Les frelons asiatiques de plus en plus nombreux en Franche-Comté, les apiculteurs s’inquiètent

Jusqu’à présent peu observé dans la région, le frelon asiatique semble avoir profité de conditions météorologiques très favorables cette année. Face à la multiplication des signalements, les apiculteurs tirent la sonnette d’alarme. 

Les restes d'un nid de frelons asiatiques, détruit cet automne 2020 à Besançon
Les restes d'un nid de frelons asiatiques, détruit cet automne 2020 à Besançon © Yann Droszewski
En ce mois de novembre, après de longues semaines d’un automne exceptionnellement doux, les couleurs quittent peu à peu les arbres. Et avec la chute des feuilles, certains Francs-Comtois ont eu la désagréable surprise de découvrir des nids de frelons asiatiques à proximité de leur habitation. Dans le Grand Besançon, plusieurs colonies ont été délogées : “J’en ai fait un encore ce matin, à Miserey Salines” raconte Yann Droszewski, un ancien pompier devenu chasseur de guêpes et de frelons, “j’ai discuté avec des collègues pompiers de Besançon est, rien que sur les trois dernières gardes, ils en ont fait deux”.
 

Premières attaques dans les ruches comtoises


Très facilement reconnaissable à sa taille (jusqu’à 3,2 cm) et à sa couleur très foncée (une dominante noire, avec des rayures jaunes et oranges), cette espèce envahissante n’est pas particulièrement agressive envers l’homme. Mais elle pose beaucoup plus de problèmes aux apiculteurs. “Au départ, le frelon asiatique mange les abeilles en vol” explique Laurent Rivet, vice-président de l’Union Apicole Haute-Saônoise, “après, quand la population est affaiblie, il rentre dans la ruche, et il bouffe tout”. Selon l’apiculteur, un petit groupe de frelons asiatiques serait capable de faire disparaître une ruche en moins de 10 jours. Un phénomène qui touche désormais la région : “on a des ruches détruites par le frelon asiatique, alors qu’on avait jamais eu ça” constate-t-il. 
 

On a un développement de l'aire d’implantation qui est de plus en plus grande. Ca risque de basculer dans une situation comme celle qu’on peut voir dans le sud ouest

Jean-Baptiste Malraux, Association pour le Développement de l'Apiculture en Bourgogne-Franche-Comté



A l’Association pour le Développement de l'Apiculture en Bourgogne-Franche-Comté  (ADA BFC), les signalements se sont multipliés cette année. “Depuis quelque temps, je reçois des appels d'apiculteurs, des témoignages de ruchers attaqués” raconte Jean-Baptiste Malraux. Au point que l’animateur de l’ADA BFC vient de lancer un appel pour recenser les attaques et les nids détectés. Et des réponses lui arrivent de lieux parfois inattendus : “jusqu’à présent, on disait que nos zones de montagnes allaient être préservées” dit-il “mais on se rend compte que dans le Jura, à Chalain, et dans le massif du Lomont, vous avez du frelon asiatique”. Dans ce dernier, un apiculteur aurait vu 9 des 10 ruches d’un rucher être détruites par l’insecte. Le responsable de l’ADA BFC ne cache pas son inquiétude : “D’ici 2 à 3 ans, on risque de rentrer dans des configurations très mauvaises pour les exploitations agricoles”. 
 

