Annulation du contrat de sous-marins avec l'Australie : des conséquences jusqu'à Chalon-sur-Saône

L'entreprise Pinette Emideceau Industries, basée à Chalon-sur-Saône, avait signé un contrat avec Naval Group Australie pour lui fournir d'énormes presses dans le cadre de la fabrication des sous-marins. Un contrat dont l'avenir est désormais incertain.

L'annulation du contrat de fourniture de douze sous-marins diesel par la France à l'Australie a déclenché une crise diplomatique inédite entre notre pays et la nouvelle alliance militaire formée par les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie.

Mais cette décision a également des conséquences jusqu'en Bourgogne-Franche-Comté. La société Pinette Emidecau Industries, basée à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) avait en effet signé un contrat de plusieurs dizaines millions d'euros dans le cadre de ce projet, un contrat dont l'avenir est désormais incertain. Un contrat très important pour Pinette PEI, qui a réalisé en 2019 28,7 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Le projet était lancé depuis trois ans. Pinette PEI devait fournir deux énormes presses, des engins utilisés pour former la coque des sous-marins. "Ce sont des machines qui sont extrêmement complexes, qui font plus de 1 000 tonnes de masse chacune", précise le président-directeur général de Pinette PEI, Jérôme Hubert, ce mardi 28 septembre.

Annonce surprise

Ces presses sont capables de fournir 10 000 tonnes de pression. "Il y a très peu de fabricants au monde qui sont en capacité de le faire. C'est une des spécialités de Pinette depuis son démarrage, en 1863", ajoute le dirigeant très fier d'avoir remporté l'appel d'offre face à de "très grands industriels mondiaux".

L'annonce australienne du 16 septembre a bien sûr été une grande surprise pour le chef d'entreprise. "Les échéances qui sont écoulées ont été toutes respectées en temps et en heure, avec beaucoup de discussions avec notre client pour ajuster l'offre au fur et à mesure de leurs demandes. Avec une dernière échéance majeure qui a été respectée extrêmement récemment", rappelle-t-il.

D'ailleurs, pour l'instant l'entreprise continue de travailler sur le projet comme si de rien n'était. "Extrêmement sérieusement, on poursuit, avant d'éventuelles informations, mais qui ne sont pas arrivées."

"Forte croissance"

Alors que les machines commandées par l'Australie sont "extrêmement avancées", Pinette PEI se dit tout à fait disposée à les mettre à disposition du nouveau projet. "Leurs caractéristiques sont très larges, donc on imagine bien qu'elles puissent être utilisées pour d'autres besoins, et notamment les futurs sous-marins australiens." 

"Si jamais le projet devait s'arrêter, effectivement, il y aurait matière à discussion avec l'industriel qui nous l'a commandé", précise Jérôme Hubert. Entre possibles indemnités de rupture et carnet de commande bien rempli, il n'est pas inquiet pour l'avenir de son entreprise.

"Aujourd'hui la société est en forte croissance", affirme ainsi le dirigeant. "On a de très beaux projets à l'international et en France, qui font qu'on est en phase de recrutement massif pour notre site. On a de belles perspectives sur les deux années à venir".

Pinette PEI compte 135 salariés, dont 120 sur son site de Chalon-sur-Saône. La société compte plusieurs implantations à l'international, en Allemagne, aux États-Unis et en Chine. Elle réalise 70 % de son chiffre d’affaires à l’export. La société qui travaillait à l'origine avec les mines fournit désormais le secteur automobile, la défense, le spatial et l'aéronautique.

Elle a d'ailleurs bénéficié du plan de relance du secteur aéronautique pour développer une nouvelle activité. "On va implanter une grosse machine qu'on va garder sur notre site de Chalon, détaille Jérôme Hubert. Elle va nous permettre de faire des essais, des petites séries destinées à nos clients quand ils n'ont pas eux-mêmes les moyens pour tester leurs nouveaux produits."

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