Coronavirus : comment travaillent au CHU de Besançon, les équipes de renfort spécialisées dans le “décubitus ventral” ?

A l'hôpital de Colmar, un patient placé sur le ventre. / © Hervé KIELWASSER - maxPPP
A l'hôpital de Colmar, un patient placé sur le ventre. / © Hervé KIELWASSER - maxPPP

Pour soulager les personnels des services de réanimation, à l'hôpital de Besançon, 220 soignants ont été formés au "décubitus ventral" pour retourner sur le ventre les malades en détresse respiratoire aïgue. Un changement de position qui nécessite des personnels et du temps.

Par Sophie Courageot avec communiqué de presse

285 patients infectés par le Covid-19 sont soignés en réanimation dans les hôpitaux de Bourgogne Franche-Comté. Un chiffre évolutif en date du lundi 6 avril.

Parmi ces patients, les malades souffrant de détresse respiratoire aigüe (SDRA) sont placés sur le ventre et sous respirateur artificiel. La position ventrale permet une meilleure ventilation des poumons et une meilleure oxygénation.


Un "ballet" de soignants minutieusement réglé pour mettre les patients Covid sur le ventre


La technique de « retournement sur le ventre », appelée décubitus ventral (DV) ne peut être effectuée par un seul soignant. Chaque geste compte. Chacun joue un rôle précis.

Le retournement du patient est une technique délicate, il faut la répéter deux fois par jour. Sa mise en œuvre mobilise trois soignants selon une procédure très stricte sous le contrôle d’un médecin.

Il faut environ 30 minutes pour effectuer cette mise sur le ventre du patient du fait des mesures de protection des personnels qui doivent être prises, indique le CHU de Besançon.

Au CHU bisontin Jean Minjoz qui acceuille depuis le début mars des patients en réanimation, il a fallu former 220 personnes en 5 jours. Tous ces personnels médecins, chirurgiens, internes, infirmières de bloc opératoire, kinésithérapeutes... étaient des volontaires, indique le CHU. Ils constituent une équipe baptisée "la team DV". Un renfort appréciable et vital pour les soignants de réanimation qui peuvent ainsi retrouver du temps pour accomplir les tâches nécessaires à la prise en charge de leurs patients.

Ces formations accélérées ont été réalisées avec un mannequin haute-fidélité en collaboration avec le centre de simulation hospitalo-universitaire CHUBSIM.

Sur son compte Twitter, le neurochirurgien Laurent Thines qui a participé aux formations a publié quelques images.
 


10 équipes de "décubitus ventral" sont en action chaque jour


Depuis le 27 mars dernier, 10 équipes de personnels dédiés à mettre les patients les plus gravement atteints sur le ventre et à les retourner deux fois par jour sont opérationnelles quotidiennement au CHU de Besançon, en semaine comme le week-end.

Au CHU de Besançon, le docteur Floriane Ciceron, médecin anesthésiste réanimateur explique qu’un patient sur deux environ en réanimation va bénéficier d’un placement en décubitus ventral. « C’est une thérapeutique devenue obligatoire, elle diminue de 30 à 50% la mortalité » estime le médecin.

 

Cette pathologie du Covid-19 est imprévisible


« Quand un patient est placé sur le ventre, c’est un marqueur de l’évolution du Covid-19, quand on met un malade sur le ventre, c’est que cela ne va pas » précise-t-elle. En moyenne, un patient va rester deux à trois jours en position ventrale, il est retourné par les soignants au bout de 16 heures. Ce placement en position ventrale signifie il un espoir de guérison pour le patient ? « Cette pathologie du Covid-19 est imprévisible » répond le médecin.

Néanmoins, avoir formé des équipes spécialisées dans les opérations de retournement des malades a changé la donne dans le service de réanimation sur le pont depuis des semaines. « Quand vous passez 20 minutes, trois fois par jour sur un patient, pour les équipes c’est une mobilisation importante. Avoir du renfort, permet d’éviter l’usure aujourd’hui des équipes de réanimation » estime le Professeur Laurent Thines qui a participé aux formations de décubitus ventral au CHU bisontin.
 

A Besançon, on a beaucoup anticipé. On a pu avoir un peu d’avance sur l’épidémie


« Il y avait une demande des équipes soignantes de réa, il y avait une demande des autres personnels pour nous aider. Les gens étaient motivés pour se former. Ils vont travailler dans des unités covid +. A aucun moment, on a eu des hésitations » se félicite Floriane Cicéron. « On peut actuellement travailler dans une position confortable à Besançon, malgré la crise sanitaire. « Le fait d’avoir cette équipe « Team DV », cela nous a déchargé d’un problème qui aurait pu être majeur » ajoute le médecin.

« A Besançon, on a beaucoup anticipé. On a pu avoir un peu d’avance sur l’épidémie. On a pu ainsi avoir des équipes qui tiennent le coup » complète le Dr Thines.

Si l’Agence Régionale de Santé espère voir s’approcher ces prochains jours le pic épidémique en Bourgogne Franche-Comté, les deux médecins savent que les services de réanimation vont encore pratiquer pendant plusieurs semaines des manoeuvres de placement ventral des malades. 350 manoeuvres ont été réalisées ces 10 derniers jours. « Les patients qui arrivent actuellement vont rester deux à trois semaines en réanimation » précise le Dr Thines. A l’heure qu’il est à Besançon, l’équipe de renfort Team DV pourrait rester en place sans doute jusqu’au mois de mai.


En quoi constiste le décubitus ventral ?


Dans une vidéo de formation en date du 30 mars, le CHU de Dijon explique en quoi consiste le décubitus ventral. Mise en place de la respiration, soin des yeux, protection des points d'appui du corps, la manoeuvre s'effectue ensuite par un roulé déposé du malade via un drap. L'équipe veille à ce qu'aucune sonde ne soit déconnectée. Des cousssins sont placés sous le corps du patient pour permettre une meilleure respiration. Toutes les quatre heures, la tête du malade est changée de côté. Toutes les 16 à 20 heures, le patient est remis sur le dos selon la prescription faite par l'équipe médicale.

  
Décubitus ventral - explications CHU de Dijon
 

Des complications possibles après un "décubitus ventral"


Selon une étudé publiée en 2009 par deux médecins du service de réanimation de l'hôpital de la Roche-sur-Yon, la mise en décubitus ventral permettrait d’améliorer l’oxygénation d’environ 70 % des patients traités par ventilation mécanique pour un syndrome de détresse respiratoire aiguë quelle qu’en soit la cause. 

Cette technique du "décubitus ventral" ou "prone positioning" en anglais a été utilisée dans les hôpitaux de Wuhan en Chine, premier foyer mondial de l'épidémie de coronavirus covid-19.

Elle comporte des bénéfices, et des risques de complication pour le malade. Selon la société de réanimation en langue française qui a publié une vidéo d'explication sur son site pour former les infirmiers de réanimation,  les principaux risques sont ceux d'escarres et oedeme facial. Un patient sur 5 peut être atteint de pneumonie acquise sous ventilation (PAVM). Un patient sur 20 peut faire un pneumothorax après une mise en décubitus ventral. Mais soigner comporte des risques. Et certains malades du Covid-19 doivent aujourd'hui la vie à ce placement sur le ventre lorsqu'ils étaient en réanimation.
 
© Société de réanimation en langue française
© Société de réanimation en langue française





 

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