« Mépriser les sages-femmes, c'est mépriser les femmes », les blouses roses se mobilisent lors d'un nouveau week-end noir

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Écrit par Sophie Hienard

Les sages-femmes sont en grève du 27 au 30 janvier pour demander une meilleure reconnaissance de leur métier, qu'ils viennent du milieu hospitalier ou libéral. La profession se mobilise depuis janvier 2021.

 Le 1er février, une prime mensuelle de 240 euros nets devrait entrer en vigueur pour les sages-femmes. Une revalorisation salariale promise depuis cet automne par le gouvernement. Pas suffisant pour les blouses roses qui appellent à un nouveau week-end noir, à l’initiative de l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes (ONSSF). Une grève soutenue par la CGT côté hôpital.

« Vous pouvez contacter Dr Olivier Véran  »

Depuis janvier 2021, les sages-femmes se mobilisent pour faire entendre leur voix. Un an plus tard, les revendications sont les mêmes : une hausse significative de leurs salaires, et une augmentation d'effectifs dans les maternités, une reconnaissance de leurs compétences. Parmi les grévistes, il y a Isabelle Maignien, coordinatrice régionale de l’ONSSF. Cette sage-femme du Nord-Franche-Comté s'associe à la mobilisation nationale face à « la non-prise en compte des revendications légitimes de [sa] profession ». Pour notifier à ses patients, sa participation à la grève, elle écrit « Mépriser les sages-femmes, c'est mépriser les femmes. Vous pouvez contacter Dr Olivier Véran au 0140566000 [numéro du ministère de la Santé] mais en cas d'urgence faites le 15 ».

Malgré les décisions prises par le gouvernement en automne, les maïeuticiens sont-ils pour autant entendus ? « Pas vraiment, et nous en sommes dépités, répond Isabelle Maignien, coordinatrice régionale de l’ONSSF. Nous nous sommes déjà mobilisés entre 2013 et 2014 pour les mêmes raisons, avec la ‘même écoute’ de la part du ministère de la Santé d’alors…pour les mêmes résultats. Il y a beaucoup d’effets d’annonce. »

« A moyen terme, on court à la catastrophe »

Parmi ces coups de com’ dénoncés par la sage-femme du Nord-Franche-Comté, il y a les « 500 euros » promis par le ministre de la Santé Olivier Véran. « Si l’on regarde dans les détails, il s’agit d’une accumulation de plusieurs primes dont celle du Ségur de la Santé, qui ne sont pas forcément attribuées à toutes les sages-femmes, détaille-t-elle. Il faut remplir certaines conditions. Par exemple, celles et ceux qui travaillent dans le secteur libéral ne toucheront rien. » Une annonce qui met la profession dans l’embarras lorsqu’elle se lève pour revendiquer des droits, comme l’explique Isabelle Mangnien : « C’est bien beau de claironner cette prime de 500 euros, mais ça nous fait passer pour qui lorsque nous nous mettons en grève pour dire que ce n’est pas assez ? »

Les conditions de travail se sont détériorées : les maïeuticiens doivent faire face à une surcharge de patients, ce qui peut entraîner de fait une prise en charge dégradée. Non sans conséquences sur la santé mentale et physique, pour la syndiquée : « Nous nous battons pour nos droits et nous nous battons aussi pour les droits de nos patients. Près de 40% des sages-femmes sont en burn-out dans le milieu hospitalier. Donc certains doivent accepter des gardes supplémentaires pour compenser ces absences. Mais il arrive que quelques maternités ferment faute de personnel. A moyen terme, on court à la catastrophe »

Une lutte pour une meilleure reconnaissance de leur statut

Comment remédier à cette détresse dans les hôpitaux comme dans les cabinets ? « Il faut miser sur la formation, et rendre le métier plus attractif », prône Isabelle Maignien. Les maïeuticiens commencent généralement avec un salaire de 1800 euros nets par mois, après cinq ans d’études denses. Une nouvelle grille de salaires et une sixième année de formation seraient à l'étude. Une solution qu’encourage la sage-femme comtoise : « C’est plus que nécessaire. Les études de sage-femme comptent  1246 heures de plus par rapport à d’autres formations médicales qui durent au minimum six ans, et de nouvelles compétences sont ajoutées au programme. » 

Au-delà des revendications monétaires et de formation, c’est aussi un changement social qui doit être acté. Car si le Code de la Santé publique définit les sages-femmes comme une profession médicale, ils et elles sont en fait considérés dans les faits comme des métiers du paramédical. Isabelle Maignien le répète : « Il faudra continuer la lutte tant que nous ne serons pas entendus, même si cela commence à devenir éprouvant. Pour être véritablement considérés, il faudrait peut-être que tous les sages-femmes s’arrêtent de travailler pendant 48 heures. » Une mobilisation nationale aura lieu prochainement. La coordinatrice régionale de l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes espère que les patients rejoindront aussi le mouvement et les invitent à signer la pétition Pour une naissance respectée ! Une femme = une sage femme