Filmer une rue avec une caméra infrarouge, ou caméra thermique, pour déceler les déperditions de chaleur, et en déduire les rénovations possibles pour améliorer sa facture d’énergie. En Haute-Saône, la démarche est menée par le Pays Vesoul Val de Saône et l’ADERA, une association spécialisée dans le domaine.

Ce sont des images que vous avez peut-être déjà vues, une maison ou une façade de bâtiment bariolée de bleu, de jaune et de rouge. Ces données infrarouges, qui permettent de déduire la température de surface de l’objet filmé, et donc les potentielles "fuites" de chaleur du bâti, sont une source d’informations cruciales dans le domaine de la rénovation énergétique.

En Haute-Saône, le Pays Vesoul Val de Saône, qui regroupe quatre communautés de communes ainsi que l’agglomération de Vesoul, organise des "balades thermographiques" depuis 2020 pour sensibiliser les habitants aux économies possibles. "C’est l’opération qu’on a trouvé la plus facile à mettre en œuvre et qui a des résultats directs", explique Virginie Luthringer, directrice du Pays de Vesoul Val de Saône.

Ce mercredi 6 mars, la dernière de l'hiver est organisée à Pontcey, une commune de 300 habitants à quelques kilomètres de Vesoul. La dernière de l'hiver, car les différences de températures ne seront plus significatives avec le retour de la douceur. 

Visite de terrain puis analyse en salle 

En partenariat avec l'Association de Développement des Énergies Renouvelables et Alternatives (ADERA), le Pays de Vesoul Val de Saône organise ainsi plusieurs balades thermographiques chaque hiver, en incluant le plus possible la population. De 10 à 40 personnes s'inscrivent à chaque sortie, organisée durant 1h30, et menée par un thermicien, spécialiste du sujet.

Après une déambulation dans une rue repérée à l'avance, le thermicien expose et analyse en salle communale les clichés capturés. Sur les images, des "ponts thermiques", ou fuites de chaleur, sont fréquents au niveau des ouvertures : fenêtres, portes, et permettent d'identifier les travaux éventuels à mener.

C'est sensibiliser les habitants à la qualité de leur habitat, les inciter à faire des économies d’énergie et gagner en confort.

Virginie Luthringer, directrice du Pays Vesoul Val de Saône

 

"Le fait de disposer d’un cliché de sa maison qui fait apparaître les déperditions, c’est concret. C’est le point de départ", expose Virginie Luthringer. Le point de départ d'une démarche éventuelle de rénovation, pour les bâtiments les moins bien isolés, par exemple. La balade thermographique est vue comme un vecteur de vulgarisation pour sensibiliser la population au plan Climat Air Energie Territorial, un dispositif d'État porté par les établissements publics comme le Pays Vesoul Val de Saône (PVVS).

"Le public cible, c’est vraiment les habitants", résume Virginie Luthringer. "Ensuite c’est l’Adera qui prend le relai, et qui a pour but d’accompagner les particuliers, à la fois sur le plan technique et sur le montage des dossiers."

"L’idée, c’est d’avoir un outil support pour donner envie de s’intéresser à la question, les balades sont un très bon support pour ça", complète Nicolas Moniot, directeur de l'ADERA. "En plus du côté sympa, visuel, c'est faire prendre conscience qu’il y a des travaux à faire." 

La caméra thermique, un outil qu'il faut savoir analyser

Mais attention, prévient Nicolas Moniot, si la caméra thermique est un bon outil pour déceler les passoires énergétiques, elle nécessite un réglage précis et des connaissances. "Les gens pensent que c’est magique, mais c’est un outil assez complexe. Il y a un intérêt à l’utiliser dans certains cas. On a choisi de s’appuyer sur un thermicien qui sait bien expliquer les limites de la chose."

La caméra thermique est un outil, pas une finalité. Si on veut étudier son logement, on va faire appel à un thermicien, pas une caméra.

Nicolas Moniot, président de l'ADERA

Concrètement, durant ces balades thermographiques, le thermicien va traduire en direct aux participants les données fournies par la caméra. "Il va montrer une dalle béton sur une maison des années 70, et il va montrer que c’est tout rouge. Lui va traduire ça en consommation de litres de fioul. Dans d'autres cas plus subtils, il va expliquer que même s'il semble y avoir de grosses déperditions à un endroit, il faut la relativiser par rapport au reste du bâti."

Objectif, toucher une partie de la population qui n'a pas nécessairement connaissances des aides existantes en matière de rénovation énergétique, en informant de façon pratique sur les dispositifs en vigueur et la possibilité de décrocher des financements. "Tous les gens inscrits, on leur demande s’ils veulent bien se munir de leur revenu fiscal de référence, pour voir où ils se situent en termes de revenus et de niveau d’aides", détaille Nicolas Moniot.

Ensuite, les personnes intéressées sont suivies par l'ADERA, qui assure en Haute-Saône avec l'association GAÏA Energies l'espace conseil France Rénov.

Sensibiliser aux arnaques et informer sur les démarches

"L’enjeu, c’est que quand les gens veulent engager un projet, qu’ils nous trouvent. On ne fait pas de miracle, mais on rétrécit le champ des possibles pour les gens. Ils ont plein d’infos en tête, nous, on réoriente tout ça", complète le directeur de l'ADERA.

Car tout un chacun qui souhaite rénover sa maison et cherche en ligne des aides et des entreprises peut tomber sur des entreprises proposant des solutions clés en main non adaptées à leur logement, alerte Nicolas Moniot. Avec le risque de se retrouver à engager des travaux coûteux, mais inefficaces sans avoir pu réfléchir posément à la situation.

L'ADERA, selon Nicolas Moniot, va au contraire proposer un premier niveau d’information, puis orienter si nécessaire vers un audit avec un "Accompagnateur Rénov" local, avant d'exposer les aides à mobiliser, la simulation financière et enfin monter un dossier d’aide. "On y va pas à pas, sinon les gens se noient. On est là pour simplifier, donner de l’ordre. On n’est pas tous des chefs de projets nés", conclut Nicolas Moniot.

Pérenniser un dispositif en fin de financement

Le Pays Vesoul Val de Saône, qui arrive en fin de convention de financement de l'ADEME pour l'organisation de ces balades thermographiques, espère renouveler l'expérience pour l'hiver prochain, en formant un agent sur les fonds propres. "Notre objectif, c’est qu’à horizon 2026/2028, on puisse en organiser une par commune", espère Virginie Luthringer. Le PVVS, se donne notamment pour objectif de proposer des expériences de ce type à la population. "L’animation, ça marche comme ça, l’important, c’est vraiment de se déplacer sur le terrain au plus près des habitants."