Coronavirus covid-19 : le “coup de gueule” de la députée européenne Anne-Sophie Pelletier

La députée européenne FI Anne-Sophie Pelletier lance un "coup de gueule" pour que les soignants des Ehpad aient des masques / © Max PPP Pierre Heckler/ capture twitter
La députée européenne FI Anne-Sophie Pelletier lance un "coup de gueule" pour que les soignants des Ehpad aient des masques / © Max PPP Pierre Heckler/ capture twitter

La députée européenne FI Anne-Sophie Pelletier, connue pour son combat à l’Ehpad de Foucherans en 2017, lance un « coup de gueule » pour que les soignants des Ehpad et les aides à domicile aient des masques. L’élue lance également un appel à témoignages. 
 

Par Isabelle Brunnarius

Sept jours après le début du confinement des Français, la députée européenne (France Insoumise, membre de la Gauche Unitaire Européenne) Anne-Sophie Pelletier interpelle le gouvernement pour que les soignants des Ehpad mais aussi les aides à domicile, les auxilliaires de vie sociale soient équipées de masques.  « Des salariées qui peuvent contaminer des personnes âgées ». L’auteur du livre « Ehpad, une honte française » interroge :  « Qui, si, elles sont atteintes par le virus,  aurez-vous pour soigner les gens ? »
 

Dans une interview accordée au quotidien communiste L'Humanité, la députée européenne précise : 

"Chaque jour, j’ai un nombre énorme de remontées de soignants d’EHPAD qui m’écrivent qu’ils n’ont pas de masques. Et pour ceux qui en ont, c’est un masque pour une journée de 10 heures. Or les masques se changent toutes les 4 heures. Au delà, ça n’a plus aucune efficacité. Or dans le Grand Est, il y a déjà une proportion importante de soignants qui sont atteints par le coronavirus."


C’est après avoir reçu ces témoignages de soignants se plaignant de ne pas avoir assez de masques qu’Anne-Sophie Pelletier a diffusé son  « coup de gueule » sur twitter et facebook. Une video tellement partagée que le lendemain, la députée européenne décide de lancer un appel pour avoir « une réelle vision de la situation dans les Ehpad ». Anne-Sophie Pelletier "invite à envoyer vos témoignages, qui resteront anonymes à l'adresse : urgence.ehpad@gmail.com". 
 

En une journée, Anne-Sophie Pelletier a reçu une cinquantaine de mails. Des mails qui seront conservés pour si nécessaire "apporter des preuves comme quoi cette crise a été mal gérée, n'a pas été anticipée, que les soignants ont été mis en danger, que les personnes âgées ont mises en danger. Nous apporterons avec ces témoignages des preuves aux gens qui en ont besoin pour que, un jour, je ne veux pas polémiquer, qu'ils aient des comptes à rendre".

Nous avons pu nous entretenir avec la députée, chacune confinée dans son appartement. Actuellement, Anne-Sophie Pelletier est à Bruxelles en raison d'une séance prévue encore cette semaine au parlement européen. Comme en France, les parlementaires continuent à voter.
 



Le coronavirus a des effets particulièrement dramatiques dans les Ehpad. A Thise, ce mardi 23 mars, le bilan s’alourdissait avec l’annonce de la mort de 15 résidents de l’Ehpad situé dans ce village proche de Besançon.  Le maire a décidé de durcir le confinement pour éviter au max la contamination.
 

Dans les Vosges, un autre Ehpad subit de plein fouet cette épidémie.
 

Au 8e jour de confinement, le huis clos des Ehpad soulèvent des questions. Comment travaillent les soignants, ont-ils réellement le matériel nécessaire pour se protéger et protéger les personnes âgées ?

Le 20 mars, les professionnels des Ehpad, des résidences spécialisées, des services d’aide à domicile ont affirmé au ministre de la Santé Olivier Véran que le port du masque était « une mesure centrale ». Dans ce même courrier, ces responsables soulignent «l’absolue nécessité de pouvoir recourir à l’hospitalisation » des personnes âgées présentant les symptômes du Coronavirus.
 



Ce mardi 24 mars, Olivier Véran a répondu à l’inquiétude de ces professionnels. Le ministre de la Santé a assuré que "20 millions de masques seront livrés cette semaine aux hôpitaux et aux Ehpad, en privilégiant les zones de circulation active du virus" et encore 20 millions aux soignants de ville "au plus tard au début de la semaine prochaine".

Une livraison attendue dans les établissements. Sur notre page facebook, un soignant nous signalait lundi 23 mars que dans son établissement pour personnes âgées près de Vesoul, le port du masque n’était pas imposé :

« Vous n’avez pas le nez qui coule ? Non. Alors pas besoin. En ont-ils en stock ? Je ne le saurai que demain »

Ce mardi, ce même soignant nous avertissait qu’il allait pouvoir travailler avec un masque.

Mais au-delà du « coup de gueule » de Anne-Sophie Pelletier pour équiper le personnel soignant, ce sont les fragilités et les manques de moyens des Ehpad que dénonce, une fois de plus, la députée européenne d’origine franc-comtoise.

Comment accompagner un mourant quand le virus s’est infiltré dans un établissement ? Quel temps lui consacrer ? Comment se protéger de la maladie ?

C’est « Une tragédie à huis clos »,  comme le titre le journal Le Monde, qui est entrain de se dérouler dans les Ehpad. 
Des morts quasi-invisibles. Les familles ne peuvent ni les accompagner, ni leur présenter leurs adieux.
 


Des morts non comptabilisés dans les statistiques présentées chaque jour par l’ARS, L’Agence Régionale de Santé.
Depuis l’entrée en phase 3, précise l’ARS, « les chiffres communiqués chaque jour par l’ARS (nombre de patients hospitalisés, en réanimation, décédés) concernent les patients les plus graves, dont la situation médicale a justifié une prise en charge en établissements de santé. Le bilan quotidien fait donc uniquement état des décès en établissements de santé, que les patients proviennent de leur domicile ou d’un EHPAD. »

« Il n’y a pas d’omerta, se justifie Olivier Obrecht, directeur général adjoint de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté auprès de nos confrères du Monde. Nous avons simplement une politique de communication très stricte pour ne pas faussement rassurer ni affoler les gens. Quand bien même nous aurions une comptabilisation des morts établissement par établissement, nous ne connaissons pas la cause de tous les décès. » A l’Ehpad de Thise, « seuls trois résidents ont été testés et se sont révélés porteurs du virus », précise-t-il.

Une situation complexe et difficile à maitriser. 
 
Les soignants des Ehpad sont bel et bien en première ligne de cette "guerre" contre le coronavirus. 



 

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