"La situation devient insupportable" : un arrêté à Nevers pour faire la "chasse" aux SDF et lutter contre "l'insécurité"

À compter de ce 15 juin 2024, la ville de Nevers met en place un arrêté anti-mendicité au centre-ville. Pour Denis Thuriot, le maire, il y a une volonté de limiter les incivilités observées à certains endroits de la commune. Pour les associations en revanche, c'est une mesure qui manque de fond.

Depuis le 15 juin, la mairie de Nevers (Nièvre) a appliqué une décision radicale : interdire la mendicité dans certaines zones de la commune.

Cet arrêté concerne la rue François-Mitterand, la principale rue piétonne de la ville, les abords de la gare et plusieurs zones du centre-ville.

"Ça devient une situation intenable"

Denis Thuriot, le maire nivernais (Renaissance), justifie cette mesure : "Je ne pensais pas le faire, mais la situation devient insupportable. Avec une présence excessive de gens qui habitent la rue et des comportements agressifs pour les commerçants ou les clients, ça devient une situation intenable. Je suis obligé de mettre de la police dans les rues pour que les commerçants puissent fermer tranquillement le soir."

Car le premier édile l'assure, à Nevers il y "a une augmentation de gens qui habitent la rue". Selon lui, plusieurs remontées vont dans le sens d'un sentiment de fragilité pour certains riverains. "J’entends les commerçants, les habitants", compatit-il. "Les problèmes je suis là pour les régler, c’est mon rôle. Il y a des femmes qui se sentent en insécurité dans les foyers et qui descendent dans la rue, il nous faut un nouveau centre avec les femmes à part."

"Cet arrêté ne va pas résoudre les problèmes de fond"

Cet arrêté trouve aussi son lot de détracteurs. En première ligne, les associations qui aident les sans-abri au quotidien.

Camille Chaurand, directrice de l’association Pagode à Nevers, interroge sur le bien-fondé de cette mesure : "Cet arrêté finalement il vient viser peut-être une trentaine d'individus, avec des chiens, qui ne posent pas tous un problème d’ordre public, loin de là. Cet arrêté pris par le maire de Nevers ne va pas résoudre les problématiques de fond liées à la précarité et à une augmentation de la précarité de la population qu’on voit tous les jours. On sait, on ne nie pas qu’il peut y avoir des incivilités dans la rue. À la fois, tous les pauvres ne sont pas auteurs d’incivilités et tous les auteurs d’incivilités ne sont pas pauvres non plus. 

Ce n’est pas un choix d’être obligé de faire la manche pour gagner sa vie

Camille Chaurand

directrice de l'association Pagode à Nevers

Selon elle, le taux de pauvreté est de 23 %, soit "8 000 personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté aujourd’hui à Nevers". "On sait qu’on a à peu près 3 500 personnes qui sont inscrites à l’épicerie solidaire", ajoute-t-elle. "Ça donne quand même une image du niveau de précarité de la ville qui est très important."

Un SDF, habitué de l'une des rues visées depuis 6 mois, s'inquiète également de l'application de l'arrêté: "Ça ne va pas changer grand-chose, parce que les gens qui sont en galère ils vont être obligés de continuer à faire leur petit manche, sinon ils ne mangent pas."

L'expérience pourrait être reconduite

Face aux opposants à cet arrêté, Denis Thuriot s'agace : "Je n’ai pas de leçons à recevoir des gens qui ne sont pas à la gestion d’une ville. Allez voir les commerçants et donnez-leur le même discours et vous verrez ce qu’ils répondront. Il faut regarder la réalité en face. Il y a une attente de nos concitoyens qui est que très forte, ça ne s’adresse pas aux SDF mais à tous ceux qui se rassemblent et qui posent problème."

Tout ce qui marche bien, je le reconduis

Denis Thuriot

maire de Nevers (Renaissance)

Si la sécurité des zones fréquentées sera assurée par un système de "vidéosurveillance dynamique" d'ici au 1er septembre, le maire n'exclut pas de réitérer un arrêté pour limiter la présence des SDF.

"C'est un test, je n’interdis personne, mais je vais limiter les gens qui s'assoient, qui font la manche avec des biens", explique-t-il. "Ils n’auront pas le droit d’être dans un certain périmètre. Si on nous remonte qu’il y a moins de faits de menaces, je serais amené à reconduire cet arrêté. On a le droit de circuler dans la rue, l’idée c’est d’apaiser les choses. Je prends les choses en main de manière plus rigoureuse. Tous ceux qui se comportent bien sont les bienvenus à Nevers, et ceux pour qui ce n’est pas le cas, je leur fais la chasse."

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