Régionales 2021. En Bourgogne-Franche-Comté, les Républicains s'allient avec Debout la France, un accord qui passe mal

La tête de liste de la droite et du centre, Gilles Platret (LR) a conclu un accord avec Debout La France de Nicolas Dupont-Aignan qui, avait rejoint Marine Le Pen à la présidentielle au second tour. Dans la Nièvre, la tête de liste est DLF. Réactions, démissions en chaîne et rififi à droite.

Gilles Platret, maire LR de Chalon-sur-Saône et Jean-Marie Sermier, député LR du Jura conduisent la liste des Républicains aux régionales 2021 en Bourgogne-Franche-Comté.
Gilles Platret, maire LR de Chalon-sur-Saône et Jean-Marie Sermier, député LR du Jura conduisent la liste des Républicains aux régionales 2021 en Bourgogne-Franche-Comté. © France 3 Franche-Comté

Si Gilles Platret, Les Républicains, maire de Chalon-sur-Saône voulait faire de la publicité à l’accord avec Debout la France,  pour ces élections régionales, c’est réussi.

Mardi 27 avril, Gilles Platret a présenté ses têtes de liste des élections régionales par département, plus exactement les « binômes », un homme - une femme ou l’inverse, pour le scrutin du dimanche 20 juin.

A cette occasion, surprise : Antoine Lepetit, membre de Debout La France de Nicolas Dupont-Aignan, est tête de liste pour le département de la Nièvre. Cette annonce a suscité une série de réactions en cascade.

Dans la Nièvre, des Républicains, sous le choc, démissionnent

Dans ce département de Bourgogne « une terre de mission pour nous à droite » comme le dit Annie Legrain, ex-présidente des LR, cet accord n’est pas passé du tout : l’équipe des LR a démissionné. La présidente, le secrétaire départemental, le trésorier, une déléguée de circonscription, trois conseillers nationaux ainsi que des militants, ont tous démissionné immédiatement. La présidente, de sa fonction uniquement, Jacques Baudhuin, le secrétaire départemental, va plus loin : « Je suis dans ce parti depuis plus de 40 ans, le RPR, l’UMP, Les Républicains, j’étais là mais je m’interroge pour savoir si je vais y rester ! » dit-il.

C’est déjà la forme qui ne passe pas : ces chevilles ouvrières ont appris par la presse que leur liste faisait alliance avec Debout La France : « C’est dire le mépris pour la fédération de la Nièvre ! » constate, amère, Annie Legrain. « Monsieur Platret aurait pu nous prévenir. Ses parents auraient dû lui apprendre la politesse. Quel manque de franchise !» ajoute Jacques Baudhuin.

Et il y a le fond. Jacques Baudhuin renchérit : « Antoine Lepetit, Debout La France aujourd’hui mais qui était avant au Front National, nous a harcelés pour un accord, déjà l’an dernier pour les municipales, puis pour les régionales. Le national nous a dit non, pas d’accord avec l’extrême droite ! Moi, je suis gaulliste, chiraquien, cet accord avec DLF est inadmissible ! Son président, Nicolas Dupont-Aignan, a quand même conclu un accord avec Marine Le Pen pour la présidentielle au second tour. Si on accepte, c’est la porte ouverte à tout ! »

Même avis d’Annie Legrain : « Je n’ai rien contre Antoine Lepetit mais non, pas tête de liste. Il aurait été inséré dans la liste, s’il nous rapporte des voix, pourquoi pas, mais pas tête de liste ! »

Jean-Marie Sermier assume cet accord

Gilles Platret fait campagne avec Jean-Marie Sermier, député jurassien LR et ancien maire de Dole, tête de liste dans le département du Jura. Lui, il venait de l’UDF au moment de la fusion avec le RPR. Un modéré donc, qui apparaît solidaire du N°1.

Il justifie : « J’assume cet accord. Notre vocation, c’est d’élargir notre base électorale. DLF n’est pas le RN ou un parti d’extrême droite. Je ne connais actuellement qu’un seul candidat DLF, c’est Antoine Lepetit dont la candidature et la place dans la Nièvre a été validée par la CNI, Commission Nationale d’Investiture. Je serai très vigilant pour d’autres candidatures. »

Jean-Marie Sermier explique que, selon lui, Les Républicains doivent s'intéresser aux Français tentés par le vote RN : « Comment aller chercher les électeurs ? On ne peut pas parler qu’aux gens qui ont bac + 10 et qui habitent au centre-ville. Moi, j’entends les ruraux, les agriculteurs, les souverainistes qui ne veulent pas de cette Europe tatillonne. On doit les écouter sinon on donne les clefs à l’extrême droite. » Et il termine : « Je ne connais pas Dupont-Aignan, moi, j’ai été très actif pour l’accord avec l’UDI ! »

A l’UDI, les positions divergent

Justement, l’UDI, parlons-en. Commençons par le chef de file de l’opposition dans le conseil régional sortant : l’UDI François Sauvadet, par ailleurs président du département de la Côte d’Or.

