De plus en plus de médecins agressés : "C'est catastrophique. Le risque, c'est qu'il n'y ait plus de visite"

Le tribunal d'Auxerre (Yonne) devait se prononcer sur l'agression d'un généraliste de SOS Médecins. Mais la justice a renvoyé le dossier au 29 avril prochain. Pour le conseil régional de l'ordre des médecins, cet épisode de violences à l'égard des professionnels de santé n'est pas isolé. Entretien.

Nous vous en parlions dans cet article. Le 15 décembre dernier à Auxerre (Yonne), un praticien de SOS Médecins était agressé en pleine consultation. Alors qu’elle s’impatientait en salle d’attente, une femme s’en est pris à un professionnel de santé, qui lui a demandé de sortir à plusieurs reprises. Les insultes ont fusé. Puis le conjoint de la patiente a asséné un coup de pied au médecin. Ce dernier aura dix jours d’arrêt de travail.

Plus de deux mois après les faits, l’affaire devait être instruite par le tribunal d’Auxerre lundi 26 février. Mais la justice a décidé de renvoyer le dossier au 29 avril prochain. L’affaire sera jugée dans le cadre d’une procédure de plaider coupable. Le mis en cause reconnait les faits. Elle ne sera donc pas instruite en comparution immédiate par le tribunal correctionnel. L’avocat du médecin agressé dénonce un délai d’attente trop long et une réponse judiciaire "insuffisante".

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Ce dernier épisode de violence à l’égard de professionnels de santé est-il un cas isolé ? Le 1er février dernier, un autre docteur de SOS Médecins était agressé verbalement, toujours à Auxerre. Selon le Conseil régional de l’Ordre des médecins de Bourgogne-Franche-Comté, les professionnels de santé sont de plus en plus victimes d’attaques physiques et/ou verbales. Son président, Didier Honnart a répondu à nos questions.

L’agression du médecin le 15 décembre dernier est-elle un cas isolé ?

Didier Honnart : Malheureusement non, ce n’est pas isolé du tout. Les agressions de soignants sont sous-déclarées. Les agressions verbales ne sont plus déclarées, car il y en a trop. On n’y fait même plus attention. Les agressions physiques le sont mais il y a une sous-déclaration tout de même. Parce que quand il n’y a pas trop de conséquence, c’est passé sous silence. Mais c’est tout à fait dramatique. Le conseil national de l’ordre invite les médecins à se déclarer.

Est-ce que ces cas de violence se produisent dans des secteurs précis ?

D.H : C’est un phénomène dangereux. Souvent ça se produit dans des quartiers défavorisés et la punition touche les plus défavorisés. Forcément, quand le médecin se fait agresser lors d’une visite, il n’y va plus. Des quartiers sont rayés de la carte des visites.

Mais ce n’est pas que dans ces quartiers. Ça peut être n’importe où. C’est pareil aux urgences. Des infirmières se font agresser à cause de l’attente. Il y a des difficultés structurelles partout. Les gens perdent patience. Et la conséquence, c’est qu’on a de plus en plus de mal à recruter des infirmières aux urgences, alors qu’avant, elles se battaient pour aller dans ce service. C’est fini maintenant.

Quelles sont les violences auxquelles sont confrontés les professionnels de santé ?

D.H : On a des déclarations de médecins qui sont agressés car ils refusent un arrêt de travail qui ne leur parait pas justifié. La personne se met en colère, frappe le médecin, retourne le bureau. Ça parait invraisemblable. Ce sont des choses qui ne sont plus exceptionnelles. Ca s’amplifie d’année en année

C’est un contexte général. La violence s’installe dans notre société de façon inquiétante. Les médecins sont des victimes comme d’autres.

Didier Honnart, président du conseil régional de l'Ordre des Médecins

Quel est votre sentiment général par rapport à l'augmentation des violences ?

D.H : C’est un sentiment de désolation. Les visites sont très utiles, notamment chez les personnes âgées ou en situation de handicap. Quand vous acceptez de faire des visites, c’est pour rendre service au patient. Quand on se fait agresser, on baisse les bras. Il y a des gens qui rendent la vie impossible. Le risque, c’est qu’il n’y ait plus de visite. C’est catastrophique.

Quelle serait la solution selon vous ?

D.H : Il faudrait quand même une justice dissuasive. On a l’impression qu’il n’y a pas beaucoup de conséquences. C’est vécu comme ça par les médecins. Un médecin qui s’installe dans un secteur, peu importe lequel, a des chances de se faire agresser au moins une fois dans sa vie.

La justice est elle-même en difficulté, elle manque de magistrats. Je ne veux pas accabler la justice. Je crois beaucoup en l’effet dissuasif de la justice, ça, ça peut marcher.

Mais s’il faut demander une voiture de police pour escorter un médecin lors d’une visite médicale, ce n’est pas tenable. La solution ne peut pas être là. Il faut faire de la dissuasion au départ.