Coronavirus : Eric Loupiac, médecin urgentiste du Jura est hospitalisé en réanimation, son épouse va déposer plainte

© Philippe TRIAS - Georges ROBERT - maxPPP
© Philippe TRIAS - Georges ROBERT - maxPPP

Infecté par le covid-19, ce médecin du Jura mobilisé depuis des années pour réclamer des moyens pour les urgences, mène un combat désormais pour sa propre vie. Son épouse déposera plusieurs plaintes pour dénoncer le manque de protection des soignants face à la violence du virus.

Par Sophie Courageot

Claire Loupiac est une femme en colère, et comme ses proches dans une douloureuse attente. Suspendue aux nouvelles. Chaque matin, elle appelle l’équipe de réanimation de La Timone à Marseille où son mari est pris en charge depuis le 23 mars. L'urgentiste Eric Loupiac, est délégué déparemental de l'AMUF, l'Association des Médecins Urgentiste de France. Nous l'avions encore eu par téléphone mi-mars. Il était malade. Le souffle fatigué.
 

Eric savait que ça allait se passer comme cela


Eric Loupiac, médecin urgentiste de Lons-Saunier a développé les premiers symptômes du covid-19, le 16 mars. « Je suis tellement en colère, ça devait arriver, Eric savait que ça allait se passer comme cela » déplore son épouse. « Il sait qu’il a été contaminé le 6 mars par une patiente venue aux urgences. Mon mari l’a examiné, il n’y avait que quelques tests de dépistage faits quotidiennement alors, mon mari n’avait qu’un simple masque chirurgical, une mince protection » dit-elle.  Pas de masques FFP2. « Il savait que l’hôpital était mal préparé. Depuis ce qui se passait depuis un an, on courait vers la catastrophe » ajoute Claire Loupiac.
 

Il ne faut pas applaudir les soignants, il faut les protéger


60 ans, sportif, en parfaite santé, le médecin se bat aujourd’hui sur un lit de réanimation. « C’est dur à vivre. C’est au jour le jour, mais je garde espoir » confie son épouse.
L’urgentiste du Jura bénéficie de la technique ECMO (oxygénation par membrane extracorporelle) afin de mettre ses poumons au repos pour les cicatriser. 

« Je m’occupe pour l’instant de mon mari, mais je déposerai plainte comme l’ont déjà fait 600 médecins » dit-elle. A nos confrères du Progrès, Claire Loupiac a égrainé la longue liste des personnes à qui elle demandera des comptes. Elle envisage une plainte contre Agnès Buzyn et Olivier Véran, ex-ministre et ministre de la Santé. Mais également contre l'Agence Régionale de Santé de Bourgogne Franche-Comté, la direction de l'hôpital de Lons-le-Saunier et le chef du service des urgences.

"Il ne faut pas applaudir les soignants, il faut les protéger" confie aussi l'épouse du médecin. « Tout était prévisible, on voyait bien ce qui se passait en Italie. Il fallait commander des masques. Il aurait fallu confiner le pays dès le 27 février » ajoute-t-elle. « Moi je suis confinée depuis cette date, mon mari m’a dit tu ne sors plus ». Eric Loupiac est retourné travailler. Selon son épouse, un autre médecin urgentiste de Lons-Le-Saunier est également infecté par le covid.


 

Un médecin engagé et aux grandes valeurs 



Sur les réseaux sociaux, la nouvelle de l'hospitalisation de ce médecin très connu  et apprécié dans le Jura, a soulevé une vague de soutiens. "C'est un battant qui ne se rend pas quelque soit le combat ....Espérons qu'il l' emporte cette fois ci encore. Un médecin engagé et aux grandes valeurs" confie Jean.

"Je viens d'apprendre cette triste nouvelle... Courage docteur ! #Triste" écrit un internaute. "Pensées confraternelles et amicales à Eric Loupiac aux côtés duquel j’ai servi à la Brigade des Pompiers Paris" écrit un autre. Le Samu du Nord, l'AMUF, l'association des médecins urgentistes ont une pensée pour lui, ses proches, et toutes celles et ceux qui se battent contre le covid-19. Le neurochirurgien de Besançon Laurent Thines affiche aussi son soutien à ce confrère.
 