Il a commenté cet accord LR-DLF dans un communiqué publié ce 28 avril… sans concession : « En s’alliant avec Debout La France, Gilles Platret a donné une nouvelle orientation à sa campagne que je ne peux pas cautionner. Passer un accord avec un club d’anciens partenaires de Madame Le Pen, représentés en Bourgogne – Franche-Comté par Lilian Noirot ancien cadre du FN et des Patriotes n’est pas acceptable pour moi. Oser dire que j’étais au courant, informé de cet accord et sous-entendu favorable, n’est pas tolérable" écrit-il.

Je demande instamment à ce qu’aucun candidat se réclamant de Debout La France ne figure sur la liste des régionales droite et centre sur le département de la Côte d’Or.

François Sauvadet

A ce communiqué, une réplique, celle d’un autre UDI, Michel Zumkeller. Le député du Territoire de Belfort est en charge pour sa formation politique des négociations pour ces régionales avec Gilles Platret et LR. Il fustige l’attitude de François Sauvadet : « Il n’est en aucun cas mandaté pour intervenir dans les négociations… L’engagement des candidats UDI sur cette liste est la garantie de la présence des valeurs du centre-droit… »

Joint par téléphone, Michel Zumkeller veut aussi être clair : « Cet accord ne remet pas en cause l’accord LR-UDI mais je serai vigilant à défendre nos valeurs. » Des propos comme un avertissement, avec délicatesse.

D’ailleurs à l’UDI, l’alliance avec Les Républicains n’était pas évidente pour tout le monde. Les listes ne sont pas encore déposées en préfecture et sont très évolutives ces jours-ci. A priori, quelques membres de l’UDI iront « à titre personnel et sans engager leur parti » sur la liste LREM conduite par Denis Thuriot dans les départements de la Nièvre et de la Saône-et-Loire. Dans sa ville de Nevers, Denis Thuriot a comme premiere adjointe… Céline Morini, adhérente de l’UDI.

Mercredi 28 avril, en toute fin de journée, c'est Emmanuelle Coint, conseillère régionale sortante, qui a annoncé se retirer de la liste de Gilles Platret pour la Côte d'Or. Elle est également vice-présidente en charge du social auprès du président François Sauvadet.

D’autres parlementaires centristes tordent le nez

Déjà, les parlementaires centristes de Bourgogne – Franche-Comté n’étaient pas enthousiastes sur le nom du N°1 de la liste aux régionales. Ils le trouvaient « positionné à la droite de la droite » dixit Jean-François Longeot, sénateur UDI du Doubs. Idem pour Sylvie Vermeillet, sénatrice jurassienne, adhérente au Parti Radical. Ils auraient souhaité Jean-Marie Sermier, moins à droite sur l’échiquier politique, plus consensuel, presque… centriste, en fait !.

Aux inquiétudes formulées par les parlementaires centristes de la région, Jean-Marie Sermier leur a répondu qu'il serait le "gage" pour que la liste ne dérive pas trop à la droite de la droite...

Gilles Platret a été désigné et il a choisi l’accord avec DLF, un peu comme s’il voulait leur donner raison, a fortiori. Sylvie Vermeillet avoue : « J’ai sincèrement du mal à comprendre cet accord. Je me demande si ça correspond aux valeurs des élus LR que je connais. Je ne pense pas que ça corresponde aux valeurs de Jean-Marie Sermier.»

ls se rencontrent souvent dans le train pour Paris, l’une pour aller au Sénat, l’autre à l’Assemblée Nationale, ils auront le temps d’en discuter.

Gilles Platret fait une mise au point et rappelle 2015

Ce mercredi 28 avril, Gilles Platret, devant l'ampleur prise par la polémique, a publié un communiqué pour expliquer sa position. Il se justifie sur son accord avec DLF et fait un petit retour en arrière...

Rappel pour mieux comprendre le coup de griffe : en 2015, la liste aux régionales de Maxime Thiébaud, de Debout La France, avait recueilli 5,17 % des voix au premier tour. Au second tour, il pouvait fusionner avec une liste ayant totalisé plus de 10 % des suffrages c’est-à-dire la liste de gauche de Marie-Guite Dufay, celle du Front National de Sophie Montel ou celle de droite et du centre menée par François Sauvadet. François Sauvadet ne l’avait pas contacté et avait perdu dans la triangulaire.

Gilles Platret dans son communiqué fait une allusion « aux erreurs du passé" : "En 2015, si l’alliance de notre liste avec Debout la France avait été possible, nous aurions remporté l’élection. En 2021, par l’alliance avec Debout la France, nous allons gagner l’élection. »

Et il ajoute : « … Il ne se trouve aucun extrémiste chez nous, seulement des amoureux de la Bourgogne et de la Franche-Comté… Il ne nous paraît pas acceptable qu’il (François Sauvadet, ndlr) nous accuse d’abandonner nos repères et nos valeurs. Tout au contraire, ce sont nos repères et nos valeurs que nous défendons en scellant une telle alliance... »

 

 

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