Coronavirus : L'écrivain Sylvain Tesson taclé par le Professeur Laurent Thines après ses propos sur les gilets jaunes

Le neurochirurgien au CHU de Besançon (Doubs) a vertement réagi aux propos de Sylvain Tesson. Dans un entretien pour Gallimard relayé le 8 avril par L'Obs, l’écrivain tacle lui-même le mouvement des gilets jaunes. « Subitement, on a moins envie d’aller brûler les ronds-points, non ? ».

L'écrivain Sylvain Tesson, Prix Renaudot pour son livre "La panthère des neiges"
L'écrivain Sylvain Tesson, Prix Renaudot pour son livre "La panthère des neiges" © Alexis Sciard - maxPPP
Sylvain Tesson, prix Renaudot 2019 pour son livre "La panthère des neiges" avait expliqué auparavant la chance des français qui en période de pandémie dévastatrice bénéficient d’un Etat fort et organisé. « On peut lui cracher dessus, il se portera à votre secours ».

« Se rend-on compte de notre chance ? Pendant quinze jours, l’État assure l’intendance de notre retraite forcée. Il y a un an, une part du pays voulait abattre l’État. Soudain, prise de conscience : il est plus agréable de subir une crise en France que dans la Courlande orientale. L’État se révèle une Providence qui n’exige pas de dévotions. On peut lui cracher dessus, il se portera à votre secours. C’est l’héritage chrétien de la République laïque. On peut appliquer le mot de Beaumarchais à la géographie : nous nous donnons la peine de naître en France et sommes mieux lotis qu’ailleurs. Subitement, on a moins envie d’aller brûler les ronds-points, non ?"

Sur son compte Facebook, Laurent Thines se définit par son métier, neurochirurgien, mais aussi comme poète et «moucheur » à ses heures perdues. La pêche à la mouche n’est pas autorisée en ce moment mais cela ne l’a pas empêché de moucher littéralement l’écrivain Sylvain Tesson. Un post cinglant conclu par ces mots : « Comme quoi on peut être un écrivain reconnu et un piètre humain. »

« N’en déplaise à la panthère des Neiges….on vit dans un pays où les premiers de cordée sont  :

-les premiers de corvée, caissière, éboueur, livreur, ouvrier
-les moins bien payés, soignants, mini-jobs
-les plus méprisés, grévistes, manifestants, fonctionnaires
-les plus réprimés, gilets jaunes, banlieusards
-les grands oubliés, France d’en-bas

 



Les gilets-jaunes, ce sont eux qui sont en première ligne aujourd’hui


Laurent Thines n’a visiblement pas supporté la pique lancée aux gilets jaunes et tous les manifestants des rond-points aux côtés desquels il milite depuis plusieurs mois.

Nous avons pu joindre ce matin par téléphone le médecin qui est aussi membre du collectif inter-hôpitaux. Il sortait de plusieurs heures de garde dans une unité Covid-19 et s’apprêtait à reprendre des consultations dans son service.

« J’ai été choqué par ces propos. C’est indigne d’utiliser la situation pour faire du bashing des gilets-jaunes. C’est déplacé, indécent. Ce type, c’est un bobo littéraire qui fait du trekking et revient nous faire la morale. Il dit, regardez l’Etat providence en France comme il marche bien, vous avez de la chance, taisez-vous. C’est une analyse au ras des pâquerettes. Les gilets-jaunes, ce sont eux qui sont en première ligne aujourd’hui. C’est oublier aussi que les gilets-jaunes sont dans la rue et sur les rond-points depuis novembre 2018 et qu’ils n’ont volé que des palettes et rien d’autre. Au final qui va être sauvé ? Les grandes entreprises. Qui va payer ? Les français » explique le neurochirugien.
 

Laurent Thines ajoute : « la petite phrase provocatrice me fait penser à cette séquence qu’on a oublié. C’était à Mantes-la-Jolie, des CRS qui encadraient des lycéens mains sur la tête. L’un des gardiens dit « Ah, bah voilà une classe qui se tient bien sage… » Tesson c’est ça. c’est sur le même ton, c’est très violent comme parole. C’est pas digne d’un grand écrivain. On s’attendait à plus d’humanisme. C’est odieux, c’est un mépris de classe.»

Avant de raccrocher, Laurent Thinès insiste. « Je connais la collection des Tracts Gallimard. J’ai du respect pour ce qu’ils font. Un de mes confrères y a participé. Il s’appelle Stéphane Velut. Il travaille à Tours. Lisez, si vous voulez comprendre la situation à l’hôpital public aujourd’hui. »

 
Laurent Thines, professeur au CHU de Besançon
Laurent Thines, professeur au CHU de Besançon


Laurent Thines, médecin et fervent militant anti LBD


Pour mémoire Laurent Thines est à l’origine d’une longue bataille contre l’utilisation de LBD par les forces de l’ordre. « Un tir de LBD, c’est comme un lâcher de parpaing sur votre visage à un mètre de hauteur… » Le médecin reprend la métaphore des premiers de cordée largement utilisée par Emmanuel Macron. Il sait qu’elle parlera aussi à Sylvain Tesson, alpiniste chevronné.

Le médecin avait réagi une première fois, hier, à la petite phrase de Sylvain Tesson. Voici ce qu’il écrivait :
 

Subitement on a moins envie d’aller brûler les ronds-points, non?
Sauf que c’est aussi la France des ronds-points qui sauve le pays, cher ami.
Dommage pour votre théorie culpabilisatrice.


Laurent Thines mettait un lien vers un article du Figaro, intitulé : « Aides-soignants, caissiers, camionneurs…Les gilets-jaunes sont devenus les premiers de tranchée. » Dans cet article, deux chercheurs expliquent comment ils ont recroisé les données des gilets-jaunes d’hier et des professions actuellement mobilisées comme « premiers de tranchée. Ce sont les « Back Row Kids (« ceux assis au fond de la classe ») qui font vivre aujourd’hui le pays.

 

Lire l’intégralité de l’entretien avec Sylvain Tesson publié par Gallimard



 
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