Le PCF a 100 ans : "Si je n'ai plus beaucoup d'illusions, il me reste de grandes convictions." F. Bernabé, communiste

Le 20 décembre 1920, au Congrès de Tours, naissait le PCF, le Parti Communiste Français. Qui sont les communistes aujourd’hui, quel est leur idéal, comment assument-ils les pages sombres de leur histoire, comment voient-ils l’avenir ? Témoignages d'anciens et de jeunes.

Georges Marchais, secrétaire général du PCF, en visite à Besançon en 1980
Georges Marchais, secrétaire général du PCF, en visite à Besançon en 1980 © INA France Télévisions

Leurs histoires d’adhésion au PCF, ils disent « le parti » comme s’il n’y en avait qu’un, se ressemblent beaucoup. Une famille communiste, une fête de l’Huma et ils prennent leur carte tôt. 

Souvent, ils abordent eux-mêmes l'URSS, Staline, le manque de démocratie mais sans parler des millions de morts causés par cette idéologie. Le PC a du mal a recueillir 3 ou 4 % des voix aujourd'hui quand il se présente sous sa seule bannière à des élections. Ces militants veulent croire que des jours meilleurs, comme au lendemain de la deuxième guerre mondiale où le PCF était l'un des premiers partis de France, reviendront...

Leur adhésion

Frédéric Bernabé (retraité, 69 ans) est ancien conseiller municipal à Vesoul, adjoint aux transports de 1995 à 2001, et ancien conseiller régional. Il a adhéré au PCF dès son entrée dans le monde du travail, en même temps qu’à la CGT, « parce qu’il faut se défendre », il était ouvrier chauffagiste à 15 ans. Le lieu : la fête de l’Humanité. C’était en 1969. A ce rendez-vous annuel, le Parti Communiste recrute à tours de bras ! C’est le cas, presque 50 ans plus tard, d’Elsa Maillot (graphiste, 35 ans), qui a été conseillère municipale chargée de la lecture publique et vice-présidente au numérique à l’agglomération bisontine. Elsa Maillot a adhéré dès ses 15 ans.

Thibaut Bize (36 ans, prof en lycée pro), déjà membre de la JC, Jeunesse Communiste, la pépinière du parti, a pris sa carte à une fête de l’Huma, il avait 20 ans. Il venait d'entrer en fac à Besançon.

Oui, l’autre moment d’adhésion : l’entrée en fac, l’arrivée dans la « grande » ville, Besançon. Comme pour Gilles Lazar (médecin, 65 ans), conseiller municipal et ancien adjoint à Héricourt. A son arrivée à la fac de médecine, il adhère, lui le fils de résistant FTP communiste. Même moment pour Matthieu Guinebert (25 ans, étudiant), actuel responsable de la fédération du Doubs. Un prof de philo dans son lycée de Haute-Saône, qui conseille des lectures, l’entrée en fac, un tour à la permanence où on lui tend son premier numéro du journal « L’Humanité » et… voilà !

Lui, ses parents ne sont pas communistes, même pas engagés politiquement. Les parents d’Elsa Maillot sont socialistes, ceux de Frédéric Bernabé sont à gauche mais pas encartés, ceux de Thibaut Bize, sont communistes, tout comme Gilles Lazar. Le communisme, c’est, souvent, déjà, une histoire de famille.

Leur motivation : « Changer la société »

Pour Gilles Lazar, il adhère parce que le PC « c’est le parti de la Résistance pendant la seconde guerre mondiale. C’est le Front Populaire. C’est la Sécurité sociale. C’est le parti de la paix, né au lendemain de 14-18. » « La paix », c’est aussi ce que met en avant Christophe Lime, retraité EDF, actuellement adjoint à Besançon.

