Saype fait partie des artistes hyperactifs. Originaire de Belfort, le jeune homme de 28 ans déborde d'idées et expose son talent sur des oeuvres monumentales, peintes à même la montagne. Découvrez son remarquable travail dans notre grand format. 


Guillaume Legros, alias Saype, est né en 1989 à Belfort. À l'âge de 14 ans, et malgré son manque d'intérêt pour les cours d'art plastique et le dessin, il entre dans l'univers de la peinture par la petite porte : celle du "tag vandale" puis du graffiti. Véritable touche à tout, l'adolescent qu'il est alors se passionne pour une multitude de techniques. À 16 ans, il expose ses premières peintures dans une galerie.

"Entre le street art et le land art"

Quelques années plus tard, après avoir dompté son talent et soucieux de participer au renouvellement du mouvement street art, le Belfortain a l'incroyable idée de peindre des fresques "hors formats" de plusieurs centaines de mètres sur l'herbe, à même le sol, dans des champs ou sur des pans de montagne. "J'ai réalisé ma première fresque en 2013. J'avais envie de faire un truc nouveau, original. Je lisais beaucoup de revues sur l'écologie durant cette période. C'était aussi l'époque de l'avènement des drones. J'ai voulu apporter un visage nouveau et faire quelque chose entre le street art et le land art" explique Saype. 

Attaché aux questions philosophiques, sociétales et plus précisemment à la place de l'homme dans la société, le Belfortain a à coeur de placer l'humain au centre de son travail, dans une logique humaniste et écologique. 

Saype nous explique sa manière de travailler : 

Saype, artiste peintre belfortain
Images : Sarah Rebouh

© Saype
© Saype

 

Lorsqu'il réalise ses fresques en pleine nature, Guillaume Legros est évidemment soucieux de ne pas détériorier sa toile naturelle. Il utilise de la peinture entièrement biodégradable. "J'ai travaillé longtemps pour trouver la recette. C'est secret mais je vous le dis quand même !" lâche-t-il dans un rire communicatif. De l'huile de lin, de l'eau et de la farine mélangées à des pigments naturels lui permettent d'obtenir une peinture qui forme, lorsqu'elle sèche, une sorte de colle résistante à la pluie. 

Découvrez l'une des fresques de Saype, réalisée en 2015 à La Clusaz : 

Land art au col des Aravis par Saype

"3 mois de travail et 650 litres de peinture"

Le jeune homme commence d'abord par prendre en photo son sujet puis procède à une reconnaissance du terrain avec son équipe. Il effectue un quadrillage minitieux à l'aide de piquets au sol. Après un repérage par drone, armé d'un pistolet à peinture, il se lance dans la confection de son extraordinaire oeuvre. En moyenne, le trentenaire parcours 20 kilomètres par jour lorsqu'il peint ses incroyables toiles géantes.

"C'est assez impressionnant car même sur des tailles aussi grandes un écart de 10 centimètres peut vraiment dénaturer la fesque. Parfois je ne vois même pas le bas de mon oeuvre. En moyenne, je mets 3 mois pour réaliser ce genre de fresques. J'utilise 650 litres de peinture, ce qui suppose une logistique assez énorme notamment pour acheminer les bidons de peinture en montagne. Parfois même on est obligé de se sangler les uns aux autres, avec mon équipe, lorsqu'on travaille sur des terrains très escarpés" détaille le Franc-Comtois emprunt d'un enthousiasme contagieux.

"Je suis parfois le propre spectateur de mon travail"

Les fresques naturelles de l'artiste disparaissent progressivement au rythme des mouvements de la nature. "La peinture résiste plutôt bien à la pluie mais lorsque l'herbe repousse, elle déforme la toile, et c'est aussi ça qui est intéressant" explique le jeune homme. Il est d'ailleurs le seul au monde à réaliser des performances artistiques dans ces proportions hallucinantes. La passion et la soif d'expériences de Saype éclaboussent et entraînent volontiers n'importe quel interlocuteur dans son univers peinturluré. 

Parfois, on dirait même que le jeune homme est dépassé par son talent. "Des fois je suis le propre spectateur de mon travail. C'est assez fou... Je ne me rends pas toujours compte de l'aventure dans laquelle je suis embarqué" confie-t-il. En effet, le Franc-Comtois fait preuve d'une modestie sans faille alors que sa côte et son nom ne cessent de s'inscrire durablement dans le monde de l'art. 

Fresque réalisée pour l'inauguration de l'A16.  / © Saype
Fresque réalisée pour l'inauguration de l'A16. / © Saype

 

Depuis quelques temps, les toiles de Saype s'exposent aussi dans des galeries. Le peintre joue avec la lumière, les reflets et les expositions.

Écoutez Saype nous détailler son travail sur toile : 

Saype nous explique ses toiles
Images : Sarah Rebouh

En décembre, la galerie Cheloudiakoff installée à Belfort sera entièrement dédiée aux oeuvres de Saype. Ce dernier sera également exposé à Strasbourg mais aussi et surtout à Paris, aux côtés des meilleurs street artistes internationaux tel que JR ou Vhils. Une véritable consécration.  

Guillaume Legros vogue désormais vers des contrées helvètes. Son atelier situé près de Belfort, dans le garage de ses parents, est en cours de déménagement direction l'autre côté de la frontière, près de Montreux. L'artiste part rejoindre son épouse installée en Suisse. Mais il l'assure, et nous voilà rassurés : "J'ai encore de beaux projets en Franche-Comté." 

Découvrez le site internet de Saype.