Olivier Véran nommé ministre de la Santé : "pas de procès d'intention, mais on reste vigilant", dit-on à Lons-le-Saunier

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Écrit par Adrien Gavazzi

A l'hôpital de Lons-le-Saunier, la grève du personnel dure depuis quatorze mois. La situation va-t-elle s'améliorer avec le changement ministériel ? Le représentant jurassien du syndicat national des urgentistes, Eric Loupiac, livre son point de vue. 

Le suspense n'aura guère duré. C'est donc Olivier Véran, bien connu du milieu hospitalier, habitué des plateaux télé mais illustre étranger aux yeux du grand public, qui remplacera Agnès Buzyn sur le siège dynamité du ministère de la Santé.

« On verra le maçon au pied du mur », nous lance, presque amusé, le facétieux Eric Loupiac. Le représentant jurassien du syndicat national des urgentistes exerce à Lons-le-Saunier. Comme ses confrères, dans la capitale du Jura, il est en grève depuis quatorze mois. Un record.
 

Un médecin pour sauver l'hôpital


Du point de vue des grévistes, Olivier Véran possède à son actif le fait d'être médecin : il est neurologue à Grenoble. Encore que... «Connaître la santé est une condition nécessaire, mais pas suffisante », nuance Eric Loupiac. Agnès Buzyn était médecin elle aussi ; idem pour Bernard Kouchner, et Philippe Douste-Blazy. 

A son passif en revanche, bon nombre de médecins lui reprochent, entre autres, d'avoir mis en place un dispositif controversé : « payer les urgences hospitalières pour qu’elles renvoient des patients non urgents vers la médecine de ville » (cf cet article du journal Le Monde).

Eric Loupiac fait partie de ceux-là. Il n'oublie pas non plus qu'Olivier Véran était député LREM de l'Isère, et rapporteur de la loi de financement de la sécurité sociale, avec laquelle il était tout sauf d'accord. 
 

Des dossiers minés à la pelle


Quoi qu'on en pense, il faudra faire avec : voilà Olivier Véran arrivé aux plus hautes responsabilités, à 39 ans. Et les dossiers s'entassent sur la table : coronavirus, épidémie de grippe... et surtout crise sans précédent de l'hôpital public. 

« Nous, ce qu'on veut, c'est sortir de la crise. Et pour en sortir, il va falloir mettre la main au portefeuille, il n'y a pas d'autre choix », tonne Eric Loupiac. Le gouvernement a certes débloqué un milliard et demi d'euros en trois ans dans son plan d'urgence présenté fin 2019. Insuffisant, répondent les blouses blanches.
 

Il est aussi question, dans ce plan d'urgence, de racheter un tiers de la dette de l'hôpital public. Eric Loupiac s'interroge : « Vais-je alors moi aussi soigner mes patients sur un tiers de leur corps ? » 
 

Pour sortir de la crise, il faut mettre la main au portefeuille, il n'y a pas d'autre choix. 
 

Bref, il faudra de l'argent. Beaucoup. Et de la concertation, tout autant, pour espérer sortir la tête de l'eau, après bientôt deux ans de crise sous la période Agnès Buzyn.
 

La fin de l'ère Buzyn


L'ex-ministre de la Santé, elle, est partie sous d'autres cieux, pour sauver la face du parti La République en marche aux élections municipales de Paris. C'est elle qui remplace Benjamin Griveaux, qui a préféré quitter la course à la mairie après la publication de vidéos intimes le mettant en cause. 

« Il y a deux jours, elle disait ne pas vouloir être candidate : il y avait trop de dossiers en cours. Et la voilà qui se lance », s'exaspère Eric Loupiac. Par opportunisme politique ? Parce qu'Emmanuel Macron lui a forcé la main ? Pour se sortir personnellement de la crise de l'hôpital dont elle ne voyait pas le bout ? 

Laurent Thines, neurochirurgien à Besançon et représentant local du collectif inter-hôpitaux, campe sur la même position. Il le montre sur Twitter : 

 


Agnès Buzyn jure ses grands dieux qu'elle ne quittera pas son poste, pour l'abandonner deux jours après : oui, c'est une erreur de communication, pour ne pas dire une cacophonie monumentale, de l'avis des médecins.

Mais il vaut mieux voir le verre à moitié plein : « Le départ d'Agnès Buzyn peut aussi être l'occasion de tout remettre sur la table, et de repartir sur de bonnes bases », espère Eric Loupiac. Avec Olivier Véran, donc. On verra ce que cela donnera dans les prochains mois...