Sapeurs-pompiers volontaires : un arrêt européen suscite l'inquiétude en Haute-Saône

Centre de secours à Port-sur-Saône, le 9 octobre. / © France 3 Franche-Comté / F. Buridant
Centre de secours à Port-sur-Saône, le 9 octobre. / © France 3 Franche-Comté / F. Buridant

Les services de secours craignent qu'un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne de février ne fasse jurisprudence et ne menace leur organisation. En Haute-Saône, on compte 18 sapeurs-pompiers volontaires pour un professionnel.

Par ML et FB

"Ce serait impossible à gérer." A Port-sur-Saône (Haute-Saône) aussi, l’arrêt suscite l’inquiétude. Le 21 février dernier, la Cour de justice de l’Union européenne statuait en faveur d’un pompier volontaire belge. Rudy Matzak demandait à ce que soit considérées comme du temps de travail les heures de garde passées à domicile. Si elle n’est pas applicable telle quelle en France, cette décision inquiète les casernes, qui craignent qu’elle ne fasse jurisprudence.
 

En Haute-Saône, on compte 1903 sapeurs-pompiers volontaires et seulement 103 professionnels. La plupart d’entre eux cumulent un emploi régulier et leur engagement. "Je prends ma garde de 21h30 à 7h le lendemain matin, détaille l’adjudant-chef Yvon Benincassa, volontaire depuis 23 ans. Après, de 7h jusqu’à 19h, je suis de repos chez moi. Le matin, je ne travaille pas. L’après-midi, je travaille de 13h à 21h30. C’est toute la semaine comme ça jusqu’au vendredi."
 

"Impossible"


Si le temps de volontariat venait à passer en temps de travail, la problématique du cumul deviendrait cruciale. Le sergent Mathieu Chevalier est employé comme agent de sécurité incendie en entreprise et ne peut excéder 48h de travail par semaine. Comme lui, "beaucoup de personnes travaillent un minimum de 35 ou 36 heures, assure-t-il. Ça laisse 8h par semaine. C’est très peu, ça nous fait une astreinte."
 

Commencerait alors le casse-tête administratif. "Si demain il faut que je calcule comment ils ont travaillé, les horaires qu’ils ont fait à côté, plus les horaires qu’ils ont le droit de faire ici…, soupire Gilles Masoni, chef de centre à Port-sur-Sâone, donc en charge des plannings et du roulement des gardes. C’est impossible. Je ne pourrais pas suivre chaque personne, chaque sapeur-pompier, lui demander les horaires qu’il a fait. »
 

Un volontariat essentiel


Dernier risque : accentuer la ponction des casernes. Le système français repose sur l’engagement des volontaires (194.000 sapeurs-pompiers sur 247.000 environ). « C’est ce qui nous permet aujourd’hui d’avoir des délais d’intervention tout à fait satisfaisants, confirme le colonel Fabrice Taillardat, directeur du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Haute-Saône. Le délai moyen, pour un secours à victime, est de l’ordre de 12 minutes. »
 

Or les sapeurs-pompiers volontaires se font déjà plus rares. Réunis à Bourg-en-Bresse fin septembre pour leur 125ème congrès national, les soldats du feu ont exprimé leur inquiétude de voir le dispositif actuel ébranlé. Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a alors annoncé un plan d’action de 37 mesures pour relancer le volontariat, aujourd’hui indispensable dans le fonctionnement des centres de secours.
 

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