Nièvre : pourquoi une société veut rechercher de l'hélium dans le sous-sol

La Nièvre pourrait devenir une terre de convoitises, son sous-sol détient de l'hélium. Une société basée à Metz a demandé un permis pour étudier le sous-sol pendant 5 ans.

Un paysage nivernais, proche de Saint-Parize-le-Châtel, dans son sous-sol pourrait se trouver de l'hélium
Un paysage nivernais, proche de Saint-Parize-le-Châtel, dans son sous-sol pourrait se trouver de l'hélium © FTV Tania Gomès
De l'hélium se trouve dans le sous-sol sud-nivernais, une société a formulé une demande pour rechercher ce gaz. La concertation publique s'est achevée le 21 septembre, et la réponse des services de l'Etat devrait aboutir dans les mois à venir. Sous les maisons, les prairies de la Nièvre, se cacherait peut-être de l'hélium sur les communes de Saint-Parize-le-Châtel et de Magny-Cours.

Bientôt des recherches d'hélium dans le sud-nivernais

C'est la société 45-8 Energy basée à Metz, qui entreprend des recherches dans le sous-sol nivernais. Camille Sigu, responsable communication, confirme que "la Nièvre est connue depuis l'Antiquité pour abriter des sources carbo-gazeuses, qui ont été utilisées pour le thermalisme ou les eaux minérales. Un premier potentiel en hélium a été déterminé par des recherches bibliographiques, et des relevés sur le terrain ont confirmé le potentiel et aboutissent à des résultats. Un premier permis d'exploration a été déposé au Ministère de la Transition écologique en 2019. [...] ce permis est en cours de validation. Il permettra d'approfondir les connaissances géodésiques sur le secteur et comprendre pourquoi nous avons un flux gazeux qui s'échappe naturellement du sous-sol vers l'atmosphère, composé majoritairement d'hélium et de gaz carbonique, et de venir exploiter ce potentiel.
Si le permis d'exploration nous permet de définir un gisement important, nous pourrions produire notre première bouteille de gaz d'hélium d'ici 2023."

 

L'hélium, un gaz rare, pour quoi faire ?

Si les habitants sont curieux à l'idée de voir une exploitation s'installer sur la commune, c'est parce que les usages de l'hélium sont peu connus.
Pourtant, ce gaz rare à l'état naturel est très utilisé dans l'industrie de pointe (écrans LCD, fibre optique, semi-conducteurs, aérospatial), pour le refroidissement : cryogénie, IRM, recherche, dans le milieu médical, pour le levage (dirigeables). Il est difficile de le synthétiser et il ne se trouve qu'à l'état naturel.
L'Europe de l'Ouest importe sa totalité de consommation d'hélium. Les pays producteurs sont les Amériques, l'Afrique (Algérie) et le Moyen-Orient (Qatar), les coûts d'importation sont donc importants. Posséder une ressource en France serait un avantage économique.



Un projet qui se ferait discret dans le paysage

L'entreprise 45-8 Energy se veut rassurante sur l'impact du projet : il ne s'agirait que d'un captage, pas question d'installer dans le paysage des derricks et des gazoducs.
Camille Sigu, responsable communication de 45-8 Energy, se veut rassurante sur le projet : "ça n'est pas du tout en lien avec les puits de pétrole, pas du tout en lien avec le gaz de schiste ou la fracturation hydraulique, ça n'est rien de tout ça ! Cela peut s'apparenter à un forage à eau, ça tiendrait dans un hangar de type agricole. On ne veut surtout pas un site qui fasse 50 mètres de long par 100 de large."

Un site connu pour son eau gazeuse naturelle

La zone de recherche visée s'étend sur 12 communes et 251 km² autour du site des 'Fonts Bouillants'. Des sources d'eau gazeuse naturelle y étaient exploitées, jusque dans les années 1970.
Après l'eau, c'est donc son gaz qui suscite l'intérêt. Le projet n'en est qu'à ses débuts, impossible encore de savoir s'il sera viable et s'il pourrait apporter des retombées pour la commune.
André Garcia, maire de Saint-Parize-le-Châtel (SE), a d'abord été rassuré par la société 45-8 Energy sur les conséquences environnementales liées à la recherche et l'exploitation du gaz d'hélium : "l'hélium n'est pas un gaz explosif, il n'y a pas de danger pour la géologie, les forages faits correspondent à des forages pour aller chercher de l'eau en sous-sol, ce n'est pas des mines ou des choses comme cela qui risquent de s'écrouler par la suite, c'est vraiment des forages de 100 millimètres de diamètre sur une grande profondeur, mais qui ne représentent pas de danger. [...] La Dréal (direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement) a fait une étude, dont nous aurons les résultats avant la fin d'année, avant que le Permis Exclusif de Recherches (PER) ne soit accepté."
Le maire assure que les garanties sont présentes, car ce n'est qu'une étude qui est lancée 
"On n'est qu'à l'état de projet, qui se cantonne aux études, il se peut que le volume d'hélium ne soit pas intéressant, on est à l'état de projet, il faut laisser faire les études. Au contraire, c'est un projet novateur, qui peut pour notre territoire, développer des emplois. Par lui-même, il n'y aura pas d'emplois induits par le projet, mais par la suite que des industriels soient interessés par le projet."

La Préfecture de la Nièvre a transmis début septembre un avis, non public, au Ministère de la Transition écologique, qui délivrera ou non le permis avant début 2021.
Un accord serait le début de plusieurs années d'études, avant une éventuelle exploitation.

Le reportage de Rémy Chidaine et Tania Gomès
Intervenants :
Nièvre : de l'hélium dans le sous-sol nivernais ?
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