Doubs. "C'est complètement aberrant" : à 90 ans passés, ces résidents en Marpa se sentent oubliés du plan de vaccination

Pascale Déjardin Steinmann, directrice de la Marpa "les Chenevières" à Amancey (Doubs) tire la sonette d'alarme : aucun plan de vaccination n'a été prévu pour ses résidents, en majorité nonagénaires. On lui demande de les envoyer à centre de vaccination covid-19, où il n'y a plus de rendez-vous.

"C'est aberrant !" Pascale Déjardin Steinmann, directrice de la Marpa d'Amancey, ne cache pas sa colère et sa frustration. Voilà des semaines qu'elle demande au département du Doubs, à l'Agence Régionale de Santé et à la préfecture du Doubs, quand ses résidents pourront être vaccinés. En majorité nonagénaires, tous sont prioritaires en raison de leur âge, et au même titre que les résidents en Ehpad. Tous ont déjà donné leur consentement pour être vacciné. Et pourtant, aucun plan, aucune date ne lui est donnée malgré ses relances. Pire, en ce 2 février, le sous-préfet lui suggère d'orienter les résidents dont elle a la charge vers un centre de vaccination. Une solution complètement inadaptée pour elle. 

Qu'on arrête le délire ! On a une maison médicale à côté et les médecins ont recueilli le consentement. Qu’ils nous envoient des flacons depuis Ornans, et on va les vacciner.

Pascale Déjardin Steinmann, Directrice de la MARPA "Les Chenevières"

Il n'y a pour l'instant aucun créneau de vaccination disponible dans les environs d'Amancey. Au centre de vaccination le plus proche, à Ornans, le site de réservation indique en ce mardi 2 février être complet pour les 28 prochains jours. Mais surtout, "nombre de résidents se déplacent en fauteuil roulant, la majorité en déambulateur" explique-t-elle, "la montée dans un véhicule est plus que compliquée". A la différence d'un Ehpad, dans une Marpa comme la sienne, les résidents sont autonomes dans leur quotidien, mais profitent de l'appui d'une équipe médicale. "Ils ont toute leur tête, ils sont autonomes dans leurs choix de vie, mais ils ont des jambes et des cœurs de 90 ans", souligne-t-elle. Pour elle, un tel déplacement est inenvisageable pour ces nonagénaires, confinés depuis des mois, "ça va être tellement stressant qu’ils vont dire 'laissez moi mourir là'" explique-t-elle.

Une attente interminable

Pourtant, ce vaccin, les résidents l'attendent depuis plusieurs semaines. "Ça nous manque vraiment maintenant", raconte André Devillers, 90 ans, "on attend, on attend, et on est vraiment impatients cette fois-ci".

Dès la fin de l'année dernière, lorsque l'arrivée du vaccin pour le début de l'année 2021 a été annoncée, le personnel de la Marpa et les soignants qui y interviennent ont pris les devants. "On a beaucoup discuté" se souvient Pascale Déjardin Steinmann. "Ils en ont discuté avec leur médecin, leur famille, leurs infirmières... Ils ont fait le tour de la question". Et tous ont fait le même choix : être vacciné. "En fin d'année, ils étaient près". Et déjà impatients. "Je leur disais 'patience, patience, c'est une grosse machine qui doit démarrer" raconte la directrice. Mais les semaines passent, et aucune nouvelle n'arrive. "On ne nous dit rien", peste Simone Loriod "jusque maintenant on n'a pas eu d'information, et c'est ça qui m'agace". Cette résidente, qui fêtera ce mois-ci ses 93 printemps, est passablement énervée. Il faut dire que ses deux enfants, également prioritaires, même s'ils sont plus jeunes qu'elles, sont déjà vaccinés. 

"Ils ont besoin de retrouver de la sérénité et un lien avec leur famille plus spontané" expose la directrice de la Marpa. Depuis le début de la pandémie, les contacts avec leur famille, pourtant essentiels sont réduits à peau de chagrin. "On a repris les visites dès possible", détaille-t-elle, mais elles sont limitées à 30 minutes par jour et par personne, dans une salle où la distanciation est de mise. "Ils veulent avoir leur famille dans leur appartement", rapporte la directrice, "pouvoir leur dire 'prend ce papier', 'mets ça dans le frigo', tout ce petit quotidien qui donne une qualité de vie". Un quotidien qui s'est dégradé, malgré tous les efforts de l'équipe de la Marpa. "Ils portent le masque, c'est déjà handicapant pour eux", ajoute Pascale Déjardin Steinmann. "Ils ont des lunettes, des appareils auditifs, une mauvaise respiration... et ils ne s'entendent plus" soupire-t-elle, lasse de ne plus leur offrir la qualité de vie qu'elle souhaite pour leur fin de vie. 

 

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