Le réchauffement climatique change la donne


Observé pour la première fois dans le Doubs en 2016, le vespa velutina de son nom latin, était jusqu’à cette année peu présent sur le territoire. Yann Droszewski, le chasseur de guêpes, n’avait d’ailleurs jamais eu affaire au frelon asiatique avant 2020. “Le climat continental de Franche-Comté ne les aide pas” explique Gilbert Manca, apiculteur de loisir qui a longuement étudié le frelon asiatique. Ce retraité, installé dans le pays de Montbéliard, est même allé jusqu’à récupérer un nid tombé au sol dans sa commune pour en examiner la structure et en apprendre plus sur le vespa vetulina. “Les femelles passent l’hiver en léthargie dans un endroit à l’abri du froid”, contrairement aux abeilles qui le passent en colonie. Alors, “ la neige, pour les frelons, c’est mortel” raconte-t-il. Les chutes tardives, parfois jusqu’en mai, participent donc à contenir la colonisation du frelon asiatique, “c’est un avantage pour nous” conclue-t-il. Sauf que cette année, l’hiver a été très doux, et qu’il n’y a quasiment pas eu de neige. Et le réchauffement climatique n’est pas du côté des apiculteurs. 

Or, pour se protéger des attaques du frelon asiatique, pour cet expert, “il n’y a pas 36 solutions : il y a les pièges et les muselières". Dans les premiers, un mélange de sucre et d’alcool attire les frelons asiatiques sans pièger les abeilles (qui n’aiment pas l’alcool). Le second dispositif consiste à protéger ses ruches avec une sorte de cage grillagée, dont les trous ne laissent passer que les abeilles, et bloquent les frelons asiatiques : “quand les abeilles s’habituent au grillage, elles peuvent passer vite, et les frelons ont du mal à les attraper” expose Gilbert Manca “au bout d’un moment, il abandonnent, parce que ça leur demande trop d’énergie”. 
 

Pas de plan de lutte contre le frelon asiatique


La meilleure solution reste de pouvoir trouver le nid à l’origine des nuisances et de le faire détruire, mais ceux-ci peuvent se situer jusqu’à 8 km de là, et sont souvent en hauteur. Et une fois le nid identifié, encore faut-il pouvoir le détruire. Lorsque ce nid se trouve sur la voie publique, ou à proximité d’une structure publique comme une école ou un hôpital, les pompiers peuvent s’en charger. Dans les autres cas, c’est au propriétaire du lieu où il se situe de s’en charger.
 

Selon la hauteur, détruire un nid, c’est quand même entre 150 et 250 euros

Laurent Rivet, vice-président de l’Union Apicole Haute-Saônoise



Un état de fait qui inquiète beaucoup Pierre Racine, apiculteur en Haute-Saône, dont les abeilles ont été attaquées par des frelons asiatiques cette année : “je pense que ça va devenir dramatique, parce que les propriétaires qui ont un nid asiatique s’ils ne sont pas trop embêtés, ils ne vont rien faire”. Dans son cas, le nid responsable des attaques a été découvert en haut d’un tilleul, et son propriétaire a accepté de prendre en charge la destruction de la colonie. Mais il craint que ça ne soit pas toujours le cas : “ça a quand même coûté 160 euros” dit-il, avant d’ajouter “quand on a un nid de frelons asiatiques, on a pas de guêpes. Le gars qui avait ce nid, il n’a pas vu une guêpe de l’année, c’était le seul du village je crois”. Pour dédommager le propriétaire du tilleul, Pierre Racine a sollicité l’aide du département, de la région, et même des autorités sanitaires, mais aucun dispositif n’existe.

En Franche-Comté, aucun plan de lutte contre le frelon asiatique n’existe pour le moment. Contacté, le GDS Doubs (Groupement de Défense Sanitaire) nous confirme qu’après avoir constaté que le frelon asiatique s’était introduit dans les quatre départements de la région, le recensement des colonies avait peu à peu été arrêté. D’ailleurs, la FREDON Franche-Comté n’a pas mis sa carte à jour depuis mars 2019, et nous a indiqué ne plus s’en charger. Le GDS indique vouloir reprendre ces recensements, et invite tous ceux qui observerait un nid de frelons asiatiques à le signaler au groupement de défense sanitaire apicole de leur département, ou à contacter l’ADA (Association de développement de l’apiculture). Outre leur couleur, une caractéristique distingue les frelons asiatiques des autres espèces : leurs nids sont très souvent situés dans les cimes des arbres. 
 
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