NATURE. À la découverte de la chouette de Tengmalm, l'animal "invisible" qui peuple les bois du Jura

Vous connaissez la chouette de Tengmalm ? Sûrement pas, non. Et vous ne l'avez sans doute jamais vu, malgré un hululement typique. On vous présente ce rapace méconnu, présent en Franche-Comté mais malheureusement menacé d'extinction.

Entre 25 et 30 cm de hauteur, une silhouette trapue, de grands yeux jaunes, une robe tachetée de blanc et un hululement caractéristique : voici la chouette de Tengmalm. Son nom ne vous dit peut-être rien et pourtant, elle est une des stars de la nuit dans les forêts jurassiennes.

Mais pas de panique. Leur petit bec crochu est si difficile à observer que rares sont ceux qui peuvent se targuer de l'avoir aperçu, y compris parmi les ornithologues. Origines, implantation, vie nocturne, vedette de films d'horreur... France 3 Franche-Comté a pu s'entretenir avec Samuel Maas, ornithologue à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de Bourgogne Franche-Comté, au sujet de cette chouette particulière.

Un animal fondu de froid et de hauteur

Première chose à savoir sur la chouette de Tengmalm : c'est un rapace qui aime le froid. "On la trouve en montagne ou dans les forêts assez froides comme la forêt boréale" relève Samuel Maas. "La chouette de Tengmalm se sent bien à partir de 500 m d'altitude. Mais là où elle est le mieux, c'est encore plus haut, vers 900m". Hauteur et fraîcheur, deux conditions à son épanouissement qui expliquent que l'oiseau soit peu présent dans l'Hexagone.

La population de l'espèce varie entre 1 000 et 3 000 couples en France, ce qui est très peu, car notre pays représente l'extrême sud de sa zone d'implantation.

Samuel Maas,

ornithologue à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de Bourgogne Franche-Comté

"On la retrouve principalement dans les Vosges, y compris dans le Territoire de Belfort et en Haute-Saône, mais aussi dans le Jura, les Alpes ou le Massif central" continue Samuel Maas. "Dans des forêts mixtes alliant feuillus et conifères". La chouette de Tengmalm est également présente dans les pays nordiques, les pays baltes, le Canada ou encore l'Asie Centrale.

Un rapace difficile à observer

Animal nocturne par excellence, la chouette de Tengmalm est très difficile à apercevoir... y compris pour les professionnels. "Moi-même, je n'en ai jamais vu" sourit Samuel Maas. "Ce rapace vit la nuit, ce qui fait que peu de personnes l'ont déjà aperçu, et ce qui explique aussi qu'il soit aussi méconnu".

Grande chasseuse, cette chouette se nourrit ainsi pendant la nuit de petits rongeurs des forêts comme les mulots ou les campagnols. Et le jour alors ? "Elle reste dans son nid, creusé par le bec des pics noir dans les troncs d'arbres" reprend Samuel Maas. "C'est aussi là que les chouettes de Tengmalm pondent et élèvent leurs petits".

Un hululement déjà culte... que vous avez déjà entendu

Difficile à apercevoir... mais pas à entendre. En effet, le hululement de la chouette de Tengmalm est lui très connu. "Je pense que tout le monde connaît son chant" s'amuse Samuel Maas. "Dans tous les films d'horreur, lors d'une scène de nuit ou de forêt, le cri de la chouette utilisé est celui de ce rapace".

Pour essayer de le décrire, il s'agit d'un "ou-ou-ou-ou" (certains entendront plutôt "pou-pou-pou-pou") "doux et répétitif" selon le site internet oiseau.net. "Les strophes durent de 1 à 5 secondes et peuvent contenir jusqu'à 25 syllabes". À noter que ce cri peut être entendu jusqu'à deux kilomètres à la ronde.

C'est d'ailleurs grâce à son hululement que l'espèce est répertoriée par les ornithologues. "On l'étudie à l'écoute" précise Samuel Maas. "On ne peut pas la voir et, même si l'on travaille beaucoup de nuit, elle se trouve parfois à des endroits en altitude difficiles d'accès. Donc, on s'installe dans des zones prédéfinies. Puis on écoute leurs chants et, selon la fréquence ou le nombre de réponses, on peut les inventorier".

Une espèce en danger

Comme toutes les espèces de rapaces, la chouette de Tengmalm est protégée en France. Mais elle est aussi inscrite sur la liste rouge de la faune menacée du pays, dans la catégorie "à surveiller". Plusieurs raisons expliquent cette classification. 

"La chouette de Tengmalm, pour une fois, ne souffre pas directement de la main de l'homme, avec du braconnage par exemple" reprend Samuel Maas, ornithologue à la LPO de Bourgogne-Franche-Comté. "Mais l'humain l'impacte avec l'exploitation forestière qui détruit son habitat, et indirectement, avec le réchauffement climatique".

Ce rapace recherche de la fraîcheur. Or, le changement climatique rend nos forêts d'altitude de plus en plus chaudes. Dans le futur, il n'y aura plus de chouette de Tengmalm en France.

Samuel Maas,

ornithologue à la LPO de Bourgogne-Franche-Comté

Une espèce menacée, y compris par d'autres rapaces. "Le réchauffement climatique fait migrer la chouette hulotte, qui est un prédateur de la chouette de Tengmalm" déplore Samuel Maas. "La hulotte vient coloniser le territoire de la Tengmalm, la chasse de son trou et mange ses petits". 

Que faire pour limiter les dégâts ? "On a quelques moyens d'action, comme marquer certains arbres pour protéger leur coupe, ou installer nous-même des nichoirs" conclut Samuel Maas. "Mais malheureusement, contre le réchauffement climatique, on est impuissant". Avec ici une conséquence : rendre la "chouette invisible" du Jura complètement inaudible.