TÉMOIGNAGE. Léo, 17 ans, hospitalisé pour coronavirus : « J’ai eu parfois très peur, mais je m’en suis bien sorti »

© Pixabay
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Le Covid-19 frappe à tout âge. Léo, un lycéen de Champagnole dans le Jura, témoigne de son parcours de soins. De longues journées passées à l’hôpital. Pour un virus, qu’il n’aurait jamais pensé si virulent.

Par Sophie Courageot

Sur le premier plateau du Jura, sous les rayons de soleil généreux de ce printemps, Léo savoure un retour à la vie, celle d’avant ou presque. Après 8 jours passés à l’hôpital de Lons-Le-Saunier, le lycéen a pu retrouver la maison familiale. Le jardin. Il se repose. Fatigué encore. Et nous raconte.
 

Suspect Covid-19


De la toux. Des maux de tête. Et la sensation que son cœur est oppressé par une invisible main qui l’enserre. Des vomissements. Léo ressent les premiers symptômes vendredi 20 mars. Ce jeune élève de première reste alors dans sa chambre. Quelques mois plus tôt, il avait été soigné pour une péricardite, une inflammation du péricarde, la membrane recouvrant le coeur. Dès le lendemain, il contacte le 15. Transporté en ambulance à l’hôpital, il est suspect covid-19. Le test de dépistage le confirmera quelques heures plus tard.
 

J’ai vu des gens habillés comme des cosmonautes  


Léo rentre chez lui. Pour se confiner. C’est la règle quand on est malade. Au 5e jour, le virus monte d’un méchant ton. « J’ai commencé à avoir de gros soucis de respiration, le souffle qui s’emballe » explique Léo. Le lendemain, cela ne va pas mieux. Le médecin généraliste qui suit le jeune homme lui demande de rappeler les urgences. « Le Samu et trois pompiers sont venus me chercher. J’ai vu des gens habillés comme des cosmonautes » se souvient Léo. Le lycéen est placé sous respiration pendant une à deux heures avant d’attendre son tour aux urgences. Léo est transféré au service de pneumologie à l’hôpital de Lons-le-Saunier.

Une chambre. Un poste de télévision. Des contacts en visio seulement, avec sa famille. Durant huit jours, le jeune homme va vivre coupé des siens, dans cet univers blanc d’une unité Covid. Il est le plus jeune patient alors hospitalisé dans le service.
 

J’ai eu deux fois la sensation de voir la fin 


8e jour. La nuit de Léo est difficile. « Les symptômes s'accélèrent. J’ai ressenti une compression thoracique. Mais mon taux d’oxygénation était bon. Avec quelques calmants, c’est passé….heureusement pour moi, je voulais éviter l’intubation et la réanimation ! » dit-il.

« Les nuits, c’était dur, couché sur le ventre avec la toux, j’ai fait plusieurs nuits assis dans mon lit pour garder une respiration normale… Par moments, j’ai eu la respiration qui s’emballait, la sensation de ne plus rien avoir dans les jambes, la sensation que j’allais passer l’arme à gauche, voir la fin. Cela m’est arrivé deux fois durant mon hospitalisation. Ça a duré une dizaine de minutes. Je n’avais jamais connu ça dans ma vie » confie calmement Léo.


 
© Vincent Isore - maxPPP
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Contaminé sans doute le soir des élections municipales


Le Covid-19, Léo en avait entendu parler comme tous les jeunes. Mais la vie continuait avec quelques précautions. « Je pense avoir été infecté lors du premier tour des élections, dimanche 15 mars » explique Léo. Le jeune homme passionné par la politique s'est engagé dans la campagne.

 « Le dimanche soir, on a fêté la victoire. On a fait un pot, j’ai rangé la salle, j’ai touché quelques gobelets… On n'avait pas tous conscience alors de l’ampleur du virus » lance Léo. « J’ai su quelques jours après la soirée électorale qu’une personne atteinte du coronavirus avait participé à la soirée » explique Léo. « Je n’ai guère de doute, je pense avoir été contaminé ce soir-là » dit-il : « Avec le recul, je me dis qu’avoir maintenu les élections municipales, c’était une hérésie !. »

À l’hôpital, les jours s’égrènent. Au fil des appels en visio avec sa famille pour garder le moral. Léo tente de rassurer les siens à distance. Pas évident : « j’avais des tuyaux partout, un masque, des cathéters ». « J’ai été très bien pris en charge par les soignants. Les infirmièr(e)s passaient toutes les trois heures vérifier ma saturation en oxygène ou ma tension qui chutait par moments. « Je suis resté 3-4 jours sans sortir de mon lit, je me dis que cela aurait pu être pire, je n’étais pas en réanimation » tempère Léo.

  


Les médecins m’ont dit de faire attention. Je peux encore être contaminé 


Par chance, le jeune homme n’a pas contaminé sa famille. « J’ai une petite sœur, un demi-frère, j’avais peur de les avoir contaminés, il y a une forme de culpabilité » explique Léo désormais rentré à la maison. « Au bout d'une semaine d’hospitalisation, j’avais encore quelques vertiges, mais je ne toussais plus. Je suis rentré le 2 avril à la maison en ambulance. On ne m’a pas dit que j’étais guéri, on m’a fait rentrer parce que j’allais mieux ». « Pour l’instant, je ne suis pas ressorti encore par peur de contaminer. Je ne sais pas si je suis immunisé. Les médecins m’ont dit de faire attention. Je peux encore être contaminé » craint Léo.

Léo, élève en première se repose. Tout en essayant de suivre ses cours depuis la maison. Nouveau bac, Covid… cette année 2020 est faite d’expériences, dont se serait bien passé le jeune homme. Même ce bon élève, très mature, trouve qu’étudier à distance n’est pas évident. Après le bac, il espère continuer sur la voie qui le passionne depuis des années, une école de droit ou sciences politiques.

Léo est conscient d’avoir eu beaucoup de chance. Durant son séjour à l’hôpital, il a appris le décès d’une jeune Belge de 16 ans, infectée par le coronavirus. "À l’hôpital de Lons-le-Saunier, après moi, une petite fille de 12 ans été hospitalisée » nous explique Léo. À 17 ans, « quand on a vécu deux moments où on se dit qu’on va rendre l’âme, on se dit que les petits bobos, ce n’est rien. La vision de la vie n’est plus tout à fait la même ».

« Je m’en suis plutôt bien sorti ! » confie Léo avec le sourire de pouvoir goûter à nouveau au soleil de la vie. « Bienvenue chez toi, mon frère adoré que j’aime » : À Champagnole, c’est toute une famille qui reprend son souffle après le combat gagné contre le virus.

 
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