Covid-19 : tristesse et colère... les réactions affluent après le décès du docteur Eric Loupiac

© Philippe TRIAS - Georges ROBERT - maxPPP
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Le docteur Eric Loupiac, médecin urgentiste de Lons-le-Saunier, est décédé jeudi 23 avril des suites du covid-19, à l'hôpital de Marseille. C'est le dixième médecin français à mourir à cause du coronavirus. Depuis l'annonce de sa mort, la colère, l'indignation et la tristesse dominent. Réactions.

Par Sarah Rebouh

Le médecin urgentiste Eric Loupiac était un homme très apprécié bien au-delà des frontières du Jura, département dans lequel il exerçait. Cette véritable figure du mouvement social en faveur de l'hôpital public, père de trois enfants, était de tous les combats, toujours prêts à s'engager au service de l'humain et du collectif. Depuis l'annonce de son décès, survenu jeudi 23 avril, les hommages et les témoignages de sympathie affluent de toute la France. La colère et l'indignation sont également bien présentes.

Il faut dire qu'Eric Loupiac avait dénoncé à maintes reprises le manque de moyens dans les hôpitaux publics. France 3 Franche-Comté lui avait de nombreuses fois tendu le micro. Le 15 décembre 2018, Eric Loupiac et ses collègues participaient à une marche blanche dans les rues de la cité lédonienne pour défendre la deuxième ligne de Smur à Lons-Le-Saunier : "La fermeture de ce SMUR va entraîner au minimum 40 morts par an. Pour 1 million d'euro, ça veut dire que la vie, une vie humaine, le ministère et l'agence régionale de santé - je ne sais pas lequel des deux estime le coût d'une vie humaine à 25.000 euros" lançait Eric Loupiac toujours prêt à clamer haut et fort son intérêt pour les patients et les soignants.
 
 

"Très triste, mais aussi en colère"


L'annonce de sa mort provoque une véritable onde de choc. Il est le dixième médecin, en première ligne, à mourir du covid-19. Rachid Hiébous, le secrétaire du Comité d'Hygiène et de Sécurité de l'hôpital de Lons-le-Saunier et secrétaire du syndicat CGT Jura est triste mais aussi en colère. "Il a été envoyé au front avec un simple masque comme protection. Et encore, des masques on n'en a pas toujours. Au début on nous a même demandé de nous protéger avec des sacs-poubelles. Eric faisait des gardes de 24h en étant en contact avec des malades. Comment voulez vous qu'il ne soit pas contaminé ? C'était un homme courageux. Il savait quels étaient les risques et il les acceptait. Aujourd'hui je suis très triste mais aussi en colère. Des dizaines et des dizaines de soignants ont été contaminés par le Covid 19 depuis le début de la pandémie car ils n'étaient pas assez protégés. Nous réclamons sans cesse du matériel de protection et des moyens pour nos collègues mais personne ne nous entend. Nos dirigeants, au plus haut niveau de l'état ont été sourds à nos demandes depuis des mois. Il faudra que les coupables paient pour cela" nous a-t-il confié, quelques heures après l'annonce du décès de l'urgentiste.
 

"Nous allons continuer le combat en ton nom"


Le dr Christophe Prudhomme, médecin au Samu 93 et porte-parole de l’Association des Médecins Urgentiste de France (AMUF), a publié un billet de blog en hommage à son "ami et camarade" le dr Eric Loupiac. "Au début de l’épidémie, tu t’étais élevé contre le manque de moyens de protection. C’est à ce moment que tu as été contaminé. Au début, tu te voulais rassurant, puis quelques jours après la maladie s’est aggravée. Il y a eu des hauts et des bas, angoisse et espoir… puis la virus a été le plus fort. Tu nous as quitté. Tu laisses une épouse et des enfants effondrés. Sache que nous ferons tout pour leur apporter notre soutien. Et puis le maintien du SMUR 2 comme vous l’appeliez n’est pas acquise, car malgré la crise les plans de restructuration-destruction de l’hôpital public continuent. Hôpital public à l’avenir duquel tu étais si attaché. Nous allons continuer le combat en ton nom et pour toi" écrit-il. 

C'est d'ailleurs Patrick Pelloux, président national de l'AMUF, qui a annoncé la triste nouvelle sur les réseaux sociaux. L'AMUF a publié un communiqué dans lequel s'exprime également la colère : "L'ensemble du monde de l'urgence s'associe à la douleur, à la colère de sa famille, de ses proches et des collègues".
 

Philippe Poncet, le président de l'association des malades de la Bronchopneumopathie Chronique Obstructive (BPCO) parle quant à lui d'un "coup dur de plus, terrible", "résultat d'une défaillance politique absolue". "C'est le résultat d'une défaillance politique absolue et aussi de la suffisance d'une bureaucratie française irresponsable et qui plombe totalement la réactivité du système sanitaire depuis des années. Le Dr Loupiac, comme ses collègues, demandait des moyens pour sauver des vies. Il ne les a jamais obtenus" nous a-t-il expliqué.
 

"A la guerre sans arme"


Sur les réseaux sociaux, les hommages se multiplient également. Jean-Pierre Tenoux, grand reporter à l'Est Républicain écrit : "Quand on a rencontré, comme journaliste, le Dr Éric Loupiac et suivi son combat pour la défense de l'hôpital public, en particulier de la ligne SMUR de Lons-le-saunier, on ne peut que partager la tristesse et le désarroi de ses proches mais aussi comprendre leur colère."

Des internautes anonymes rendent aussi hommage au Jurassien tout en exprimant leur indignation. "Hommage à Mr Loupiac. Ce brave et courageux médecin mort pour la France et tué par ce pouvoir qui a envoyé à la guerre des gens sans arme. Honte à eux. Légion d'honneur, ses enfants pupilles de la nation, à minima..." exprime Marc, sur Twitter. 
 

"Éric Loupiac, urgentiste qui alertait sur le manque de moyens pour soigner est décédé du Coronavirus. Il n’avait pas de FFP2 pour soigner. Son épouse porte plainte, ainsi que 600 autres médecins. J’en serai. Pensée pour lui et ses proches" écrit également Baptiste Beaulieu, écrivain et médecin, toujours sur Twitter.
 

Sur le compte Facebook du médecin, les messages affluent depuis jeudi. "Prends bien soin des autres là haut comme tu prenais bien soin des autres ici bas""Une stèle pour tous ces soignants qui ont payé de leur vie par engagement et courage. .Contre des politiques qui pendant plus de 30 ans ont contribué à casser le système de santé français !", "Fier d’avoir travaillé avec toi ! Docteur Eric Loupiac mort pour la France. Bon voyage mon copain", peut-on lire.

Claire Loupiac nous avait indiqué début avril son souhait de déposer plusieurs plaintes pour dénoncer le manque de protection des soignants face à la violence du virus qui a malheureusement emporté son mari, à l'âge de 60 ans. 
 

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