La branche nucléaire de General Electric rachetée par EDF ? Une perspective à double tranchant pour les 1700 salariés de Steam Power Belfort

EDF et General Electric ont annoncé ce mercredi 22 septembre mener des "discussions exploratoires" en vue d'un éventuel rachat, par l'énergéticien français, des "activités nucléaires de GE Steam Power". Une bonne ou mauvaise nouvelle pour le site de Belfort ?

Des discussions entre l’Etat français, EDF et l’Américain GE. La nouvelle ne surprend pas les syndicats du site de Belfort. “On savait que c’était en cours” réagit Philippe Petitcolin CFE-CGC.

Steam Power, c’est 2700 salariés en France dont 1700 à Belfort. “La perspective de sortir de GE, c’est plutôt une bonne nouvelle. À GE France on était 20.000, on est plus que 11.000 aujourd’hui” note le syndicaliste échaudé par les plans sociaux et les promesses non tenues du géant américain. Mais un rachat des activités nucléaires par EDF comporte aussi des risques. “En Europe, l’entité nucléaire est détenue par EDF et le Russe Rosatom. Si on est racheté par l’un, on risque de perdre d’autres clients. On sait aussi que le marché européen du nucléaire ne sera pas subventionné. Les perspectives d’avenir reposent uniquement sur ces deux groupes” complète Philippe Petitcolin

Sans construction de nouveaux EPR, le rachat par EDF comporte une part de risques

C’est l’avis du syndicaliste à l’annonce de ces discussions en cours. “En France, la construction de 6 nouveaux EPR (réacteur pressurisé européen) est en discussion de longue date, mais on ne sent pas une volonté politique” estime-t-il. Pour lui, "la balle est dans le camp d’Emmanuel Macron” alerte le syndicaliste pour qui ce rachat éventuel par EDF pourrait se traduire aussi par une nouvelle casse sociale si le carnet de commandes de ce dernier ne comporte pas la construction de nouvelles centrales pour remplacer les modèles vieillissants.

Pour l'heure, la décision de la construction ou non de réacteurs est prévue pour la prochaine mandature, au plus tard en 2023, après le démarrage de l'EPR de Flamanville précisait en mai dernier le ministère de l'Économie.

EDF rachetant SteamPower, rien n’est fait encore

"EDF est en cours d'analyse des conditions dans lesquelles les intérêts du groupe EDF pourraient être préservés", a déclaré un porte-parole du groupe. "Il n'y a aucune certitude quant à l'aboutissement de ces travaux et discussions exploratoires", a-t-il souligné à l'annonce de cette acquisition possible.

Satisfaction prudente des élus du Territoire de Belfort

"Je suis satisfait que les négociations soient entamées, j'appelais ce rachat de mes voeux depuis de longs mois", déclare Damien Meslot, le maire LR de Belfort, ville où sont localisées les activités de GE Steam Power. "Je serai extrêmement attentif au périmètre du rachat, qu'il soit suffisamment large pour assurer la pérennité des activités et de l'emploi à Belfort".

«Le seul rachat de l’activité de production des turbines Arabelles est insuffisant. C’est l’ensemble de la chaîne de valeur qui doit être protégée, du développement à la mise en service sur site, en intégrant la maintenance, que ce soit pour les turbines, les alternateurs, mais aussi les composants auxiliaires » estiment Damien MESLOT, Président du Grand Belfort et Maire de Belfort, Ian BOUCARD, Député du Territoire de Belfort, Cédric PERRIN, Sénateur du Territoire de Belfort, et Florian BOUQUET, Président du Conseil départemental.

« Ces négociations étaient très attendues et j’avais pu en obtenir l’engagement auprès du chef de l’État lors de son déplacement au Creusot en décembre dernier. Maintenant il faut connaitre le périmètre exact du rachat de la branche nucléaire de General Electric et le projet industriel qui doit en découler. Cette opération de rachat doit permettre de garantir notre autonomie énergétique mais doit également profiter à Belfort avec à la clé des investissements et de nouvelles commandes » a déclaré la présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay.

Quant au député européen Christophe Grudler, il voit ce rachat possible d'un oeil positif :  "L’annonce officielle ce matin par EDF du lancement de négociations avec General Electric pour le rachat de cette division nucléaire « va précisément dans le sens que nous cherchions tous, pour planter à nouveau un drapeau français sur l’activité, protéger et développer les savoir-faire notamment sur les sites de Belfort et de La Courneuve. Cette annonce fait écho à la volonté affichée du Président de la République », rappelle le député européen de Belfort. « En effet, le chef de l'État, le Gouvernement et la majorité parlementaire tout entière se mobilisent depuis de longs mois en faveur d'un renforcement de notre filière nucléaire française. Je travaille à leurs côtés dans ce sens ». C'était d'ailleurs l’objet du discours du Président à Creusot en décembre 2020 : « Notre avenir énergétique et écologique passe par le nucléaire ».

GE, a réduit au fil des ans ses effectifs en France

GE avait lui-même racheté en 2015 la branche énergie d'Alstom, parmi lesquelles figuraient ses activités nucléaires. A l'époque, le groupe américain comptait 16.000 emplois industriels en France (hors GE Capital), selon les chiffres de la direction, et promettait d'en créer 1.000 supplémentaires. Mais en cinq ans, les effectifs sont descendus à 13.000, après des cessions d'actifs, et des réorganisations.
En décembre, GE Steam Power avait initié une nouvelle réorganisation, qui prévoyait initialement 238 suppressions d'emplois, un chiffre ramené à 144 au printemps.
En mars, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, avait déclaré, dans les colonnes de l'Est Républicain, rechercher "une solution française pour les turbines Arabelle", produites par GE. "Cette solution permettra de sécuriser cet actif unique, les compétences qui vont avec et qui sont indispensables à notre avenir énergétique".

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
general electric économie nucléaire environnement