Coronavirus Covid-19 : inquiétudes à la maison d’arrêt de Vesoul

La maison d'arrêt de Vesoul dispose de 50 places. / © Google
La maison d'arrêt de Vesoul dispose de 50 places. / © Google

Comme de nombreuses prisons, celle de Vesoul en Haute-Saône est en état de surpopulation carcérale. Une situation courante en France, mais qu’en est-il en période d’épidémie de covid-19 ? Une compagne de détenu nous a fait part de ses craintes.

Par Antoine Laroche

Il a moins de 30 ans et il est touché par une maladie inflammatoire qui diminue ses défenses immunitaires. Incarcéré à la maison d’arrêt de Vesoul, Mickaël* a été libéré ce mardi 24 mars, après une demande formulée auprès du juge des libertés et de la détention de Belfort. Cette décision corrobore les récentes annonces de la ministre de la Justice concernant les détenus malades ou en fin de peine.

La nouvelle de sa libération a été un soulagement pour sa compagne Sandra. La jeune femme avait alerté la presse samedi 21 mars sur les conditions de détention à Vesoul, en pleine épidémie de coronavirus. Détenus confinés, gestes barrières non respectés, manque de précautions des surveillants, la tension est vite montée parmi les personnes incarcérées, d’après son témoignage.
 

Deux détenus confinés par mesure préventive


A l’origine de cette inquiétude, la mise en confinement de quatre personnes au sein de la maison d'arrêt selon la direction interrégionale des services pénitentiaires (DISP). Un détenu dont la famille avait été en contact avec un malade, ainsi que son co-détenu, avaient été placés en isolement. D’autre part, deux nouveaux arrivants avaient également été placés en quatorzaine, comme l’exige la réglementation habituelle.

Ces confinements devraient prendre fin prochainement selon les services pénitentiaires, étant donné que les quatre individus n’ont présenté aucun symptôme du covid-19. Pourtant, ces événements, médiatisés, ont eu pour conséquence de répandre la rumeur d’une possible contamination dans l'établissement. Des mesures sont-elles prises pour éviter les bruits de couloirs ? Les services pénitentiaires, qui tiennent à rassurer, précisent que les détenus sont « informés des mesures sanitaires mises en oeuvre », mais qu'il n'y a pas de « démarche pro-active » d'information sur les éventuels confinements.
 

Des craintes infondées ?


L’administration pénitentiaire a-t-elle pour autant pris toutes les précautions ? Compte tenu du risque de contagion, Mickaël avait récemment été placé dans une cellule individuelle, une mesure préventive. Mais selon sa compagne, la distribution des repas s’effectue encore sans gants : « Depuis le coronavirus, il ne mange que ce qu’il a. On lui envoie de l’argent, mais il ne touche pas à sa gamelle. Avec sa maladie, le stress joue beaucoup » confie sa compagne.
 

La promenade est sa seule échappatoire. Je lui dis de ne pas sortir, mais il ne résiste pas.
Sandra, compagne de détenu


Selon elle, les fouilles se feraient également sans gants, et sans masques. Quant à la promenade, elle implique selon elle un risque pour les détenus : autorisés à sortir par groupes de 7 à 10 personnes selon les services pénitentiaires, ils sont plutôt une vingtaine, selon les images auxquelles nous avons eu accès. Sensibilisés par les surveillants sur le risque de se regrouper, les détenus sont pourtant accolés les uns aux autres. « La promenade est sa seule échappatoire. Je lui dis de ne pas sortir, mais il ne peut pas… Il vit avec la crainte », témoigne Sandra. En effet, les parloirs sont désormais suspendus, ainsi que les activités culturelles, la formation professionnelle ou le travail en détention (précisions en fin d'article).
  