 


Défense d'une ligne de SMUR... Eric Loupiac, un homme de combat pour défendre le système de santé


Eric Loupiac se bat depuis des mois, des années dans le Jura pour réclamer des moyens pour les services de santé. En novembre 2019 alors que les urgentistes sont en grève, il recevait l'urgentiste Patrick Pelloux en visite aux urgences de Lons-Le-Saunier.  Car à Lons comme dans nombre de services d'urgences en France, on manque de lits, de moyens. "Patrick Pelloux est très au fait des problèmes de la médecine d'urgence, des problèmes des hôpitaux et en plus, il s'intéresse aux problèmes de la province, un soutien comme le sien c'est vital pour nous" expliquait alors Eric Loupiac à France 3 Franche-Comté.

Le 15 décembre 2018, Eric Loupiac et ses collègues participaient à une marche blanche dans les rues de la cité lédonienne pour défendre la deuxième ligne de Smur à Lons-Le-Saunier : "La fermeture de ce SMUR va entraîner au minimum 40 morts par an. Pour 1 million d'euro, ça veut dire que la vie, une vie humaine, le ministère et l'agence régionale de santé - je ne sais pas lequel des deux estime le coût d'une vie humaine à 25.000 euros" lançait Eric Loupiac toujours prêt à clamer haut et fort son intérêt pour les patients et les soignants.
 

Il faudra que les responsables assument devant les tribunaux et la justice populaire


Eric Loupiac est le délégué jurassien de l’Amuf présidé au niveau national par Christophe Prudhomme. Pour ce dernier, les plaintes envisagées par Claire Loupiac sont une pièce essentielle. L’AMUF soutient les démarches de plaintes entamées par plusieurs organisations dont le collectif inter-hôpitaux, ou la CGT. « Il faut que ces plaintes soient le plus précises possibles. Par exemple à Lyon aux hospices civils, on lave les surblouses et on demande aux soignants d’enfiler comme tablier des sacs poubelles pour se protéger » dit-il. « Il faudra à un moment que les principaux responsables justifient leur position et les assume devant les tribunaux et la justice populaire » ajoute Christophe Prudhomme qui ne décolère pas face au manque de moyens dénoncés depuis des mois, des années dans toute la France.

Concernant Eric Loupiac dont il connait l’engagement depuis des années, il ajoute :« Quand on est dans une situation, un département ou on a des administrations, des politiques, des responsables médicaux qui ont validé le fait qu’on supprime une ligne de SMUR à Lons, qu’on ferme des hôpitaux comme à Champagnole ou Saint-Claude, cela crée un climat. ». « Nous n’accepterons pas que cela soit passé sous silence car les conditions de travail à l’hôpital de Lons-le-Saunier ou dans le Jura, sont inadmissibles » confie le médecin qui a des nouvelles régulièrement d’Eric Loupiac via son épouse.

Selon Christophe Prudhomme, plusieurs médecins urgentistes de France ont été infectés par le covid-19, et certains comme Eric Loupiac ont été pris en charge par des services de réanimation.


Les plaintes contre des membres du gouvernement ou contre X se multiplient


Contre des membres du gouvernement ou contre X, les plaintes liées à la gestion de la crise ducoronavirus se multiplient depuis une quinzaine de jours et devraient encore affluer dans les semaines à venir.

Emanant de particuliers, de médecins, d'associations, ou encore de détenus, au moins onze plaintesont déjà été enregistrées par la Cour de justice de la République, seule instance habilitée à juger des actes commis par des membres du gouvernement dans leurs fonctions.

La commission des requêtes de la Cour de justice de la République (CJR) devra se prononcer dans les mois à venir sur la recevabilité de ces plaintes et pour celles qu'elle jugerait fondées, saisir la commission d'instruction de la Cour pour qu'elle mène des investigations.





 

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