« Le Printemps de Bourges, ce sera mon premier concert » Pierre Hugues José, l'ancien neurophysicien de Vesoul qui veut conquérir le monde du rap

Publié le Mis à jour le
Écrit par Sophie Hienard

Pierre Hugues José représentera la Bourgogne-Franche Comté lors du Printemps de Bourges. Portrait du rappeur originaire de Vesoul.

Vivez le Festival Interceltique : Le Festival Interceltique de Lorient 2022

« Mis bout à bout, ça fait des harmonies, c’est beau », lance Pierre Hugues José. C'est vrai que ça sonne bien : Pierre Hugues José. Trois prénoms pour désigner Jordy Blanc, rappeur à Vesoul. Pourquoi avoir choisi ce nom ? « L’explication locale, c’est que Pierre, c’est le prénom du frangin de la femme de mon frangin, et Hugues, le prénom du père de la femme de mon frangin, détaille-t-il. Et José, c’est un paysan de mon patelin, un mec qu’on aime bien, et que tout le monde connaît dans le coin »

Il existe aussi une deuxième raison, plus personnelle. Pierre Hugues, la sonorité est proche de Pierre Hague. « Pierre, c’est un bon pote de licence, commence-t-il. Il est autiste et dans ses raisonnements en physique et en mathématiques, il se détachait, toujours hors des sentiers battusC’est quelqu’un qui m’a marqué. » Et José ? Il répond : « C’est le nom du claviériste de Hélène et les Garçons ! »

« J’ai attendu d’avoir mes diplômes pour me lancer »

Le voilà, le rappeur de Vesoul. Dual. Tantôt le rigolo de service, au ton assuré. Tantôt l’artiste, plus intime et plus sincère. Celui qui détourne des comptines pour enfants, pour en faire des versions adultes. Celui veut prouver qu’il peut réussir dans le rapgame (ndlr : monde du rap) sans pour autant y être prédestiné. Il lâche : « J’ai attendu d’avoir mes diplômes pour me lancer. »

Dans son ancienne vie, le rappeur à la trentaine était neurophysicien. Une licence, deux masters en poche, et un doctorat, le compte était bon. Il confie : « Les mathématiques et la physique, c’étaient les rares domaines où j’avais des facilités, et à côté, j’avais le temps de faire du foot et surtout de la musique ». Qu’il pratique depuis ses cinq ans, alors qu’il n’y a aucun musicien dans sa famille.

« La Haute-Saône, c’est un peu comme ‘La Creuse’ »

Celui qui cite Sniper, IAM, NTM, Vald mais aussi Ophélie Winter, Sébastien Tellier, ABBA comme références, a donc tout envoyé valser il y a deux ans. PHJ troque ses costards cravates pour ses chemises colorées et ses joggings. Il quitte Bordeaux pour rejoindre « la ville de son lycée, de mes premières petites copines et de mes 400 coups », Vesoul. Une décision difficile à faire accepter. Il explique : « Quand on vient d’un milieu ouvrier, on entend dire que certains métiers sont de vrais métiers ». Et que d’autres, en creux, ne le sont pas.

Au chômage, de retour dans sa Haute-Saône natale, PHJ crée des comptes sur Facebook, Youtube, Instagram et TikTok. Une démarche nécessaire pour lui : « La Haute-Saône, c’est un peu comme ‘La Creuse’. C’est isolé, il y a une faible démographie. Pour réussir, il faut bombarder sur les réseaux. »

Un clip sur les violences domestiques

Un freestyle, puis deux, puis trois, c’est via les concours sur Instagram que Pierre Hugues José affine son flow... à côté aussi de ses courtes vidéos. « Tous les mois, je faisais un freestyle pour 1minute2rap. Au départ, je ne parvenais pas à atteindre le haut du classement, explique-t-il. Puis les derniers mois, j’étais dans les quinze premiers, et je faisais deux freestyles par mois. » En plus de ses nombreux sketchs, « mais ça c'est pour golri. » 

Certains thèmes de ses freestyles ressortent comme celui sur les violences domestiques. PHJ en a fait son premier clip « Méchant ». « J’essaye de passer par le storytelling pour traiter ces sujets. Le but est de trouver de la nuance dans tout ça et ça booste l’envie de créer », déclare l’artiste vésulien, même s’il confie aussi « aimer les sujets burlesques, cyniques et beaucoup plus légers ».

Le Printemps de Bourges, son premier concert

Si un album reste dans un coin de sa tête, PHJ trace sa route petit à petit. Le trentenaire s’est déjà fait repérer par le programme Les Inouïs. Un dispositif des Printemps de Bourges qui déniche et accompagne les nouveaux talents. Parmi les artistes passés par Les Inouïs : Eddy de Pretto, Silly Boy Blue ou encore Hervé. « Le Printemps de Bourges, ce sera mon premier concert, déclare-t-il, presque ébahi. J’ai toujours envie de bien faire, et j’ai peur de ne pas arriver à prendre du plaisir. C’est à la fois génial et pas mal de stress. Parce que je remets souvent en question. C’est un éternel combat. » 

Premier concert, mais deuxième confrontation à des spectateurs. Sa première fois devant un public, c’était à la sélection régionale pour Les Inouis, et l'estrade de la Rodia à Besançon. Pour l'occasion, il s'était acheté un petit micro : « Un truc à 10 euros chez Cora, histoire de m’entraîner sur scène ». Son micro, il le tiendra fermement, lors du Printemps de Bourges du 19 au 22 avril 2022.