"Pneus crevés, insultes et menaces"... Un couple victime de racisme en Haute-Saône ferme son restaurant, les soutiens se multiplient

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Audrey et Brahim ont repris un restaurant en Haute-Saône fin 2021. Après des mois d’insultes, menaces à caractère raciste, et pneus crevés, ils quittent le village. Réactions de soutien et demandes de rester se multiplient, jusqu’au député RN. Et même jusqu'au préfet.

C’est une histoire de racisme qui prend de l’ampleur et un tournant très politique. Fouvent-Saint-Andoche, 215 habitants, passe à la une de l’actualité et ne s’en réjouit pas du tout. 

En fin d’année 2021, Audrey et Brahim quittent un grand groupe hôtelier et reprennent "Le Vannon", un restaurant qui porte le nom de la rivière de Fouvent-Saint-Andoche. Dès leur installation, le couple fait face, surtout Brahim, à des comportements racistes. Les pneus de leur voiture sont crevés, ils reçoivent des coups de téléphone intempestifs en pleine nuit, des menaces et, dernièrement encore, un individu s’installe au comptoir et abreuve le restaurateur d’insultes ouvertement racistes.

Une plainte est déposée à la gendarmerie pour les pneus crevés, une main courante pour les coups de téléphone. Brahim constate : "Les gendarmes nous ont pris au sérieux. Ils nous ont dit que les gens n’étaient pas dangereux, qu’il ne fallait pas s’inquiéter."

Mais leur décision est prise : après 9 mois de harcèlement raciste, Audrey et Brahim veulent quitter la commune. Ils annoncent à leurs clients, habitants du village, qu’ils partent et la raison de leur départ. C’est à ce moment-là que l’affaire commence à être connue. Un article de l’Est Républicain la rend publique mardi 27 septembre.

 "Nous, on veut juste travailler"

Brahim et Audrey ne veulent pas dévoiler leurs noms de famille ou leurs visages. Brahim explique : "On est d’un naturel discret. Nous, notre but, c’est de monter notre affaire et de travailler pour nous. C’est tout. On veut juste travailler. On n’a pas de souci avec les habitants de Fouvent. C’est un bon village. On n’en veut à personne."

On veut partir dans le calme.

Brahim, restaurateur

Mais les habitants du village leur demandent de rester. Ils ont même organisé samedi 24 septembre un rassemblement pour leur apporter leur soutien. Et les faire changer d’avis. C’est aussi ce qu’essaient de faire le maire, le président de la Communauté de communes, le préfet ainsi qu'un député de Haute-Saône.

"Notre territoire n’est pas raciste"

 Alain Aubry, le maire (sans étiquette) de Fouvent, ne décolère pas : "Quelques individus, une poignée de c…, enfin, d’imbéciles, sont à l’origine de ces comportements. Certains ne supportent pas ceux qui sont, non pas seulement étrangers ou considérés comme tels, mais même extérieurs à nos villages."

C’est inadmissible, lamentable. 

Alain Aubry, maire de Fouvent-Saint-Andoche

Il poursuit : "On se décarcasse pour faire vivre nos communes rurales. J’ai mis en place un marché un dimanche par mois, par exemple… Le 14 juillet ou le marché de Noël, le 27 novembre, c’est avec Audrey et Brahim qu’on met ça en place. Je suis écœuré, dégoûté. On va finir tout seul dans nos patelins."

Cette affaire a été rendue publique sur les réseaux sociaux et aussi par la Communauté de communes des 4 rivières. Lors de son conseil communautaire, mardi 27 septembre, les 60 élus ont apporté leur soutien au jeune couple. Leur communiqué s’intitule : "Notre territoire n’est pas raciste". Son président, Dimitri Doussot, réagit avec colère : "C’est dramatique, déjà pour ce jeune couple. C’est dramatique aussi en termes d’images pour notre territoire. Ces comportements salissent tout le monde."

Il insiste sur la discrétion dont ont fait preuve les deux gérants : "Je me suis déplacé hier pour les rencontrer. Audrey m’a expliqué qu’ils avaient pris sur eux pour ne pas faire trop de bruit. Elle montrait une grande dignité. Elle tentait même de comprendre, presque d’excuser ces comportements racistes. J’aurais aimé qu’ils en parlent plus tôt, qu’on puisse agir pour eux. Cette affaire, franchement, je trouve ça dégueulasse !"

Le préfet se rend sur place

Cette affaire prend encore de l’ampleur ce mercredi 28 septembre : le préfet de Haute-Saône s’est déplacé "pour rencontrer les gérants, leur apporter son soutien et tenter de les faire changer d’avis", raconte son chargé de communication. Et les assurer que, s’ils restent, la gendarmerie sera à leurs côtés. Et de féliciter le jeune couple pour la vitalité de leur restaurant.

Tous les interlocuteurs, au-delà de la détresse de ce jeune couple, insistent en effet sur un point : le restaurant est une affaire qui tourne bien. Brahim renchérit : "Nous faisons de 40 à 50 couverts par jour. Les habitants du village sont contents de venir au restaurant sans faire 15 ou 20 kilomètres de route. Nous avons organisé des concerts qui ont attiré plus de monde que le nombre d’habitants dans le village. Ça marche vraiment bien !"

C’est d’autant plus incompréhensible pour lui, que Brahim est Français ! Il est toujours aussi interloqué : "Je me suis toujours vu comme français. Je suis né en France, mes parents sont nés en France aussi". Incompréhension, détresse mais aucune colère dans sa voix.

"Le racisme n'est pas une opinion politique, mais un délit"

Dernier soutien reçu par les gérants : celui du député Rassemblement National, Antoine Villedieu.

Samedi après-midi, il se rendra sur place pour rencontrer les gérants, les habitants, le maire. Il juge l’affaire « inadmissible ». Et il enchaîne : « Le racisme, ce n’est pas une opinion politique, mais un délit ».

Par le passé, le Front National a tenu des discours racistes. Certains de ses membres, accusés de racisme, sont régulièrement exclus.  Aujourd’hui, le RN est contre une immigration massive. Ne joue-t-il pas au pompier-pyromane ? Il s’en défend : « L’histoire me touche car Brahim n’a rien demandé. Il est français. On a besoin de gens comme Audrey et Brahim dans nos territoires : ils entreprennent, ils investissent, ils font vivre nos communes. Dans cette affaire, ils sont victimes et les victimes ne doivent pas s’adapter à leurs bourreaux.»

Lui aussi essaiera de les convaincre de revenir sur leur décision. Sans faire de publicité à sa visite de "peur que l'on m’accuse de récupération politique".

Décidément, à cause d'une "poignée de c…, une poignée d’imbéciles", Fouvent-Saint-Andoche n’aura jamais accueilli autant de visiteurs. Une publicité dont le village de Haute-Saône et la Communauté de communes des 4 Rivières se seraient bien passés. 

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