ENTRETIEN. " Du soulagement, mais quelle déception " accusé à tort du viol d’un enfant, l’enseignant Eric Peclet réagit

Le 25 février 2021, après plus de quatre ans d'enquêtes, la juge d'instruction en charge du dossier déclenche la procédure de fin d'instruction du dossier. Pour l'instituteur, un temps accusé par l'enfant et aujourd'hui témoin assisté, subsiste la crainte que l'affaire ne jamais élucidée.

Entre novembre 2016 et mars 2017, l'enseignant a été placé en détention provisoire, à la maison d'arrêt de Dijon.
Entre novembre 2016 et mars 2017, l'enseignant a été placé en détention provisoire, à la maison d'arrêt de Dijon. © Rodolphe Augier / France Télévisions

Tout commence le 16 novembre 2016, quand une fillette de quatre ans indique à ses parents avoir été violée par son instituteur remplaçant. Après quatre mois de détention provisoire, l'instituteur est finalement libéré et obtient le statut de témoin assisté. Les traces de sperme retrouvées dans la culotte de la jeune fille dirigent ensuite vers les enquêteurs vers le père de la victime. À l'issue de sa garde à vue, le père de famille obtient également le statut de témoin assisté. Depuis près de deux ans, l'enquête n'avance plus et la fin de l'instruction pourrait être annoncée très prochainement.

France 3 Bourgogne : La juge en charge de l'affaire a décidé de clôturer l'instruction le 25 février dernier. On se dit qu'avec tout ce que vous avez vécu depuis ces années, c'est plutôt une bonne nouvelle pour vous, vous allez être enfin officiellement innocenté :

Eric Peclet : C'est vrai que ça fait un moment. Ça fait quatre ans que cette histoire nous suit un peu tous les jours et qu'on attend que l'affaire se termine pour pouvoir tourner la page. Donc oui, évidemment, c'est une bonne nouvelle parce qu'on n'aspire qu'à ça : retrouver une vie normale et oublier, si c'est possible, cette affaire. 

Est-ce-que vous avez un sentiment qui est un peu plus mitigé? 

Cela se termine comme je le redoutais. Au tout départ de l'histoire, je me disais " il faut absolument que la vérité éclate, que l'on sache ce qui s'est passé ". Je me disais, " ça ne pourra passer que par là pour que je sois totalement innocenté des soupçons qu'on a pu porter sur moi ". Tout au long de l'affaire finalement, des craintes sont arrivées à ce propos et je me suis dit, " est ce que réellement tout va être fait pour avoir la vérité? " Et en dépit des éléments qui sont très forts dans le dossier cela arrive à un terme que je redoutais

 Ce qui comptait pour moi, c'est déjà d'avoir la vérité, de savoir ce qu'il s'est passé. Pour moi il y a un fou qui réside dans cette affaire et il y a l'idée qu'il y a une enfant au milieu de tout ça qui a été agressé. Il a été attesté d'avoir été agressé. Si on avait pu aller au bout de cette affaire avec des réponses et la certitude que l'enfant est protégé, je me serais dit  " tout ce que l'on a eu à endurer de mon côté, du côté de ma famille, aurait eu du sens " . Mais là, je n'ai pas cette sensation. J'ai l'impression que ça se termine sans vraiment avoir une raison. En fait, on a enduré tout ça un peu pour rien. 

Quel sentiment domine chez vous ? La satisfaction et le soulagement qu'il n'y ait plus de " dossier Péclet " ou bien la frustration et la déception que le dossier puisse être clôturé avec la certitude d'un viol mais sans aucun coupable ? 

Dans les premiers temps de l'affaire, pendant les premières années, je me disais qu'il était hors de question que l'on arrive au bout de cette affaire sans avoir eu la vérité. Qu'on se battrait. En fait, il faut reconnaître que les années qui passent nous usent. Il arrive un moment où on finit par se dire que cela va maintenant être le boulot des associations de protection de l'enfance. Cela ne va plus être mon combat. J'ai quand même beaucoup de soulagement... mais quelle déception quand même... Quelle déception d'en arriver là.

J'aspire à retrouver de la paix, à passer à autre chose. C'est vrai que ça use la justice, la façon dont on traîne dans la longueur, la façon dont les choses nous paraissent faites de manière illogique. À un moment, on a envie que ça s'arrête. On n'a pas envie de traîner ça pendant dix ans. Donc il y a d'abord du soulagement, mais une fois de plus, quelle déception. 

 

Est-ce que le probable non-lieu qui pourrait intervenir peut vous aider à passer à autre chose ?

En tout cas, c'est ce qu'on espère. Plus le temps passe, plus c'est douloureux, plus on a envie d'y mettre une distance. Je pense que retrouver une vie c'est possible parce que je m'en aperçois. Il fut un temps où je me suis dit " un après ne sera pas possible ". Quand on était au coeur de cette violence, je me disais " de toute façon ce n'est pas possible de retrouver une vie après quand c'est violent à ce point là. On ne peut pas ". Finalement je m'aperçois, avec les années qui ont passé, que la vie reprend, heureusement. J'ai une formidable famille, on est resté unis, et tout ça aide à poursuivre. Donc oui je suis confiant, je me dis avec cette histoire terminée, la vie va pouvoir reprendre. Par contre, c'est sûr qu'il y a plein de choses qui ne seront plus comme avant, c'est évident. 

Dans quelques semaines, la justice pourrait nous dire qu'il y a bien eu un viol mais qu'elle n'a pas réussi à déterminer qui était l'auteur. Si cette décision vous est notifiée, qu'aimeriez-vous dire au procureur ?

J'aimerais comprendre franchement, même si il y a des raisons, peut-être peu avouable. Tel que je connais le dossier, c'est incompréhensible. On a des éléments comme jamais on en a eu dans une affaire pareille. Donc, la seule chose que j'aimerais, c'est comprendre les motivations, mais les vraies motivations. Si j'avais des éléments qui me permettent de comprendre les décisions de justice dans cette affaire, cela m'aiderait à tourner la page. 

Le reportage de Gabriel Talon et Rodolphe Augier :

durée de la vidéo: 01 min 50
Viol d'une fillette de quatre ans à Genlis : vers un non-lieu ?

 

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