Des gestes barrières mais pas de gants nécessaires selon l'administration pénitentiaire


Pour la DISP, depuis que les parloirs sont suspendus et les échanges avec l’extérieur réduits et contrôlés, la prison est protégée. Si aucune contamination n’a été relevée, il n’y a donc pas de risque. « Toutes les personnes écrouées passent par le quartier des arrivants, pendant 14 jours. Ils sont systématiquement auscultés par un médecin ou une infirmière, tout comme ceux qui présenteraient un symptôme, sur avis médical. »
 

Les surveillants ne sont pas équipés de gants toute la journée, ils le sont uniquement avec les personnes touchées
Communication de la DISP


Partant de ce constat, le port des gants n’est pas jugé obligatoire : « Les surveillants ne sont pas équipés de gants toute la journée, ils le sont uniquement avec les personnes touchées. C’est comme à l’extérieur, on n’a pas de raison justifiée de le faire. » Pourtant, le personnel pénitentiaire apporte chaque jour un risque de contamination, considérant qu’on peut être malade mais ne pas montrer de symptômes. Un argument écarté par la DISP : « On applique les gestes barrières. Ce sont les recommandations du ministère de la Santé. » Les services pénitentiaires assurent par ailleurs que des kits hygiéniques sont distribués régulièrement aux détenus.
 

La surpopulation carcérale augmente-t-elle le risque ?

 
Selon Sandra, pour libérer des cellules de confinement, des détenus ont dû rejoindre d’autres cellules déjà occupées. Une information confirmée par les services pénitentiaires, qui assurent devoir gérer « un jeu de chaise musicales » permanent en maison d’arrêt, où les périodes de détention sont relativement courtes. A Vesoul, 76 personnes étaient détenues le 16 mars, selon la DISP. Or, l’établissement dispose en théorie de 50 places, à répartir dans 39 cellules de différentes tailles. Mais quand la réglementation indique une surface de 9m2, certaines d’entre elles sont plus petites et sont occupées par trois ou quatre détenus, selon Sandra. Cette situation n’est d'ailleurs pas démentie à la DISP : « Ils sont plusieurs dès lors qu’il n’y a pas de symptômes. »
 

Ils ont dû les mettre ensemble pour libérer des cellules d'isolement.
Sandra, compagne de détenu

 
Pour limiter les risques, le ministère de la Justice a indiqué lundi 23 mars qu’il allait autoriser la libération d’environ 5 000 détenus. Il ne s'agirait toutefois que de personnes en fin de peine, incarcérées pour des délits mineurs et justifiant d'un comportement exemplaire. Cela a été le cas pour six détenus vésuliens en semi-liberté. D’autre part, des mesures particulières pourront être prises pour les détenus les plus vulnérables, comme en a bénéficié Mickaël, à la discrétion de chaque juridiction.


* NDLR : les prénoms ont été changés.

Des mesures d'accompagnement prises au niveau national

Depuis le 23 mars, différentes mesures d’accompagnement ont été instaurées :
- Chaque détenu est crédité de 40 euros par mois sur son compte téléphonique jusqu’à la fin du confinement ;
- Les détenus les plus démunis bénéficient d’une aide majorée de 40 euros par mois leur permettant de cantiner ;
- Les familles bénéficient d’un service de messagerie téléphonique via un numéro non surtaxé ;
- La télévision est rendue gratuite.

Dès le 15 mars, la ministre de la Justice avait demandé des mesures de prévention :
- Que les parloirs soient suspendus ;
- Que les activités culturelles et d'enseignement en milieu confiné soient suspendues ;
- Qes promenades et activités sportives en plein air soient maintenues avec « les aménagements nécessaires » ;
- Que les transferts administratifs de détenus soient suspendus (sauf mesures d’ordre et de sécurité) et que les extractions judiciaires soient réduites ;
- Que les entretiens individuels, visites à domicile et prises en charge collectives dans les SPIP (Services pénitentiaire d'insertion et de probation) soient suspendus ;
- Que le travail et la formation professionnelle en détention soient suspendus.

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