Visite d’Emmanuel Macron dans le Doubs : la Préfecture interdit les manifestations autour du Château de Joux et La Cluse-et-Mijoux

Deux "périmètres de protection" seront délimités sur la commune de La Cluse-et-Mijoux en prévision de la visite du Président de la République au Château de Joux le jeudi 27 avril. Les manifestations y seront interdites.

Mise à jour 27 avril : L'arrêté interdisant de manifester à la Cluse-et-Mijoux a été retiré par la Préfecture du Doubs indique le Tribunal Administratif. Trois recours en référé avaient été déposés devant le tribunal par la ligue des droits de l'homme notamment. L'audience prévue à 8h30 n'a donc pas eu lieu.

Emmanuel Macron se rendra au Château de Joux de La Cluse-et-Mijoux (Doubs) jeudi 27 avril pour commémorer l’abolition de l’esclavage et la figure de Toussaint Louverture. La visite aura lieu à partir de 12h. Depuis cette annonce, les appels à la "casserolade" se multiplient. Les images de huées et de manifestations à chaque visite présidentielle et ministérielle deviennent communes depuis la promulgation de la réforme des retraites.

"Considérant la prégnance de menace terroriste", la Préfecture du Doubs interdit les manifestations ce jeudi 27 avril à partir de 9 heures et jusqu’à 16 heures dans la commune de la Cluse-et-Mijoux près de Pontarlier. Plus précisément, sont prohibés : les rassemblements, cortèges et défilés, les "rassemblements festifs à caractère musical", et également les feux d’artifice, les contenants en verre ou tout ce qui peut constituer une arme au sens de l’article 132-75 du code pénal. Enfin, "les dispositifs sonores portatifs" et "tout dispositif permettant de la diffusion de musique ou son amplifiée" ne sont pas autorisés. Autrement dit, les porte-voix et les enceintes sonores ne peuvent être amenés.

Sollicitée, la Préfecture indique que "les casseroles ne sont pas considérées comme des dispositifs sonores portatifs". Les services confirment qu'une personne ayant une casserole dans son sac ne se la verra pas confisquée et ne pourra pas se voir interdit l'accès à une zone en particulier en raison de cette casserole.

Ce mercredi 26 avril, à partir de 18h, deux "périmètres de protection" sont instaurés :

  • Le premier entoure le Château de La Cluse-et-Mijoux.
  • Le second se situe autour du Fort Malher.

La délimitation précise est écrite dans le communiqué.

2023-04-25 Arrêté Portant Périmètre de Protection Et Interdiction de Manifester La Cluse Et Mijoux 27 Avril... by France 3 Franche-Comté on Scribd

L’accès à ces périmètres se fera uniquement par des points d’accès déjà établis, et sera soumis à un "filtrage systématique", c’est-à-dire que des palpations de sécurité, des inspections visuelles et des fouilles de sac, et la visite de véhicule seront mis en œuvre. La mesure prendra fin jeudi 27 avril à 16h.

Trois recours au tribunal administratif

La Ligue des droits de l’Homme et l’Association de défense des libertés constitutionnelles (ADELICO), et plusieurs autres organisations ont déposé un recours. Le tribunal administratif de Besançon examinera ces recours en référé liberté jeudi matin alors qu'Emmanuel Macron est attendu à 12 heures dans le Haut-Doubs.

L'interdiction de manifester à Vendôme a été suspendue par le tribunal administratif d’Orléans lors d’un déplacement du Président dans le Loir-et-Cher, mardi 25 avril.  Plusieurs associations avaient saisi l’instance juridique en référé-liberté. Cette dernière avait estimé qu’"en l'absence de circonstances particulières, un déplacement du président de la République ne saurait être regardé comme justifiant à lui seul, par sa nature, l'instauration d'un périmètre de sécurité".

Cependant, si la validité de cette mesure pourrait être contestée, il y a peu de chances que l'arrêté soit suspendu avant la visite d'Emmanuel Macron. "C’est dans les habitudes de l’État français de prendre des arrêtés illégaux", commente José Aviles, secrétaire général de la CGT dans le Doubs. Et le président le sait : prendre cet arrêté, c'est de la provocation."

C'est la raison pour laquelle la CFDT n'ira pas jusqu'au tribunal. Béatrice Schuh-Neff, responsable CFDT sur le secteur Pontarlier, explique que cet arrêté ne concerne pas "la mobilisation de l'intersyndicale" au rond-point Malraux de Pontarlier, mais bien "le rassemblement des citoyens qui souhaitaient aller au Château de Joux". Elle lâche : "C’est la preuve que M. Macron a peur. M. Macron a peur de cette mobilisation citoyenne. Et c’est dans la droite ligne de ce que le Président a fait depuis le début. C’est un déni de démocratie."

"Le seigneur des lieux au Château de Joux"

C'est aussi le sentiment de José Aviles : "Aujourd’hui, le Président de la République ne veut pas entendre son peuple, alors que nous manifestons depuis le 19 janvier. Avec cet arrêté, il ne veut ni l’entendre, ni le voir."  La CGT conteste même le symbole du Château de Joux : "En France, on fait des initiatives pacifistes, mais le fait qu’il soit dans sa tour d’ivoire, et attaque ses 100 jours, tranquillement. C’est le seigneur des lieux et ses vassaux au Château de Joux."

Les deux syndicats le répètent : la colère ne faiblit pas et la lutte continuera malgré les différents arrêtés. Béatrice Schuh-Neff de la CFDT ironise : "On peut remercier M. Macron. Depuis le début du mouvement, la CFDT a gagné 30 000 adhérents sur toute la France et c’est grâce au travail de terrain."