Coronavirus Covid-19 : Les chauffeurs de taxis pourraient exercer leur droit de retrait à partir du 3 avril 2020

Les chauffeurs de taxi, mobilisés depuis la crise sanitaire, craignent pour leur profession. / © Michael Bunel / Le Pictorium/MAXPPP
Les chauffeurs de taxi, mobilisés depuis la crise sanitaire, craignent pour leur profession. / © Michael Bunel / Le Pictorium/MAXPPP

Dans une lettre adressée au Président de la République et au Premier ministre, trois organisations représentatives de la profession dénoncent l'ouverture des transports sanitaires aux sociétés de VTC comme Uber. En Franche-Comté, les chauffeurs de taxis font part de leur colère.
 

Par Sophie Hienard

Mobiliser des taxis pour le personnel hospitalier, c’est la volonté du chef de l’Etat. Dans son discours du 16 mars 2020, Emmanuel Macron a demandé aux chauffeurs de taxis de se tenir prêts à aider les professionnels de santé dans leurs trajets jusqu’à l’hôpital, et à maintenir leur activité pour pallier la baisse des transports en commun. Une décision très largement suivie par les chauffeurs de taxis.
 

Coup de théâtre : la concurrence des plateformes de voitures de transport avec chauffeur (VTC). Car pour le gouvernement, l’ouverture du dispositif aux sociétés de VTC permettrait de combler le manque de taxis dans certains territoires. Le Secrétaire d’Etat chargé des Transports Jean-Baptiste Djebbari l’affirme dans une lettre, à l’attention des Présidents de l’Union Nationale des Taxis, la Fédération Nationale des Taxis Indépendants et la Fédération nationale des artisans du taxi :
 

« La possibilité que des centres hospitaliers conventionnent avec des plateformes VTC a été prévue pour assurer que dans les zones urbaines denses où l’offre taxis ne serait pas suffisante pour répondre aux besoins des soignants, les plateformes VTC puissent intervenir de manière complémentaire aux taxis, afin d’assurer qu’aucun soignant ne reste sans réponse. »
 


C’est la plateforme Uber Medics, dédiée au personnel de santé, qui cristallise toutes les tensions. Le géant américain propose des trajets moins chers, voire gratuits, pour les établissements hospitaliers, et comptent s’étendre aux Ehpad et aux instituts de recherche. Une concurrence jugée déloyale qui agace les trois organisations représentatives des taxis.

Le 31 mars 2020, dans une lettre publique adressée au Président de la République, ainsi qu’au Premier ministre, l’Union Nationale des Taxis, la Fédération Nationale des Taxis Indépendants et la Fédération nationale des artisans du taxi dénoncent les décisions du Secrétaire d’Etat chargé des Transports qui seraient « sans équivoque envers l’intérêt d’Uber, à l’encontre de [la] profession ». Un tweet a particulièrement agacé les trois organisations :

 



Les chauffeurs de taxis menacent donc d’exercer leur droit de retrait à partir du 3 avril 2020, si aucune décision n’est prise par le gouvernement. Ils mettent aussi en avant les risques pris par la profession lors de sa mobilisation pendant la crise sanitaire.
 

En Franche-Comté, les chauffeurs de taxis ne décolèrent pas


Comment réagit la profession en Franche-Comté ? Damien Stoeckel, président de la Fédération nationale des taxis indépendants du Territoire de Belfort (FNTI 90), répond : « Ma réaction va dans le sens de tout ceux qui se battent pour la profession : c’est la fin des taxis »

« Le médical c’est ce qui nous différencie des VTC, car des qualifications sont requises », ajoute Damien Stoeckel. Pour les chauffeurs francs-comtois, cette décision est vécue comme un coup de massue, en pleine crise sanitaire.
 

« Une douille dans les dents »


Une préoccupation d’autant plus importante dans le Territoire de Belfort. Car « depuis le plan social de General Electric, les sociétés se sont rebasculées vers le médical », remarque le président de la FNTI 90.

Son incompréhension est d'autant plus grande que, depuis le début du confinement, les courses sont gratuites pour le personnel hospitalier. « Du gasoil sans émettre de factures pour l’hôpital, renchérit le chauffeur belfortain, on se mobilise pour Trévenans, on part tôt le matin et on rentre tard le soir et on se prend une douille dans les dents ».

« On ne veut pas de l’ouverture des transports sanitaires auprès de Uber et des VTC », réitère Damien Stoeckel. Le Président du FNTI 90 l’assure, s’il n’y a pas de changement pour les chauffeurs de taxi, alors il exercera son droit de retrait, comme bon nombre de professionnels du secteur. Et les conséquences seraient énormes : « Le 3 avril, en France, tous les transports sanitaires, ainsi que tous les transports de médecins, d’aides-soignants et d’infirmiers seront à l’arrêt ».

 

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