

En 2022, ce sont pas moins de 1.316.000 repas qui ont été distribués dans le département, soit une augmentation de 41% par rapport à 2021. “C’est énorme, surtout avec les coûts de fonctionnement actuels”, commente Dominique Maire qui fait également part d’une hausse de 20% des personnes accueillies par les 750 bénévoles du département, portant leur nombre à 8.250 du fait de l’inflation. “Ce sont d’une part des gens qui n’avaient pas forcément besoin de nous et qui maintenant ne peuvent pas faire sans, et d’autre part des personnes déjà inscrites qui viennent presque toutes les semaines, ce qui n’était pas le cas avant”, analyse le Bisontin Dominique Maire, à la présidence depuis 2021. 

L’inflation en cause

Un double phénomène qui s’est amplifié depuis le mois de mars et qui ne cesse d’aggraver une situation déjà tendue : pour faire face à l’afflux croissant, les heures d’ouvertures ont été allongées et un jour de distribution a été ajouté. La quasi-totalité des bénévoles sont également concentrés sur l’aide alimentaire, mettant en pause les autres actions qui ont notamment vocation à mettre les personnes sur le chemin de la réinsertion sociale et professionnelle. 

"Ça nous arrive de coincer au niveau de l’approvisionnement et de la quantité.”

Dominique Maire, président des Restos du Cœur du Doubs.

Mais l’autre défi de la célèbre association caritative créée en 1985 par Coluche est l’accès à la denrée alimentaire, comme l’explique Dominique Maire : “C’est très compliqué en matière d’achat et de mise en rayons. Ça nous arrive de coincer au niveau de l’approvisionnement et de la quantité.” Malgré la ramasse quotidienne dans les magasins et l’achat d’⅓ des produits par l’association nationale, il “manque parfois de la nourriture”. 

Des dons à flux tendu 

Le président des Restos du Cœur du Doubs craint ainsi des mesures d'accueil plus restrictives. “Jusqu’à maintenant, on a réussi à accueillir toutes les personnes qui frappent à notre porte et qui rentrent dans le barème, mais on sent que c’est compliqué, on se pose des questions”, concède Dominique Maire. Pour le moment, le temps est encore à l’échange, à l’attente et à l’espoir que la situation s’améliore : “C’est un crève-coeur car on est là pour accueillir et servir, donc on s’adaptera et on continuera à faire le mieux possible pour le plus de gens possibles.”

“Jusqu’à maintenant, on a réussi à accueillir toutes les personnes qui frappent à notre porte et qui rentrent dans le barème, mais on sent que c’est compliqué, on se pose des questions."

Dominique Maire, président des Restos du Cœur du Doubs.

Pour combler le déficit en 2023, l’association nationale a ainsi besoin de 35 millions d’euros supplémentaires, sans quoi "les Restos du cœur pourraient mettre la clé sous la porte d'ici à trois ans", d’après son président Patrice Drouet. Chaque année, les Restos du Coeur disposent d'un budget de fonctionnement d'environ 200 millions d'euros par an provenant de donateurs particuliers, d'entreprises et d'aides publiques de l'État et de l'Union européenne.

Des réactions en chaîne 

Un appel à l’aide entendu par différents acteurs, à commencer par le gouvernement. "Notre objectif est de rassembler autour de nous de la solidarité privée", a indiqué Emmanuel Macron lundi dans une interview donnée au média en ligne HugoDécrypte, tandis que la ministre des Solidarités Aurore Bergé a affirmé qu’il était “hors de question d'imaginer que les Restos puissent fermer la porte ou que les bénévoles doivent renoncer à aider celles et ceux qui se présentent.” Des aides supplémentaires ont ainsi été annoncées : une enveloppe d’1 million d’euros distribuée pour les produits infantiles et 15 millions d’euros promis. Le montant réel de ce dernier montant reste toutefois flou, Patrice Drouet ayant annoncé sur BFMTV que 10 millions étaient déjà budgétisés, ce que réfute l’exécutif. 

Les groupes Les Mousquetaires et Carrefour ont également annoncé une mobilisation de leurs magasins et la famille de Bernard Arnault, propriétaire du numéro un mondial de luxe LVMH, a annoncé lundi 4 septembre verser une aide de 10 millions d’euros. Après les Restos du Coeur, la Croix Rouge française et Utopia 56 ont également lancé un appel à l’aide, signe des difficultés croissantes du secteur caritatif, dans un contexte de pauvreté croissante. Selon l'Observatoire des Inégalités, la France compte plus de 4.8 millions de pauvres si le seuil de pauvreté est fixé à 50% du niveau de vie médian. "La part de la population pauvre est stabilisée depuis le début des années 2000. Mais le nombre de pauvres augmente car la population s’accroit", explique l'Observatoire.

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