"On est revenu au Moyen-Âge" : dans le Jura, deux nouveaux accouchements sur la route de la maternité

Lundi 15 mars 2021, deux femmes ont accouché sur la route de la maternité, à quelques heures d'intervalles. Ces deux naissances portent à 12 le nombre de bébés nés en bord de route dans le Jura depuis la fermeture de la maternité de Saint-Claude, en avril 2018. 

Ce lundi 15 mars dans le Jura, deux enfants sont nés sur la route de la maternité.
Ce lundi 15 mars dans le Jura, deux enfants sont nés sur la route de la maternité. © France 3 Franche-Comté

Deux heureux événements, dans des circonstances qui le sont beaucoup moins : deux femmes ont accouché ce lundi 15 mars sur la route de la maternité, l'une dans la nuit à Arinthod et l'autre en début d'après-midi à Cesancey, dans le Jura.

Ces circonstances insolites cachent cependant un problème d'envergure : ces deux naissances portent à douze le nombre d'accouchements effectués en bord de route depuis la fermeture en avril 2018 de la maternité de l'hôpital Louis-Jaillon, à Saint Claude.

Celle-ci s'était vue retirée l'autorisation d'exercer des activités de gynéco-obstétrique pour des raisons "de sécurité" : selon l'Agence Régionale de Santé, le nombre insuffisant de praticiens ne permettait plus d'assurer "la qualité des soins et la sécurité des patientes".

Le service pédiatrique et la chirurgie conventionnelle avaient également été supprimés, suscitant colère et incompréhension parmi les 10 000 habitants de Saint-Claude.

"On nous a sorti toutes les excuses possibles : la sécurité, l'argent, le nombre de praticiens, s'insurge André Jannet, président du Comité de défense et de soutien de l'hôpital. Mais de quelle sécurité est-il question quand les femmes accouchent au bord de la route ?"

Depuis, les femmes parturientes doivent se rendre à la maternité de Lons-le-Saunier, à une heure de route de Saint-Claude, ou à celles d'Oyonnax (Ain) ou de Pontarlier (Doubs). Des déplacements difficiles sur des routes sinueuses, et qui peuvent être rendus encore plus laborieux par la neige.


"Lorsque les routes sont enneigées, il faut une heure et demie de route pour se rendre à Lons-le-Saunier, s'insurge Jean-Louis Millet, le maire de la ville. Pour les petits villages autour de Saint-Claude, il faut compter une demi-heure de plusCa devient n'importe quoi, on revient au Moyen-Âge."

Une heure et demi de route par temps de neige

Ce lundi 15 mars, jour de ces deux accouchements, près de 50 centimètres de neige étaient tombés en l'espace de 48 heures.

André Jannet, le maire de Saint-Claude et les autres membres du collectif réclament l'application de l’article 23 de la loi montagne, qui garantit aux populations un accès "à une maternité dans des délais raisonnables non susceptibles de mettre en danger l'intégrité physique du patient en raison d'un temps de transport manifestement trop important".

Jean-Louis Millet, lui, explique avoir interpellé lundi Joël Giraud, le secrétaire d'État auprès de la ministre de la Cohésion des territoires lors de sa venue dans le Jura. Celui-ci lui aurait assuré qu'une rencontre bilatérale devait avoir lieu avec le ministre de la Santé, et que le cas de l'hôpital Louis-Jaillon serait évoqué.

En attendant, le collectif et les habitants de la région restent mobilisés."Pour le 8 mars, nous avons pu rassembler 150 personnes en quelques heures pour une manifestation improvisée, explique André Jannet. Le combat continue."

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