Saône-et-Loire : L214 dénonce des maltraitances au sein de l'abattoir Bigard de Cuiseaux

Ce jeudi 28 octobre, le collectif de défense animale L214 publie les images choc tournées par l'un de ses enquêteurs au sein de l'abattoir Bigard de Cuiseaux (Saône-et-Loire). On y voit des vaches égorgées encore conscientes et des veaux à naître être asphyxiés dans le ventre de leur mère.

Un peu plus de deux mois après avoir incriminé un élevage de porcs de l’Yonne, le collectif de défense animale L214 révèle des pratiques qui auraient cours au sein de l’abattoir du groupe Bigard à Cuiseaux en Saône-et-Loire. Ce jeudi 28 octobre, l’association dénonce des sévices graves et la collecte de sang sur des fœtus de veaux que l’un de ses enquêteurs a pu filmer entre février et mai 2021.

Cet enquêteur, c’est Thomas Saïdi. Il s’est fait embaucher en tant que préposé sanitaire au sein des services vétérinaires de l’abattoir et ce, sans aucune compétence déclarée pour le poste. "La seule question qu’on m’a posée, c’était ‘ça va est-ce que tu as peur du couteau ? Est-ce que tu as peur du sang ? Et j’ai compris que c’était l’un des seuls critères d’embauche", raconte le jeune homme de 28 ans. Pendant 4 mois, il a filmé clandestinement pour L214, les infractions commises et les souffrances infligées aux animaux avant de démissionner en mai dernier.

Des fœtus tués pour récolter leur sang

Dans la vidéo ci-dessous qui dure près de 9 minutes, les images publiées sont souvent très violentes. On y voit notamment des fœtus de veaux, tués et asphyxiés dans le ventre de leurs mères, elles-mêmes abattues quelques minutes avant. Au quotidien, ce sont 500 bovins qui sont tués dans cet abattoir, dont près de 50 vaches gestantes. La loi interdisant tout transport d'une vache au-delà de son huitième mois de gestation, ces bêtes n'auraient jamais dû être amenées sur les lieux d'exécution.

"On abat des vaches gestantes tous les jours, des vaches qui sont sur le point d’accoucher. C’est-à-dire que j’allais au travail et lorsque j’observais le convoyeur des panses, c’est le convoyeur où il y a les quatre estomacs des vaches et les boyaux, je voyais des utérus et une cinquantaine de fœtus tous les jours, dont certains qui étaient prêts à naître", décrit Thomas à visage découvert.

Au sein de l’Union Européenne, 16 % des vaches laitières et 11 % des vaches allaitantes seraient abattues alors qu’elles portent un veau. Et 3 % des vaches laitières seraient tuées durant le dernier tiers de leur gestation selon un document de l’EFSA (l'Autorité européenne de sécurité des aliments).

Une fois les veaux tués avant même d’arriver à terme, un agent de l’abattoir Bigard de Cuiseaux aspire leur sang afin d’en extraire un serum, commercialisé, selon L214, par le laboratoire pharmaceutique SeraFrance. "C’est, à notre connaissance, la première fois que de telles images vont être diffusées publiquement", précise le collectif de défense animale.

Des animaux égorgés alors qu'ils sont toujours conscients

Par ailleurs, Thomas Saïdi a observé de nombreux manques en matière de réglementation. Au sein de l’abattoir de Cuiseaux, selon lui, deux types de mise à mort sont pratiquées : l’abattage traditionnel (l’animal est rendu inconscient grâce à un matador) et l’abattage rituel (il s'agit de l’abattage halal au sein de l'établissement de Cuiseaux). "L’animal entre dans un box, une sorte de piège cylindrique. Pour faire entrer une vache, il faut la forcer. Donc on lui met des coups de bâton, des coups de pile électrique parfois, même souvent", décrit l’enquêteur de L214.

On peut voir la panique et la détresse dans leurs yeux. Les vaches meuglent, elles crient, elles bavent, elles se débattent. Et ensuite, le piège se retourne à 180 degrés. L’animal est égorgé, conscient.

Thomas Saïdi, enquêteur de L214

La bête est ensuite égorgée alors qu’elle est encore consciente. Les opérateurs ne pratiquent ainsi jamais d’étourdissement d’urgence de l’animal, alors que la réglementation l’impose pour lui éviter des souffrances inutiles.

Les images de L214 montrent également des vaches enfermées dans des enclos étroits pendant 48 heures sans nourriture. Des bovins blessés peuvent attendre 10 heures avant d’être abattus. Thomas Saïdi a également filmé une vache accidentée dans la cour de l’abattoir, chargée ensuite sur un chariot élévateur sans précaution de la part des opérateurs. "Les images que j'ai tournées sont dures mais elles sont nécessaires à l'heure où il est proscrit de dévoiler ce qui se déroule à l'intérieur des abattoirs".

Le jeune homme de 28 ans pointe aussi l’absence de contrôle d’hygiène au sein de l’établissement. Ainsi, seuls 1 à 2 % des abattages quotidiens seraient inspectés alors qu’un arrêté du 12 décembre 1997 impose que : "les opérations d’immobilisation, d’étourdissement, d’abattage et de mise à mort des animaux soient placées sous la surveillance continue des agents du service d’inspection". Thomas Saïdi, recruté au sein des services vétérinaires de l’abattoir, n’a d’ailleurs reçu aucune formation relative à la santé et à la protection des animaux.

Le ministère de l'Agriculture lance une enquête. Aucun commentaire du groupe Bigard

Suite à cette enquête, L214 explique avoir porté plainte pour sévices graves auprès du tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône. Un recours en responsabilité a également été déposé contre l’État pour "manquement à sa mission de contrôle de l’application de la réglementation". Dans un communiqué, le ministère de l'Agriculture réagit à la vidéo du collectif de défense animale. Celui-ci annonce que le ministre Julien Denormandie a ordonné le lancement dès ce jeudi 28 octobre d'une enquête approfondie sur les pratiques de cet abattoir.

"Cette inspection complète de l'établissement sera réalisée sans délai avec le soutien de la Force d'intervention nationale en abattoir, récemment créée pour venir en appui aux Préfets dans de telles situations. Le ministre prendra toutes les mesures, et notamment les sanctions, qui s’imposent selon les conclusions de cette inspection, en lien avec la Direction Générale de l’Alimentation".

En France, le groupe Bigard qui détient les marques Charal et Socopa, représente 43 % de la production de viande et 70 % des steaks hachés vendus. Contactée par nos soins, l'entreprise n'a pas répondu à nos sollicitations. 

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