"C'est un scandale politico-financier" : 90 ans après, des révélations sur le crash de "l'Émeraude"

Le 15 janvier 1934, l'avion "l'Emeraude" se crashait à Corbigny, dans la Nièvre. 90 ans plus tard, une cérémonie d'hommage a lieu sur place, et des révélations sur le drame sont dévoilées dans un documentaire projeté en avant-première.

Le 15 janvier 1934 près de Corbigny, dans le Morvan nivernais, le Dewoitine D 332 d'Air France s'écrase. "L'Émeraude" effectuait le voyage retour de la première liaison Paris-Saïgon. 10 personnes, sept passagers et trois membres d'équipage, trouvent la mort dans cet accident. Aujourd'hui, un monument symbolise l'endroit de l'accident sur la commune.

"Seules les circonstances sont connues des habitants"

Le monument est composé de quatre barres verticales s'élançant vers le ciel, aux dimensions des ailes de l'avion. Maryse Peltier, maire (sans étiquette) de Corbigny, indique que "le monument est un lieu de promenade qui est agréable, au pied de la forêt."

Mais depuis l'installation du monument en 1938, de nombreux secrets demeurent autour du crash d'avion. La maire de Corbigny confirme : "Uniquement les circonstances de l'accident sont connues des habitants." Personne ne connaît véritablement la "grande histoire" qui se cache derrière.

Pris dans une tempête de neige, il chute à 400 km/h

L'avion s'écrase dans la soirée du 15 janvier. Un Dewoitine 332, fleuron de l'aviation française. Il revient d'Indochine, inaugurant la première liaison Paris-Saïgon. Après une halte technique à Marignane (Bouches-du-Rhône), l'avion se pose à Bron près de Lyon, à la suite d'un problème technique. Le dernier contact radio remonte à 19h30 ce soir-là, l'opérateur indiquant que l'avion traverse une tempête de neige. 

10 minutes plus tard, l'avion s'écrase dans le Morvan, sur la commune de Corbigny. L'épave prend feu. Les 10 personnes à bord sont tuées.

Parmi les passagers : le gouverneur d’Indochine Pierre Pasquier, son officier d’ordonnance Maurice Balazuc, le directeur d’exploitation d’Air France Emmanuel Chaumié, le directeur de l’aviation civile et son épouse, Maurice Nogués, héros de l’aviation française et directeur général adjoint d’Air France, Jean-Jacques Larrieu, chargé de mission au ministère de l’Air. Côté équipage : André Launay, pilote expérimenté, Camille Crampel, mécanicien, Ferdinand Queyrel, à la radio.

Le rapport préliminaire de la commission d’enquête établira que le crash résulte de la rupture de l’avion en vol due aux conditions météorologiques exécrables au-dessus du Morvan. L’avion chute de 50 mètres et percute le sol à 400 km/h. 

Que s'est-il passé avant le crash ?

Maryse Peltier, la maire de Corbigny, rapporte que "ce qui s'est passé avant, personne ne le sait. Personne ne s'est penché sur la question. C'était une histoire qui remontait à un mois avant l'accident. C'était presque un scandale d'État."

La question autour de ce vol fatal est formulée ainsi par la maire de Corbigny :

Pourquoi il y a eu un coup de téléphone qui a exigé que l'avion reparte de Bron (à côté de Lyon) pour qu'il soit impérativement à Paris le 15 janvier ?

Maryse Peltier

maire de Corbigny

À l'occasion de la commémoration prévue à Corbigny, des descendants des victimes seront présents ce 15 juin sur place. Notamment le petit-fils de Maurice Balazuc, directeur technique d'Air France de l'époque, et des descendants de Camille Crampel, le mécanicien de l'avion.

"Ce sont des gens qui n'ont jamais eu de réponses à leurs questions", note la maire de Corbigny. 

Un documentaire sur le "cold case" du crash de l'Émeraude

Mais des éléments inédits s'apprêtent à être dévoilés. France Télévisions est co-productrice d'un documentaire qui sera présenté en avant-première à Corbigny ce samedi 15 juin, à 19 heures et à 21h30.

Le film mène une enquête qui n'avait jamais été réalisée, sur les circonstances fatales de ce vol.

Le documentaire est réalisé par Vincent Robert et produit par PLR productions. Marc Larçon, le producteur du film, dévoile un peu plus l'intrigue autour de cet accident aérien : "Il est incontestable que l'avion s'est écrasé à cause du mauvais temps. Par contre, toute l'enquête cherche à trouver qui a donné l'ordre du décollage de Bron. La météo était tellement mauvaise qu'ils auraient dû rentrer l'avion au hangar de Bron."

C'est un coup de téléphone de Paris qui a fait faire demi-tour à l'avion et qui a forcé l'avion à décoller, sachant qu'à l'intérieur se trouvait Pierre Pasquier, le gouverneur de l'Indochine française, et ce qui se cache derrière, c'est un scandale politico-financier. Il y avait certains documents qui devaient disparaître.

Marc Larçon

producteur du documentaire

Un parallèle entre les années 30 et notre époque

Le documentaire est étayé par des témoignages et preuves. Il retrace le contexte des années 30, qui trouve une résonnance toute particulière avec notre période actuelle. Marc Larçon éclaircit : "On est en pleine période de l'affaire Stavisky, de la banque d'Indochine. Cela fait un triste parallèle avec l'époque d'aujourd'hui. Il y a eu le krach boursier de 1929, nous on a eu la covid. Il y a eu la défiance auprès des politiques, nous, on a actuellement la même. Il y avait la montée du nazisme avec Hitler, nous on a Poutine. L'histoire se répète !"

► Le film "L'Émeraude, cold case sur un scandale d'état" a été achevé début juin. Il sera diffusé sur France 3 Bourgogne-Franche-Comté en janvier 2025 et restera disponible sur la plateforme France.tv pendant un an. 

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