Taux de reproduction du covid-19 : la région Bourgogne-Franche-Comté passe en orange, est-ce grave ?

Alors que certains indicateurs repartent à la hausse dans certaines régions et que le gouvernement a décidé de rendre le port du masque obligatoire dans tous les lieux clos publics, qu'en est-il de la situation en Bourgogne-Franche-Comté ? On fait le point avec Pierre Pribile, directeur de l'ARS. 

Photo d'illustration.
Photo d'illustration. © Harald Tittel/ Maxppp
La situation sanitaire liée au coronavirus évolue en Bourgogne-Franche-Comté. Certains indicateurs repartent à la hausse dans notre région, tout comme dans certains autres endroits en France. Faut-il s'en inquiéter ? Pierre Pribile, directeur général de l'ARS Bourgogne-Franche-Comté, répond à nos questions.

► La carte du gouvernement, mise à jour régulièrement, indique un passage à l'orange pour notre région concernant le taux de reproduction qui est désormais de 1.21 (disponible par ici). Faut-il s'en inquiéter ?

Pierre Pribile, directeur de l'ARS BFC : "Cette semaine, les indicateurs sont mal orientés dans notre région. Le taux de reproduction est un indicateur à surveiller lorsqu'il est supérieur à 1. Ce qui est effectivement le cas cette semaine pour la Bourgogne-Franche-Comté. Cet indice permet de mesurer le nombre de personnes contaminées par un malade touché par le coronavirus. Il y a un relâchement général sur les gestes de prévention, c'est évident. Si cet indicateur reste supérieur à 1 durablement, cela veut dire que l'épidémie repart dans une dimension ascendante. Pour nous, c'est tout l'enjeu. Et c'est un "nous" collectif. Ce taux de reproduction, cette carte orange, ce sont des signaux qui nous invitent à réagir. Mais il n'est pas trop tard. Les gens ne doivent pas s'imaginer qu'on ne peut rien faire. Aucun des indicateurs n'indique une perte de contrôle."

L'enjeu c'est faire descendre le taux de reproduction en dessous de 1, et ce le plus vite possible.

Pierre Pribile, directeur de l'ARS BFC

Pierre Pribile, directeur de l'ARS Bourgogne-Franche-Comté.
Pierre Pribile, directeur de l'ARS Bourgogne-Franche-Comté. © JC Tardivon/MaxPPP
► Que faut-il faire pour faire baisser les indicateurs ?

"Chacun doit de réagir. Il s'agit de combattre collectivement le relâchement en même temps que le défaitisme. On a tous envie de reprendre une vie normale mais chacun doit comprendre que si on retombe dans l'insouciance, on va se faire rattraper par la réalité. Il faut rappeler et remettre en place les gestes barrières et les mesures de protection. Les gestes à appliquer ne sont pas très compliqués : se laver souvent les mains, éviter de se toucher les autres, rester à distance, porter un masque dans des situations où il est difficile voire impossible de garder une distance et bien sûr dans les endroits clos.

Autre message important : il faut bien se souvenir que quand on est soit même fragile ou en contact avec des personnes fragiles, il faut redoubler de précautions. Il ne faut une fois de plus pas hésiter à se faire dépister quand on a des symptômes, même légers. Il faut identifier le plus tôt possible les personnes positives pour qu'elle puisse s'isoler et ainsi éviter une reprise incontrôlable de l'épidémie."

► Qu'en est-il de la situation en Bourgogne-Franche-Comté, de manière plus générale ?

"Individuellement, chacun de ces indicateurs reste faible dans notre région mais ils sont tous mal orientés et la tendance est mauvaise. On suit les chiffres de contamination groupée. Jusqu'à la semaine dernière, ces situations de contaminations collectives concernaient des environnements de soin. Cette semaine, on a de plus en plus de contamination à l'occasion de regroupement en famille ou entre amis. On a aussi les situations de retour de séjours à l'étranger. Le contexte estival et de vacances conduit à des relâchements du niveau de précaution. Les gestes barrières sont aussi valables en vacances."

On a besoin de se rappeler que le virus est là. Il est là, partout.

 Pierre Pribile, directeur de l'ARS BFC

NDLR : En Bourgogne-Franche-Comté, les derniers chiffres disponibles, calculés sur la période du 7 au 13 juillet, montrent un taux d'incidence de 3,3. Une semaine plus tôt, ce taux était de 1,9 (en savoir plus).

► Avez-vous identifié des zones où le virus est particulièrement actif ou des clusters dans notre région ?

"Des clusters géographiques, non. On n'a pas de situation comme en Mayenne, par exemple. Par contre, on a par-ci par-là des cas groupés, mais qui jusqu'à présent n'ont pas donné lieu à des diffusions communautaires. Une diffusion communautaire, c'est comme un cluster dont on perd le contrôle. On est évidemment très vigilant, c'est pour ça que c'est important de trouver les cas positifs et le plus rapidement possible. On a jamais eu de situation de diffusion communautaire. Tant mieux. La semaine dernière plus de 14 000 résultats de tests ont été obtenus."

La seule façon d'éviter ça, ce sont les gestes barrières et le dépistage.

 Pierre Pribile, directeur de l'ARS BFC

NDLR : Pour information, depuis la sortie du confinement, 340 signalements de situations en collectivités ou toute autre forme de regroupements de cas ont été opérés auprès de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté, 25 étant en cours d’investigation et de traitement.

► Fermer les commerces et les lieux publics peut-il être envisagé si les indicateurs continuent à augmenter ?

"Tout le monde à a coeur d'éviter de retomber dans cette situation. Evidemment, c'est le risque. Si on a un effet domino, avec des cas graves qui se multiplient et un afflux massif de malades dans les hôpitaux, c'est possible. Collectivement, on a les moyens de contrôler cette épidémie. On a acquis des réflexes, on a des protections, on fait énormément de tests, on connaît les gestes barrières. Le risque c'est de devoir à nouveau prendre des mesures fortes et préjudiciables pour tout le monde. On doit tous agir pour éviter ça. Et franchement, c'est encore possible. On réagit tôt. Il est temps de réagir tous ensemble."
 
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