ENTRETIEN. "En 2021, le sida reste un sujet tabou", selon le président d'AIDES en Bourgogne-Franche-Comté

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Écrit par Gaël Simon
Emmanuel Bodoignet, président d'AIDES en Bourgogne-Franche-Comté.
Emmanuel Bodoignet, président d'AIDES en Bourgogne-Franche-Comté. © France 3 Bourgogne

L'association AIDES lance ce mercredi 1er décembre sa campagne de sensibilisation au sida. Son président en Bourgogne-Franche-Comté nous explique les préjugés qui subsistent à l'égard des séropositifs et dénonce le fait que l'on parle moins du virus depuis la crise du Covid-19.

Ce mercredi 1er décembre, a lieu la journée mondiale de lutte contre le sida. En France, 150 000 personnes seraient séropositives. Mais au cours de l'année 2020, le nombre de dépistages de la maladie a baissé de 14 % selon les chiffres de Santé Publique France parus hier, mardi 30 novembre. Pour rappel, toute personne devrait se faire dépister une fois par an, et tous les 3 mois dans le cas d’une vie sexuelle active avec plusieurs partenaires.

Au niveau national, la baisse des dépistages concerne essentiellement les publics de 30 à 45 ans, tandis qu’en Bourgogne-Franche-Comté, elle concerne les plus de 50 ans. Le président de l’association AIDES dans la région, Emmanuel Bodoignet, fait le point sur cette situation préoccupante et explique les raisons pour lesquelles on parle moins du sida, notamment depuis la crise du coronavirus.

Journaliste : Est-ce vous avez la sensation que l’on parle moins du sida depuis le début de l'épidémie de Covid-19 ?

Emmanuel Bodoignet : On a une réelle inquiétude aujourd’hui. Une épidémie ne doit pas en cacher une autre. Le recul du dépistage en 2020 est très inquiétant. Une personne séropositive qui est sous traitement ne transmet par le virus. Par contre une personne qui est séropositive et qui ne le sait pas, va le transmettre. Avec les efforts qui ont été concentrés sur le Covid-19 et l’absence d’effort sur le VIH, on a vraiment une crainte pour les prochaines années alors que l’objectif mondial est de mettre fin à l’épidémie en 2030.

Le fait que l’on parle moins du sida n’est-il pas antérieur à l’épidémie de Covid ?

On a cette impression qu’on en parlait moins, mais on avait des chiffres qui étaient plutôt intéressants en 2018 et 2019 avec une épidémie qui avait même tendance à baisser. Pendant plusieurs années, on stagnait à près de 6 000 contaminations par an et on était descendu à moins de 6 000 en 2019. Là, on nous annonce 22 % de diminution de cas en 2020, mais avec une baisse des dépistages de 14 %. C’est très inquiétant. On ne peut pas se fier à ces données-là.

Pour quelles raisons parle-t-on moins du sida en France ?

On retrouve un peu le schéma des années 1980-90. Parler d’une infection sexuellement transmissible, ce n’est pas agréable. On croit que l’on parle facilement de vie affective et sexuelle, mais en réalité pas du tout. C’est devenu presque plus tabou qu’avant. Il y a aussi un manque d’engagement des pouvoirs publics. On a moins de communication autour de ces problématiques. Nous ce qu’on ne comprend pas, c’est pourquoi les pouvoirs publics ne souhaitent pas s’engager. Ils pourraient faire un peu plus. On a la chance d’avoir à Dijon une municipalité qui s’est engagée vraiment aux côtés d'AIDES. Et ce n’est pas le cas partout en France. 

Vous lancez aujourd'hui votre campagne qui porte sur les préjugés à propos du sida, avec notamment le slogan "Le VIH ne m'empêche pas de vivre, les préjugés oui". Quelles sont les discriminations subies par les personnes séropositives ?

Pour mettre fin à l’épidémie, il faut éviter les nouvelles infections. Mais tant que nous n’avons pas de traitement curatif, il faut accepter que l’on est des milliers de personnes à vivre avec le VIH, 150 000 à priori en France. Ces personnes-là souffrent au quotidien de discriminations et de préjugés. On a une personne sur quatre qui déclare ne pas vouloir travailler avec une personne séropositive. Un dentiste sur trois refuse encore un accès au soin aux personnes séropositives. 84 % de la population se dit pas prête à avoir une relation sexuelle avec une personne séropositive. Il y a beaucoup de préjugés qui persistent. Tant que l’on continue à diffuser les stéréotypes, cela ne va pas encourager au dépistage. Les gens ne veulent pas apprendre leur statut de peur de mal le vivre. Et une fois que l’on connait la discrimination qui y est liée, on a peur de souffrir de préjugés. En 2021, le sida reste un tabou.

En ce 1er décembre, une journée porte ouverte est organisée dans les locaux de l’AIDES à Dijon, 9 place Emile Zola, jusqu’à 17 heures. Des permanences existent également chaque lundi après-midi et jeudi soir.

En partenariat avec France 3 France Bleu et Make.org

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