Histoires 14-18 : les aliénés, sodats internés psychiatriques

© Pathé Gaumont/Archives Départementales du Jura/Collection privée Bruno David/Thèse Marie Derrien/Gallica BNF/BDIC Fonds Valois
© Pathé Gaumont/Archives Départementales du Jura/Collection privée Bruno David/Thèse Marie Derrien/Gallica BNF/BDIC Fonds Valois

Par France 3

La Grande Guerre n’a pas infligé que des blessures physiques aux soldats, mais des traumatismes psychiques aussi. Longtemps oubliés, des dizaines de milliers d’hommes ont ainsi été hospitalisés voire internés dans des asiles, sans qu’on ne puisse établir exactement leur nombre. L’hôpital de Saint-Ylie, ici dans le Jura, a vu affluer en quatre ans près de 500 militaires dits « mutilés du cerveau ».

Les médecins ne découvrent pas la notion de traumatisme de guerre en 1914, bien au contraire. Ils ont vu le conflit russo-japonais de 1905, première guerre dite « moderne » avec son utilisation massive d’artillerie. De nombreux psychiatres de renom (comme Emmanuel Régis à Bordeaux), relayés par la presse,  réclament une réforme au sein de l’armée. Ils veulent  éviter l’incorporation d’hommes dont l’état de santé est douteux. En vain. La France a trop besoin de soldats et se trouve en 1914 totalement impréparée contrairement à ses voisins. Dès la mobilisation, la multiplication des cas de troubles mentaux chez les combattants submerge les 90 établissements asilaires. La chaîne d’évacuation est chaotique, des dossiers sont perdus.
Histoires 14-18 : les aliénés, soldats internés psychiatriques
Source archives : - Pathé Gaumont - Archives Départementales du Jura - Collection privée Bruno David - Thèse Marie Derrien - Gallica BNF - BDIC Fonds Valois  - France 3 - F. Cicolella

Face à ce scandale sanitaire des unités intermédiaires sont créés en 1915 entre le front et l’arrière. L’Etat-Major tente de garder les traumatisés dans un milieu militaire pour les renvoyer au front, après un congé de convalescence. Difficile de savoir combien y retournent réellement. Seuls les cas les plus graves, les suicidaires par exemple, seront internés dans les asiles. Saint-Ylie, devient une plaque tournante, pour des séjours plus ou moins longs. Ainsi Aristide Maurice, jeune homme de 30 ans est atteint de confusion mentale avec hallucinations de l’ouïe. Il entend la voix de sa femme et le bruit des avions. Il est renvoyé au bout de quelques mois au plus près de sa famille à Auxerre.

Comme dans de nombreux asiles, on manque ici de tout : personnel, médicaments, nourriture devenue très chère. Le prix à la journée payé par le Ministère de la Guerre ne suffit pas. Les troubles mentaux sont aggravés par un état physique déplorable. 111 soldats meurent entre autres de paralysie générale ou de tuberculose pulmonaire. L’armistice ne met pas fin au problème. Saint-Ylie reçoit encore 72 militaires de 1919 à 1923, dont 36 soldats russes, regroupés ici. La révolution bolchevique a laissé ces hommes désemparés et démunis sur le front occidental. Pour eux, la « mélancolie profonde » s’ajoute aux séquelles psychologiques de la guerre. Certains guéris repartiront sur la base russe de Marseille. D’autres seront enterrés dans le Jura, à des milliers de kilomètres de leur terre natale.


 

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