"Notre-Dame brûle" de J-J. Annaud : les 5 anecdotes historiques qu'il faut connaître sur la cathédrale de Sens

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Écrit par Gaël Simon

Ce vendredi 11 mars, l'avant-première du film "Notre-Dame brûle" de Jean-Jacques Annaud est organisée à Sens (Yonne). Une partie du long-métrage a été tournée dans la cathédrale de la ville. L'occasion pour nous de vous en raconter plus sur la (très) riche histoire de l'édifice.

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Ce sont des images qui marqueront indéniablement l'histoire de France à tout jamais. Le 15 avril 2019, le pays s'arrête en découvrant les flammes qui ravagent la cathédrale Notre-Dame de Paris. Un évènement tragique que Jean-Jacques Annaud a voulu raconter dans son dernier long-métrage, "Notre-Dame brûle".

Le film qui sortira mercredi prochain est présenté en avant-première ce vendredi 11 mars à Sens (Yonne) en présence du réalisateur. Des scènes ont notamment été tournées dans la Cathédrale Saint-Etienne de la ville.

Bernard Brousse, ancien président de l'office du tourisme de Sens et présent lors de l'avant-première, a apporté ses lumières historiques sur l'édifice icaunais. "Ce sera intéressant de voir le résultat de ce grand travail qui a été fait". Passionné par l'histoire de la Cathédrale, et donc passionnant, il nous raconte avec volubile et facétie plusieurs anecdotes sur celle qu'il nomme la "mère de Notre-Dame de Paris".

La première cathédrale gothique du monde

Dans les années 1130, Henri Sanglier est archevêque de Sens. Il porte alors le titre de "Primat des Gaules et de Germanie". Concrètement, il est le premier après le Pape dans la hiérarchie catholique médiévale. "Henri Sanglier veut un monument digne de son rang. Il fait appel à un maître d'œuvre qu'on ne connaît pas mais qui a voyagé et pris des bonnes idées partout".

Cet architecte que l'on surnommera le Maître de Sens propose trois créations novatrices : la croisée d'ogives, les arcs-boutants et les arcs brisés. La première pierre est posée en 1135. "Les caractéristiques d'un art nouveau sont en marche. On n'appelait pas ça l'art gothique à l'époque, mais l'art français. Il va se répandre partout. Sens a été un moteur. Son grand titre de gloire, c'est d'être la première cathédrale gothique du monde. Vous voyez, on y va très fort !".

Au fil du temps, le monument va évoluer. À la Renaissance, une grande nef transversale est érigée dans le style gothique flamboyant. L’Alpha et l'Omega du gothique se retrouvent à Sens. Puis au XVIIIème siècle, l'édifice est mis au goût du jour, le style étant désormais perçu comme "barbare"

"Paris est une des filles de Sens"

La Cathédrale va donc inspirer de nombreux autres monuments, dont la fameuse Notre-Dame. En 1162, le Pape Alexandre III est chassé de Rome et trouve refuge à Sens. "Pendant plusieurs années, Sens va être le cœur de la chrétienté". Et en 1163, le successeur de Saint-Pierre bénit la première pierre de Notre-Dame de Paris.

Un an plus tard, le sanctuaire de la Cathédrale de Sens est consacré par Alexandre III. L'édifice naît. "Sens se termine quand Notre-Dame commence. Paris est une des filles de Sens. C'est aussi vrai du point de vue ecclésiastique. Sens a sept évêques sous sa juridiction : Chartres, Auxerre, Paris, Meaux, Orléans, Nevers et Troyes. L'archevêque de Sens est le chef d'une grande province qui existera jusqu'au XVIIème siècle. Paris va s'émanciper à l'époque de Louis XIII".

Saint-Louis s'est marié à Sens

Mais ne sautons pas toutes les étapes et restons au Moyen-Âge central. Au XIIIème siècle, la Cathédrale de Sens est le lieu où l'on célèbre le mariage de l'un des rois les plus célèbres de l'histoire de France : Louis IX, que l'on surnommera ensuite Saint-Louis. "En 1234, l'archevêque de Sens ramène en grande pompe de Provence Marguerite, une jeune fille de 13 ans, tandis que Blanche de Castille vient de Paris avec son jeune fils de 20 ans. Ils se voient pour la première fois sur le parvis de la Cathédrale. Le mariage se fait tout de suite".

L'archevêque de Sens bénit les anneaux des époux. Sur celui de Saint-Louis est gravé l'inscription "hors de cette anneau, je n'ai point d'amour". "Après le mariage, tout le monde va au Palais Royal qui est maintenant le palais de Justice. Et on dit que le bureau du président du tribunal est la chambre nuptiale de Louis IX et Marguerite de Provence".

Le dauphin de Louis XV y est inhumé

En 1765, le fils aîné de Louis XV meurt à Fontainebleau, à 36 ans, avant de pouvoir succéder à son père. "Fontainebleau fait partie du diocèse de Sens. Le dauphin connaît très bien l'archevêque, qui est l'aumônier (ecclésiastique chargé de l'instruction religieuse) de son épouse, Marie-Josèphe de Saxe"

Louis de France est donc inhumé à la Cathédrale de Sens et y est enterré. "À Sens, reposent donc les parents de trois des quatre derniers rois de France : Louis XVI, Louis XVIII et Charles X". Un mausolée royal, démonté avant la Révolution puis réinstallé pendant la Restauration, est ainsi présent dans la ville. "Victor Hugo a pu le voir et écrire que Sens résumait la race de Saint-Louis puisqu'il s'y est marié et y est présent le tombeau des parents des derniers rois Bourbon".

La statue d'Étienne sauvée grâce à un bonnet phrygien, l'admiration de Mallarmé, Malraux emprisonné en 1940

Mais difficile de résumer l'histoire de la Cathédrale de Sens en quelques anecdotes. Alors on vous en livre encore quelques-unes pêle-mêle. Sachez par exemple que Thomas Becket, archevêque de Canterbury résidera de 1166 à 1170 dans une maison près de l'édifice après un conflit avec le roi d'Angleterre Henri II.

Bien plus tard, à la Révolution, les statues sur la façade de la Cathédrale sont démembrées. Toutes, sauf une, celle d'Étienne, car une personne lui a mis un bonnet phrygien sur la tête. Le Saint, protecteur du monument, devient Citoyen Étienne et est sauvé.

En 1814, à la chute de Napoléon, Sens est occupée par les forces coalisées. Les soldats du prince royal de Wurtemberg, brûlent 200 chaises de la Cathédrale pour lutter contre le froid du mois de février. "On voit la trace sur le sol. Les chaises n'ont toujours pas été remboursées", s'en amuse Bernard Brousse.

Inscrit au lycée impérial de Sens, Stéphane Mallarmé fera lui l'éloge de la Cathédrale, de ses flèches et son raffinement dans ses poèmes. Plus récemment, lors de la prise de la ville le 15 juin 1940 par les troupes Allemandes, l'édifice servira de prison. Parmi les personnes enfermées, un certain André Malraux.

Depuis 1135, la Cathédrale est donc un témoin privilégié de l'histoire de France et du temps qui passe. "Elle fait partie de notre patrimoine et de notre famille. Sens est une ville-cathédrale. Sans elle, il manquerait quelque-chose", conclut Bernard Brousse.