Saône-et-Loire : un an après, les "gilets jaunes" du Magny sont toujours là

Le premier jour de mobilisation des "gilets jaunes", c'était le 17 novembre 2018. Près d'un an après, certains sont toujours mobilisés. Reportage au Magny, en Saône-et-Loire.
Des "gilets jaunes" sont toujours là au Magny en Saône-et-Loire un an après le début du mouvement.
Des "gilets jaunes" sont toujours là au Magny en Saône-et-Loire un an après le début du mouvement. © France 3 Bourgogne
Un an après, les "gilets jaunes" du Magny sont toujours là, mais plus au bord de la route. Ici, le rond-point était plutôt un échangeur, à la sortie de Montceau-les-Mines, ancien bassin industriel sinistré de Saône-et-Loire.

L'emblématique campement du Magny a connu jusqu'à 2 000 manifestants le 1er décembre 2018. Mais à force de se faire déloger par la police, le groupe s'est replié en février sur un terrain vague municipal tout proche.

Assis sur des palettes ou des chaises pliantes, ils s'installent chaque mardi avec comme unique décor un mur de béton sur lequel un gilet jaune est dessiné. Aujourd'hui, il n'y a plus de baraquements. Une cinquantaine de fidèles se réunit les mardis soirs.
 
Un an après, les "gilets jaunes" du Magny sont toujours là ©France 3 Bourgogne

Alain Segaud en fait partie. Le retraité de 69 ans espère que la date anniversaire de ce week-end ravivera la flamme. "Certaines personnes ne viennent plus mais sont toujours en révolte, toujours en colère, explique-t-il. On ne les voit plus c'est vrai mais elles sont toujours 'gilets jaunes'. Peut-être qu'elles reviendront, certains ont émi le désir de revenir".
 

Dans l'histoire

"Ça me fait un bien fou de pouvoir m'exprimer", explique Fanny Morlet, une décoratrice de 48 ans qui a enfin le sentiment d'avoir trouvé sa place dans la société. "L'esprit 'gilets jaunes' est toujours là. On est moins mais, maintenant, on est dans l'histoire", poursuit Gérard. Même pendant les vacances, ils n'ont pas décroché.

Sommet anti-G7 dans le Pays basque pour Fanny, rencontre avec les femmes 'gilets jaunes' de La Ciotat pour Marie-Claire. Gérard est allé voir ceux de Langon en Gironde, qui s'étaient installés dans une gare désaffectée transformée en "maison du peuple". Ça l'a rassuré de constater qu'ailleurs, aussi, les ronds-points laissent place à de nouvelles organisations.

Aujourd'hui, ils sont moins visibles et moins nombreux mais "l'action est plus efficace", assure Alain Segaud. Outre leurs débats quotidiens, ils tiennent une AG plusieurs fois par mois qui réunit une centaine de personnes. Ils décident des actions à venir, débriefent celles du samedi précédent.

Ramassage d'ordures le long de la RCEA, distribution de tracts au marché, signature de la pétition réclamant un référendum d'initiative partagée (RIP) sur la privatisation du groupe Aéroports de Paris (ADP)..., ils multiplient les angles d'attaque.
 

"Miettes"

Les "gilets jaunes" du Magny se retrouvent confrontés au désintérêt d'une partie de la population : "il y a un gros problème d'éducation civique : sur 100 personnes, 90 ne savent pas ce qu'est un référendum", relèvent-ils. 

Certains ont envie de baisser les bras, regrettent que ça n'aille pas assez vite. Tous estiment avoir peu obtenu : "des miettes", cette expression qu'on entendait si souvent l'hiver dernier, revient sans cesse. "Pour moi, c'est trop long. Mais je me sens hyper-responsable du mouvement", raconte Fanny Morlet, un des piliers du Magny.

Souvent, leurs débats butent sur les suites à donner. S'il y a un consensus très fort sur les deux revendications principales - que le pouvoir d'achat augmente et que "le peuple retrouve la parole" - ils sont divisés sur les moyens d'y parvenir.

Liste aux municipales, convergence des luttes avec les militants climat comme ceux d'Extinction Rebellion, convergence avec les syndicats traditionnels pour les retraites, actions musclées, stage de désobéissance civile. Que faire ? Comment le faire ?

"À Montceau-les-Mines, il y avait eu une attente des gens de voir qu'est-ce qui allait se faire pour les un an du mouvement, affirme Pierre-Gaël Laveder. Je compte beaucoup pour ce samedi pour que les gens reviennent, sortent de leurs pantoufles, et disent 'on est toujours là, on a toujours la même colère. Le feu couve et vous ne l'avez pas éteint M. Macron'"

Simple anniversaire ou réelle reprise du mouvement ? Le plus sage est d'attendre samedi 16 novembre pour le savoir.
 
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