Pour Frédéric Bernabé, il est évident que son parti a fait avancer les choses, c’est un parti « utile » : « Le Front populaire, la Résistance, le Conseil National de la Résistance ou encore la création de la Sécurité sociale. » Il rouspète car tout le monde a oublié que c’est un communiste qui en est à l’origine : « Si on a une carte vitale dans la poche, c’est grâce à Ambroise Croizat, un communiste. Et, en ce moment, avec la pandémie, heureusement qu’on a la sécu ! » Il fulmine car cette « plus grande conquête de l’histoire du peuple français » est attribuée au Général de Gaulle…

Ambroise Croizat, le ministre communiste qui a créé la Sécurité Sociale
Ambroise Croizat, le ministre communiste qui a créé la Sécurité Sociale © Marianne, AFP

« Plus d’égalité, de justice sociale » c’est la motivation affichée par Elsa Maillot. Pour Matthieu Guinebert, « C’est créer une société autre. Les mots qui qualifient le communisme ? Révolution, commun avec une intelligence collective, la paix et le travail car le PCF, c’est le parti du travail ! »

Pour Gilles Lazar, pas de doute, le PC a déjà changé l’histoire, avec d’autres, comme par exemple, avec les socialistes en 1981 et François Mitterrand : » Les 39 heures de travail par semaine, la 5ème semaine de congés payés ou la retraite à 60 ans… il ne faut pas oublier ces avancées, quand on pesait assez fort et qu’un accord était possible avec d’autres… »

Les heures sombres

Oui, dans l’histoire du PCF : « Il y a des choses belles et il y a des choses moches ! » affirme Elsa Maillot. « Souvent, quand on dit qu’on est communiste, on nous parle de Staline, des goulags… » raconte Matthieu Guinebert. Autres propos, ceux de Thibaut Bize : « On utilisait des pirouettes pour ne pas dire « communiste », on disait « gauche anti-libérale ». J’ai l’impression qu’on assume davantage, oui, les jeunes communistes assument davantage. Parce qu’ils ne connaissent pas autant l’histoire de l’URSS que les aînés, parce qu’ils ne veulent pas refaire les vieux débats et aussi parce que le parti a tiré les leçons de sa propre histoire… »

Du côté, des « anciens », Gilles Lazar fait part de ses « moments de doute » : « Mon père a quitté le parti après Prague. Je n’étais pas d’accord avec Georges Marchais quand il disait que le bilan était globalement positif à propos de l’URSS. Non, quand un pays n’est pas démocratique, il n’est pas socialiste. Mais je suis resté. J'y suis plus à l’aise maintenant. Depuis que Robert Hue, même s’il nous a quittés, a installé la démocratie dans notre fonctionnement. Mes idéaux n’ont pas changé. Jusqu’à la fin de ma vie cérébrale, je continuerai d’en être ! »

Et pour les 100 ans qui viennent ?

Ces militants veulent dire tout ce que le PCF leur a apporté : « une véritable formation » pour le fils d’ouvrier Matthieu Guinebert aujourd’hui en thèse (Il travaille justement sur l’engagement politique, étonnant, non ?).  Idem pour Frédéric Bernabé « quand tu quittes l’école à 15 ans, le parti fait ta formation, ton éducation. C’est un outil au service des travailleurs pour augmenter le niveau de conscience. » Même si lui, et d'autres, doutent aujourd'hui de cette "conscientisation". Il ajoute que sa vie politique lui a apporté "une belle expérience humaine, très riche, de la fraternité. » « De grandes amitiés » renchérit Christophe Lime.

Et pour l’avenir, comment voient-ils leur parti ? Place aux jeunes pour cette question :

Pour Elsa Maillot, le PCF : « C’est un parti jeune qui a de l’avenir."

Thibaut Bize juge que « C’est drôle comme les idées communistes sont encore d’actualité, 100 ans après. On dit toujours qu’on est mort mais on est toujours là ! »

Matthieu Guinebert aura le mot de la fin : « Je ne défends absolument pas la période stalinienne et ses dirigeants. Mais il existe un gap entre le communisme et ce que les gens pensent du communisme. Supprimer ça, c’est le travail pour les 100 ans à venir ! »

 

 

Reportage sur les 100 ans du PCF avec en interview Frédéric Bernabé et Matthieu Guinebert :

Le PCF a 100 ans : "Si je n'ai plus beaucoup d'illusions, il me reste de grandes convictions", Frédéric Bernabé, communiste

 

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