Service national universel : neuf questions sur les séjours de cohésion pour les 15-16 ans qui débutent lundi

Le Service National Universel (SNU) organise deux semaines de séjour de cohésion pour les jeunes volontaires de 15 et 16 ans, du 21 juin au 2 juillet prochain. De quoi s'agit-il ? A qui s'adresse-t-il ? Qui encadre ces stage ? Et pourquoi certains s'y opposent ? On vous répond. 

Le séjour de cohésion du SNU se déroulera du 21 juin au 2 juillet.
Le séjour de cohésion du SNU se déroulera du 21 juin au 2 juillet. © MaxPPP / Bruno Levesque

Du 21 juin au 2 juillet aura lieu le séjour de cohésion du Service National Universel (SNU). Ce dispositif a été initié par l’ancien Premier Ministre Edouard Philippe. En 2019, lors de sa première édition, le SNU avait mobilisé seulement 2 000 jeunes. Cette année, 18 000 adolescents se sont portés volontaires en France, dont 800 en Bourgogne-Franche Comté.

Seuls les jeunes entre 15 et 16 ans peuvent participer au Service National Universel. Ils doivent être nés entre le 2 juillet 2003 et le 20 avril 2006. Apprentis, décrocheurs scolaires, en filière générale, technologique ou professionnelle : tous les profils sont admis. Les personnes en situation de handicap sont également accueillies.

Le Service National Universel est réalisé sur la base du volontariat. Toutefois, le Gouvernement souhaite le rendre obligatoire d'ici 2022-2023, pour tous les jeunes de 16 ans. 

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par SNU, je m'engage (@snujemengage)

Les volontaires sont convoqués et acheminés dans un centre d’hébergement, en dehors de leur département. Chaque centre peut recevoir jusqu’à 200 personnes, divisé en maisonnées de 10 personnes chacune. Ces maisonnées sont ensuite regroupées par compagnies. Les compagnies sont mixtes, mais pas les maisonnées.

Neuf centres d'hébergements, soit au minimum un par département, accueilleront les adolescents en Bourgogne-Franche Comté : 

Les enseignements dispensés pendant le séjour de cohésion sont basés sur des pratiques d'éducation populaire, comme l'explique Valérie Gabard, cheffe de projet SNU de l'Yonne : « l’idée est vraiment d'être sur des apports dynamiques et motivants. Les jeunes vont participer à l’apport des uns et des autres, de façon différente que lorsqu'ils sont dans une salle de classe. » 

Ainsi, les volontaires recevront des "cours" sur des thématiques très différentes. Au programme : sensibilisation aux discriminations, actions citoyennes, parcours aventure, fresque du climat, éducation aux médias, soirées bivouac ou encore un mystérieux "Module banque de France". 

Les "actions citoyennes" donneront lieux quant à elles à des activités d'engagements : « certains groupes pourront par exemple aller collecter des denrées alimentaires dans un supermarché avec Les Restos du Coeur pendant que d'autres s'occuperont du nettoyage de la cantine par exemple » explique Valérie Gabard. 

L'intérêt est de montrer l’activité physique comme une recherche de bien-être dans sa vie, dans sa tête et dans son corps.

Valérie Gabard, cheffe de projet du SNU de l'Yonne

La pratique sportive est également au centre des séjours de cohésion avec des sessions d'escalade, de vélo, de course d'orientation ou de jeux d'équipes. « L'intérêt est de montrer l’activité physique comme une recherche de bien-être dans sa vie, dans sa tête et dans son corps. Et surtout, ne pas voir le sport comme une recherche de compétition ou de performance » confie la cheffe de projet du SNU. Les activités physiques peuvent également se traduire par des cours de self-défense ou d'apprentissage des gestes de premiers secours.

Le séjour de cohésion est avant tout une opportunité d'échanger sur des thèmes d'engagement et de citoyenneté : « l’idée est de les faire réflechir ensemble sur leurs places dans la société, sur les valeurs de respects, de citoyenneté et sur toutes les questions relevant des problématiques qui peuvent toucher notre jeunesse » résume Valérie Gabard. 

La participation à ce séjour de cohésion est gratuite. Elle comprend le transport d’un point de rendez-vous au centre d’hébergement, l'alimentation, les activités. Une tenue commune est délivrée à tous les volontaires. Les volontaires ne pourront pas en disposer de leurs téléphones pendant la journée. Un temps le soir est prévu pour cela.

