Franche-Comté : sept femmes accusent un agent SNCF de harcèlement sexuel

Sept femmes, salariées, prestataires ou voyageuses rapportent avoir été harcelées sexuellement par un homme, agent de la SNCF en Franche-Comté. Des faits qui remontent parfois à plusieurs années. Une enquête interne est en cours. Détails.
 

© JC Tardivon - MAXPPP
"Il s’approche de moi, on échange puis, je sens que ça devient une conversation ambiguë". C’est sur le quai de la gare de Mouchard (Jura) en mai 2018, alors qu’elle fumait tranquillement une cigarette, que Martine* se fait lourdement importuner par un employé du réseau ferroviaire. "Je me dirige de l’autre côté du quai, ce monsieur me suit puis, commence à me dire que j’ai des beaux seins".

"J’ai été franchement indisposée et très mal à l’aise", témoigne la septuagénaire. C’est en relatant les faits à l’une de ses amies employée de la gare, que toutes deux se rendent compte qu’elles ont vécu le même harcèlement.

Beaucoup de femmes relatent une focalisation sur la poitrine.

Raphaëlle Manière

"On s’est rendu compte par une alerte d’une collègue que c’était une affaire beaucoup plus large, donc on a déposé un droit d’alerte le 27 mai au CSE (Comité social et économique)", rapporte Raphaëlle Manière, pilote de la cellule de veille contre les violences sexistes et sexuelles à la CGT. Les faits rapportés sont récents ou remonteraient à plusieurs années. Sept femmes sont concernées, quel que soit leur âge ou leur statut. Salariées, prestataires ou voyageuses, elles rapportent toutes avoir été harcelées sexuellement par le même agent SNCF, sur plusieurs gares de Franche-Comté.

"C’est par exemple une main sur la hanche, le fait de relater des propos détaillés de sa vie sexuelle à l’agente, le fait d’usurper un portable pour chercher des photos inappropriées, le fait de déboutonner un corsage sans consentement…", explique Raphaëlle Manière. "Parfois ça va être un regard très insistant, beaucoup de femmes relatent une focalisation sur la poitrine".

Une enquête interne en cours

Une enquête au sein de la SNCF est en cours depuis mai 2020. Une enquête jugée trop lente pour Raphaëlle Manière : "Il y a un grand questionnement sur le délai, car en attendant, le mis en cause travaille toujours et on a, a contrario, des victimes en arrêt". La syndicaliste dénonce également un manque de prise en compte de la parole des victimes, certaines, comme Martine, n’ayant toujours pas été entendues : "On va probablement arriver à un conseil de discipline auquel toutes les femmes n’auront pas été entendues. Ca, c’est une incompréhension de notre part vis-à-vis de la direction".

"Il faut que la direction prenne ses responsabilités et mène une enquête rapide en prenant soin d’entendre tout le monde et ce n’est pas le cas", dénonce Raphaëlle Manière.

Du côté de la SNCF, on évoque une affaire "prise très au sérieux par la direction régionale des ressources humaines en charge du dossier". Celle-ci aurait auditionné "la grande majorité des plaignantes et pris des mesures conservatoires le temps de l’enquête". Enfin, La SNCF explique qu’elle prendra des mesures disciplinaires, "s’il doit y en avoir", une fois l’enquête terminée.

*Prénom modifié.
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