Salaires, soins, gouvernance… Les principaux chantiers du "Ségur de la santé"

Le gouvernement, sous pression après la crise du Covid-19, a promis d'ouvrir plusieurs chantiers pour améliorer les conditions de travail des soignants et la prise en charge des malades. Tour d'horizon des sujets sur la table du "Ségur de la santé", qui s'ouvre ce lundi. 

À l'hôpital Nord Franche-Comté à Trévenans (Territoire de Belfort), le 22 mai 2020.
À l'hôpital Nord Franche-Comté à Trévenans (Territoire de Belfort), le 22 mai 2020. © Lionel VADAM / MAXPPP

• Hausses de salaires

Interpellé lors d'une visite à l'hôpital, Emmanuel Macron a promis de "mettre fin" à la "paupérisation" des personnels soignants, en engageant une hausse des rémunérations, parallèlement aux primes annoncées face à la crise du Covid-19.

Ce geste est attendu depuis des années par les syndicats, qui pointent la faiblesse des salaires hospitaliers, notamment pour les infirmiers: ces derniers touchent 1 500 euros net en début de carrière, soit l'un des niveaux les plus faibles des pays de l'OCDE.

S'agissant des infirmiers, l'objectif est d'atteindre un "niveau de rémunération" équivalent "à la moyenne européenne", a assuré le ministre de la Santé, Olivier Véran, en précisant que les augmentations toucheraient à la fois les hôpitaux et les Ehpad. Selon les syndicats, le différentiel est d'environ 300 euros par mois.

Ces derniers mettent toutefois en garde contre une mesure limitée aux seuls infirmiers. "Il faut un geste rapide pour l'ensemble des personnels hospitaliers", a prévenu Julie Ferrua, de SUD Santé.
 

• Temps de travail

Olivier Véran a dit vouloir "revoir le cadre d'organisation du temps de travail à l'hôpital", estimant nécessaire de remettre en cause les "carcans qui empêchent ceux qui le souhaitent de travailler davantage".

Cette annonce a fait bondir plusieurs syndicats, attachés aux 35 heures, qui rappellent que de nombreux salariés n'ont jamais pu accéder à la réduction du temps de travail, faute d'embauches suffisantes dans les hôpitaux.

La question n'est pas de "déréglementer le temps de travail", a toutefois précisé Olivier Véran, disant vouloir simplement permettre "aux salariés qui le souhaitent" d'organiser "leur temps de travail différemment".

Cette réforme correspond à une demande de longue date de la Fédération hospitalière de France (FHF), qui préconise un "dispositif d'autonomie avancée" pour les hôpitaux, désorganisés selon elle par la réforme des 35 heures.
 

• Carrières et effectifs

L'exécutif a promis de mettre sur la table des discussions la "question des montées en compétences", pour "mieux valoriser toutes les carrières, tous les métiers et développer de nouveaux parcours professionnels".

L'objectif est de renforcer l'attractivité des hôpitaux, qui peinent pour beaucoup à recruter et à fidéliser leurs salariés – en raison des conditions de travail mais aussi, selon les syndicats, d'une gestion inadaptée des ressources humaines.

Chez les infirmiers, "30% des nouveaux diplômés abandonnent la profession dans les cinq ans", souligne ainsi Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI. Dans les hôpitaux, des milliers de postes restent par ailleurs vacants.

Cette situation oblige les hôpitaux à fermer des lits ou bien à embaucher des intérimaires. Un choix souvent coûteux, les intérimaires profitant souvent de la pénurie pour exiger des rémunérations supérieures aux grilles salariales.
 

• Organisation des soins

"Notre système de santé n'est pas encore assez centré sur le patient, sur son parcours. Il n'est pas assez performant non plus dans son pilotage", a jugé Olivier Véran, disant vouloir améliorer sa gouvernance.

A ce stade, le gouvernement n'a pas précisé les réformes concrètes qu'il entendait mettre en oeuvre. Mais il a promis de combattre la "suradministration", en donnant plus de poids aux "médecins".

L'exécutif pourrait ainsi réformer un peu plus la tarification à l'activité (T2A), instaurée en 2003. Ce système, qui fixe les ressources des hôpitaux en fonction des actes effectués, est souvent accusé de pousser à la "course au volume".

Il pourrait aussi mettre un coup d'arrêt aux fermetures de lits, très critiquées par les hospitaliers : en l'espace de vingt ans, près de 100 000 lits ont en effet été supprimés dans les cliniques et hôpitaux.
 

• Dette et investissement

Fin mars, Emmanuel Macron avait promis "un plan massif d'investissement" à l'issue de la crise. Ce plan, destiné notamment à renouveler le matériel, concernera à la fois les hôpitaux et les Ehpad, a précisé Olivier Véran, sans indiquer le montant de l'enveloppe allouée.

La question de la dette des hôpitaux, aujourd'hui proche de 30 milliards d'euros, et au coeur de multiples discussions entre l'exécutif et les fédérations hospitalières, pourrait également revenir sur la table.

Dans le cadre du "plan hôpital" décidé à l'automne 2019, le gouvernement avait annoncé une reprise de dettes "massive" de 10 milliards d'euros sur trois ans. Lors du Conseil des ministres mercredi, Olivier Véran a évoqué un "effort de 13 milliards d'euros".


Reportage : Anne Berger, Damien Rabeisen
Sept semaines de discussions
"Nous irons vite, nous irons fort", a promis mercredi le ministre de la Santé, Olivier Véran, en présentant le cadre de cette concertation, destinée à améliorer les conditions de travail et la prise en charge des malades.

Coronavirus oblige, les responsables syndicaux et collectifs de soignants appelés au chevet de l'hôpital ne seront pas reçus physiquement, mais réunis lors d'une visioconférence. Cette dernière débutera à 15H30 par un message du Premier ministre Edouard Philippe.

Selon des sources syndicales, près de 300 personnes devraient participer à ce "Ségur de la santé", du nom de la rue où est implanté le ministère. Parmi eux : des représentants des hôpitaux, mais aussi des Ehpad, des établissements médico-sociaux et de la médecine de ville.

Les discussions, coordonnées par l'ex-secrétaire générale de la CFDT Nicole Notat, dureront sept semaines. Elles prendront la forme de "groupes de travail" et de "partage d'expérience" sur le Covid-19, selon le ministère.

L'objectif, c'est de "tirer les conclusions" de ces concertations "au plus tard à la mi-juillet", a prévenu Olivier Véran, disant vouloir inscrire certaines des mesures retenues dans le prochain budget de la Sécurité sociale, présenté fin septembre. Un délai qui ne va pas sans susciter des inquiétudes.

"Si tout doit être bouclé d'ici au 15 juillet, les marges de manoeuvre vont être très limitées pour la négociation", regrette auprès de l'AFP un responsable syndical, pointant le risque d'une "simple consultation".

"Le fait que ça démarre vite est un bon signal" mais "à condition que le gouvernement ne cherche pas à solder trop vite et à peu de frais le passif qui est lourd à l'hôpital", a prévenu sur RFI le secrétaire général de Force ouvrière, Yves Veyrier.
 
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