Le séjour de cohésion de quinze jours est la première phase du programme du SNU. Les volontaires doivent ensuite réaliser quinze jours de missions d’intérêt général dans la structure de leur choix : une association, une collectivité locale ou auprès de corps de gendarmerie, de police ou de pompiers.

Sur Twitter, certains ne cachent pas leur motivation. C'est le cas de Léa, qui voit dans le SNU la première étape d'un projet à long terme : 

Le Gouvernement promet que chaque maisonnée des centres d’hébergements sera sous la direction d’un tuteur. Les jeunes seront encadrés par des éducateurs spécialisés, des personnes de l’éducation nationale volontaires ainsi que des milieux de la gendarmerie, de la police et de l’Armée. Un choix d'encadrement justifié par Valérie Gabard, cheffe de projet du SNU de l'Yonne : « ce n'est pas un séjour militaire, mais ce n'est pas non plus un séjour de vacances. La base du SNU est en effet de réunir l'ensemble des institutions de la vie de la cité : des corps armés, des personnes de l'Education Nationale et de l'éducation populaire et sportive. »

Théo Contis, du syndicat Solidaires Jeunesse et Sport Bourgogne-Franche Comté ne cache pas son opposition au SNU. Les agents Jeunesses et Sports ont en effet déjà été sollicité pour piloter le SNU. « Il y a de réels dangers, parce que le SNU est désorganisé » témoigne Théo Contis. Selon lui, cet événement ne serait pas encore prêt deux jours avant la prise en charge des jeunes : « aujourd’hui il y a encore des doutes sur comment vont les enfants vont être convoyés. »

On se souvient de jeunes qui tombent comme des mouches au soleil par exemple.

Théo Contis, du syndicat Solidaires Jeunesse et Sport BFC

Il dénonce une organisation qui ne serait pas au point et une prise de risque de la part de l’Etat dans la mise en place de ces séjours, qui seraient selon lui, non adaptés aux adolescents. « On se souvient de jeunes qui tombent comme des mouches au soleil à Evreux par exemple. […] En 2019, parfois les jeunes n’avaient pas la nourriture suffisante par rapport aux efforts physiques demandés dans la journée » explique Théo Contis. Il s’inquiète également que « la majorité des encadrants n’aient pas le BAFA » ou d’autres diplômes équivalents.

Le 18 juin 2019, des jeunes volontaires du SNU d'Evreux (Eure) avaient en effet été pris de malaise alors qu'ils participaient à une cérémonie officielle pour l'inauguration d'une place. Ils avaient passé une heure debout, au soleil. Un moment filmé et diffusé sur les réseaux sociaux.  

La dimension morale pose également problème au syndicat Solidaires Jeunesse et Sport. « Douze jours avec des enfants, c’est douze jours pour faire passer des idées. On a vu des candidatures de personnes pour encadrer tenant des blogs d’extrême droite par exemple… […] Je pense qu’il y a aussi une volonté d’imposer à la jeunesse une vision de la France. On n’est pas du tout sur une ouverture au monde et plutôt un renfermement sur soi » tonne Théo Contis.

Il appelle ses collègues et d’autres syndicats à faire grève lundi 21 juin. Une manifestation est également prévue devant le Ministère de la Jeunesse et des Sports à Paris contre le Service National Universel.  

En 2019, une polémique avait notamment éclatée après que des influenceurs aient publié du contenu sponsorisé par l’Etat pour faire la promotion du SNU.

Ils s’appellent Tibo In Shape, Sundy Jules et Enzo Tais Toi sur les réseaux sociaux et sont suivis par plusieurs millions d’abonnés chacun. Après le partage de stories Instagram ou de vidéos, ils ont rapidement été accusés de diffuser une « propagande » pour le Gouvernement. Dans une vidéo de plus de 24 minutes, le YouTubeur français Tibo In Shape présentait à ses 8 millions d'abonnés son séjour aux côtés des jeunes volontaires en Guyane. Il avait interviewé les encadrants mais aussi Gabriel Attal, porte-parole du Gouvernement. 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
société jeunesse famille éducation éducation aux médias armée sécurité