Carhaix. Création d’un mouvement "Pour une Bretagne autonome"

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Écrit par S. B. avec Claire Louet

300 personnes se sont réunies ce 19 novembre à Carhaix pour un colloque sur l'autonomie de la Bretagne. Politiques, géographes, juristes ont débattu, et décidé de la création d’un nouveau mouvement.

Un immense Gwen ha du sert de décor à Yves Lebahy. Le géographe auteur de "Défis pour la Bretagne" est l’un des premiers à prendre la parole dans ce colloque sur la Bretagne autonome. Et il donne le ton.

"Dans le discours officiel, on entend parler d’une Bretagne merveilleuse. De ses paysages magnifiques, de son dynamisme économique avec un taux de chômage le plus bas de France (6, 9%, 1,5 point en dessous de la moyenne nationale)."

"Mais dans la réalité, constate-t-il, on voit une très forte reprise des départs des jeunes bretons, comme dans les années 50. C’est un tiers d’une génération qui s’en va. La croissance démographique de la région est surtout constituée par l’arrivée massive d’une population de plus de 50 ans. Quant à l’activité touristique qui donne l’illusion d’une vitalité sociale et économique, elle est en fait un élément destructeur des équilibres économiques et sociaux d’une partie de la région". Le géographe évoque notamment la question du logement.

Autonomie, pour faire quoi ? 

"Une région majeure, conclut Yves Lebahy, doit pouvoir faire ses propres choix, décider de son organisation". Mais pour faire des choix en matière de transport, d’aménagement, d’énergie, d’éducation, précise-t-il, il faut à la région une dotation financière à la hauteur. "Or, déplore le géographe, le budget de la région est une misère, une dotation octroyée comme une obole, c’est insupportable."

A la tribune, Yves Brun, ancien commissaire aux comptes confirme. "Le budget de la région est aujourd’hui de 1,7 milliards d’euros. Avec une telle somme, le pouvoir de décision de la région est très limité. Si la Bretagne touchait les recettes fiscales de ses quatre départements, on monterait à 25 milliards, à 32 milliards même si on envisage la Bretagne à cinq. Là, on pourrait vraiment décider des politiques à mener."

Le maire de Carhaix, Christian Troadec, organisateur du colloque en est convaincu. "La Bretagne a besoin de gagner petit à petit des compétences."

"L’environnement en Bretagne, c’est nous qui y vivons, donc c’est à nous de décider. L’eau, c’est nous qui la buvons, donc si elle est dégueulasse, c’est de notre faute et c’est à nous de mettre en place des politiques qui conviennent", plaide à son tour Yvon Ollivier, juriste et auteur.  

"Si nous étions autonomes, nous serions plus réactifs par rapport aux problèmes que nous rencontrons", insiste Paul Molac, député du Morbihan. Il cite, lui aussi, l’exemple du logement. "Si nous étions autonomes, cela fait longtemps que nous aurions créé un fond pour pouvoir agir. Mais là, pour avoir le droit de construire sur des terrains à bâtir et pas seulement sur des friches, il va nous falloir passer par une loi à Paris, il va donc falloir que le gouvernement soit d’accord, puis qu’elle soit votée. Cela va prendre des mois et à la fin, on ne sait même pas si on aura un outil qui sera adapté !"

Un choix politique

Dans la salle, l’ancien Président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, est venu apporter son expérience. "Pour avoir une Bretagne autonome, il faut une volonté politique, c’est aux Bretons de le dire."

Comme pour rassurer ceux que la présence de l’indépendantiste corse peut tracasser, Alan Le Cloarec, membre fondateur de Douar ha Frankiz se charge de préciser. "Une région autonome, ce n’est pas une région indépendante, ce n’est pas la même chose. L’indépendance, c’est une souveraineté totale, c’est devenir un Etat comme tous les autres. L’autonomie, c’est obtenir que les compétences qui ont trait à la vie quotidienne des Bretonnes et des Bretons soient gérées par la région. Les fonctions régaliennes, la justice, la défense, la diplomatie restent dans les missions de l’Etat comme cela se fait en Allemagne, en Espagne, au Royaume Uni…"

En 2023, une réforme constitutionnelle doit avoir lieu. Elle posera la question du statut spécifique notamment sur la Nouvelle Calédonie, "la Corse va faire pression pour être présente dans le débat, prévient Alan le Cloarec, la Bretagne aussi !"

Pour se faire, les participants du colloque ont créé un mouvement "Pour une Bretagne autonome" et réfléchissent à de futures rencontres. 

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