Dissolution de l'Assemblée nationale : "un risque de cohabitation qui correspond à une situation de blocage intenable", l'analyse d'un politologue

Au lendemain des élections européennes et de la dissolution de l'Assemblée nationale par le président de la République, le politologue icaunais Jean-Vincent Holeindre fait le point sur une situation politique inédite au 21ème siècle.

Cela faisait 27 ans que ce n'était pas arrivé. Après les résultats des élections européennes, avec un score historique pour le Rassemblement National, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé la dissolution de l'Assemblée nationale.

De nouvelles élections auront donc lieu le 30 juin et le 7 juillet pour élire les députés qui y siégeront. "On devrait parler des élections européennes, mais on ne parle que de la dissolution", rappelle Jean-Vincent Holeindre, politologue. "Le président Emmanuel Macron a voulu reprendre la main, ce qui peut sembler paradoxal face à une telle défaite, mais à ce stade la stratégie fonctionne, puisqu’on ne parle que de cela et non plus seulement de l’échec du macronisme aux européennes."

Un pari risqué, mais qui correspond selon lui à une situation politique bloquée depuis le début du quinquennat. "La dissolution est au fond la conséquence d’une situation actuelle déjà très difficile pour faire passer des projets de loi avec une majorité relative, et des coalitions anti-Macron qui se sont formées. Le risque de la cohabitation est réel mais il correspond à une situation de blocage qui devient intenable."

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Vers une cohabitation avec le Rassemblement National ?

Une décision qui reste tout de même surprenante. Le dernier président à invoquer l'article 12 de la Constitution pour dissoudre l'Assemblée nationale était Jacques Chirac, le 24 avril 1997. Les élections législatives avaient alors amené une majorité de partis d'opposition de gauche, et Lionel Jospin en tant que Premier ministre.

27 ans après, la France pourrait connaître un nouveau gouvernement de coalition, avec une cohabitation entre un Président et un premier ministre de deux partis politiques différents :

"Il y a trois possibilités : soit E. Macron remporte son pari et retrouve une certaine marge de manœuvre, ce qui est peu probable ; soit il y a cohabitation avec le RN qui sera pour la première fois en charge de diriger le pays, ce qu’ils n’ont jamais fait."

Jean-Vincent Holeindre

Politologue

"On peut difficilement avoir un parti qui fait 30% aux élections européennes et qui reste dans une position où il ne fait que critiquer", justifie Jean-Vincent Holeindre. "Soit enfin, la gauche, unie, l’emporte et on observe à une repolarisation de la vie politique entre une droite et une gauche redéfinies. Dans les trois scénarios, la France sera difficilement gouvernable si on s’en tient à une présidence Macron qui continuerait", développe Jean-Vincent Holeindre.

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Le RN en tête pour les élections législatives ?

La montée en puissance du Rassemblement Nationale concerne tout le pays, et la Bourgogne ne déroge pas à la règle. "Pour le RN, on peut s’attendre à des scores très élevés, à ce que sa position soit confortée. Sur ces élections européennes, le RN progresse partout, y compris dans des régions peu enclines à voter pour lui. Dans les régions où les scores étaient déjà significatifs, ils sont encore plus dominants. On le voit dans l’Yonne avec plus de 40%."

La tendance observée lors des élections européennes se confirmera-t-elle aux législatives ? Rien n'est moins sûr. "C’est très différent. Là, il y aura deux tours et tout va dépendre des stratégies d’alliance des trois pôles : l’extrême-droite, la majorité présidentielle et la gauche."

Selon le politologue, le parti Reconquête va certainement se joindre au Rassemblement National. "Le pôle majorité présidentielle peut s’allier à une partie des Républicains, eux-mêmes déchirés entre le macronisme et le pôle RN. La gauche s’est déjà rassemblée autour de la NUPES, et pourrait se rassembler à nouveau quand on voit les récentes déclarations de ses représentants, faute de quoi elle sera condamnée à l’impuissance."

En Bourgogne, plusieurs figures politiques ont déjà annoncé se présenter pour les prochaines élections législatives.

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