Restauration : la Bourgogne-Franche-Comté championne des recrutements difficiles

La Bourgogne-Franche-Comté est la deuxième région où les recrutements sont les plus difficiles dans le secteur de l'hôtellerie-restauration-tourisme, d'après une étude Pôle Emploi de juin 2021. 

En Bourgogne-Franche-Comté, 53,7% des recrutements sont considérés comme difficiles pour les chefs d'entreprise, selon une étude de Pôle Emploi. Bien que les restaurants ont rouvert leurs portes le 9 juin dernier, cette joie de pouvoir accueillir à nouveau du public se mêle au problème de recrutement du personnel.

La région Bourgogne-Franche-Comté est en effet la deuxième région où les recrutements sont les plus difficiles dans le secteur de la restauration, derrière la région Centre-Val de Loire. 

Sur la fin de l'année 2020, plus de 17 000 demandeurs d’emploi ont été inscrits dans les métiers de l’hôtellerie-restauration-tourisme en Bourgogne-Franche-Comté. Un secteur qui malgré la crise sanitaire reste porteur d’emplois. Près de 7 300 offres ont été déposées chez Pôle Emploi. La région comptait 31 882 salariés dans ce secteur, fin 2019, pour près de 6 200 entreprises.

Des secteurs qui n’attirent plus ?

Selon Corinne Roguier de l’UMIH (Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie) de l’Yonne, l’engouement pour ces secteurs d’activité serait en baisse : « il y a un déficit d’image de la profession. Nous sommes reconnus comme des métiers pas faciles, on doit travailler le week-end, au chaud, toujours debout… On a dû mal à attirer. »
Pour elle, les métiers de cuisine relèvent cependant très souvent de la passion, et souffrent moins des difficultés de recrutement. « La cuisine, c’est quelque chose qu’on a en soi. Le service, on s’en détache plus facilement. Les jeunes ne restent pas. »

Des personnes de la profession sont allées voir ailleurs et n’ont pas eu envie de revenir.

Patrick Dangelser, restaurateur dans la Nièvre

Une difficulté de recrutement qui « ne date pas d’hier » selon Corinne Roguier, et qui a été amplifiée par la crise sanitaire. Patrick Dangelser, restaurateur dans la Nièvre, partage cette idée : « des personnes de la profession sont allées voir ailleurs et n’ont pas eu envie de revenir. S’ils trouvent des métiers où ils peuvent faire du télétravail, et être chez eux le soir, c’est certain que ça change. » Un de ses collègues résument : « les gens ont besoin de vivre, d’avoir une vie de famille. Avec la pandémie les gens ont compris ça… »

Malgré de nombreuses offres déposées à Pôle Emploi, la restauration ne serait plus perçue comme un secteur stable, en raison de la pandémie. « Je ne sais pas si les jeunes vont se dire que ce sont des métiers d’avenir… Ils vont se dire maintenant que si de nouveau il y a des soucis, des confinements par exemple, ils vont fermer » suppose Nadine Boyer, secrétaire générale du syndicat du commerce du grand Dijon à la CGT (Confédération générale du travail).

La solution serait peut-être d’avoir de meilleures conditions de travail.

Nadine Boyer, secrétaire générale du syndicat du commerce du grand Dijon.

Elle dénonce également les conditions de travail de ce secteur, parfois rudes : « Il faut peut-être qu’ils revoient aussi leur façon de faire. […] on parle de bienveillance maintenant dans le milieu du travail. La solution serait peut-être d’avoir de meilleures conditions de travail, notamment dans les horaires, la pression, la façon de s’exprimer aussi… parce que certains employeurs peuvent assez mal parler aux salariés par exemple. »

Contraint de fermer un jour supplémentaire

Eric Moutard, restaurateur à Auxerre, dénonce, selon lui une « mauvaise volonté » de la part des chercheurs d’emplois : « on a dû mal à recruter parce que les gens sont inscrits à Pôle Emploi mais ne se déplacent pas. Il y a quinze jours, j’ai convoqué huit personnes inscrites à Pôle Emploi et personne n’est venu. Les années précédentes, c’était 50% des personnes convoquées qui ne se déplaçaient pas. » Le restaurateur est en effet à la recherche de trois personnes pour son établissement.

Face à cette difficulté pour trouver du personnel, il a été contraint de fermer son restaurant un jour supplémentaire dans la semaine : « j’ai dû fermer dimanche dernier et hier j’ai dû travailler tout seul, avec une étudiante » s’alarme Eric Moutard.

Le territoire : un frein à l'embauche ?

Autre difficulté selon un restaurateur de Haute-Saône, la géographie : « la mobilité est le plus gros frein dans les territoires ruraux. Si les gens n’ont pas le permis de conduire, ils ne peuvent pas se déplacer jusqu’à nous pour travailler. »
Une opinion partagée par Nadine Boyer, secrétaire générale du syndicat du commerce du grand Dijon à la CGT : « dans le sud par exemple, il y a beaucoup plus de saisonniers, donc il y a sûrement un turn-over plus important. En Bourgogne-Franche-Comté, c'est peut-être plutôt des personnes sédentaires. »

Les restaurateurs disent réfléchir à des aménagements pour attirer plus de salariés, notamment de leur faire bénéficier de congés un week-end sur deux. 

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