Bibliothèque vagabonde avec Fabienne Juhel: "Un écrivain doit se mettre en danger quand il écrit."

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Professeur de lettres au lycée de Quintin, Fabienne Juhel publie un nouveau roman qui se déroule loin de la Bretagne qui lui est chère, au Malawi. Une histoire inspirée d'un reportage paru dans "Le Monde" sur une tradition ancestrale de viols initiatiques qui l'avait profondément bouleversée.

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C'est dans le Château de Quintin que Fabienne Juhel avait proposé que nous installions notre Bibliothèque Vagabonde, tout particulièrement dans la bibliothèque de cette bâtisse du XVIIIème siècle, propriété de la famille de Bagneux.

C'est loin de la Bretagne qui sert souvent de décors à vos romans que vous avez installé "Le festin des hyènes" (La brune au Rouergue). Votre histoire se déroule au Malawi. Pourquoi?

Le Malawi est un pays dont j'ignorais tout jusqu'à 2017. C'est un article du Monde paru en ligne qui m'a donné envie d'écrire sur une histoire bien particulière, sur les hyènes, pas les hyènes en tant qu'animal mais en tant qu'homme-hyène. Il se trouve que j'ai écrit un livre il y a très longtemps qui s'appelait les hommes sirènes et là, c'est l'histoire des hommes-hyènes. Ces hommes sont très particuliers dans la communauté, ils oeuvrent pour le bien de la famille puisqu'ils sont amenés à déflorer les jeunes filles dans un rite de purification sexuelle pour détourner le mauvais oeil de la famille et de celle que la jeune fille bâtira dans l'avenir. 

Cette tradition d’apprentissage sexuel, de viol initiatique est interdite par la loi depuis 2014 mais continue à se pratiquer dans le sud du pays.

 

 

 

On suit donc Elia qui va être envoyée par sa mère dans ce camp d’initiation dont elle ignore tout ou presque… On suit aussi Ladarius qui est un homme-hyène. Comment parvenir à se mettre dans la peau de Ladarius ?

Quand j'ai commencé à m'intéresser au sujet, on était en 2017. Et j'étais dans la colère à ce moment là: "encore les femmes qui souffrent, les femmes sont toujours les laissées pour compte, les boucs émissaires, les victimes" J'ai laissé apaiser ma colère. J'ai été frappée dans le reportage par le fait que les personnages masculins, les hommes-hyènes, ne se sentent pas coupables de rien, ils sont instrumentalisés par la communauté. Ils oeuvrent pour la bonne santé de la communauté. Ladarius certes est un bourreau, la jeune fille est dans la position de la victime. Mais je me suis rendue compte, en ayant beaucoup réfléchi au sujet avant d'écrire, car il faut un temps de gestation, que finalement il y avait deux victimes dans l'histoire. C'était très compliqué de prendre la place de Ladarius. Je raconte l'histoire à la troisième personne quand  je parle de la jeune fille mais quand je parle de Ladarius, cette fois là je dis JE. Je savais que c'était un JE difficile à habiter mais je voulais dire JE pour qu'on soit pas dans un schéma manichéen avec d'un côté le bien, de l'autre côté le mal et Ladarius, c'est le mal. J'ai endossé la défroque de Ladarius parce que c'était la position la plus difficile à tenir. Et je pense qu'un écrivain doit se mettre en danger quand il écrit et je me suis mise en danger en écrivant du côté du point de vue de l'homme, tout en brossant le portrait d'une jeune fille rebelle qui est du côté de la modernité, dans un autre élan.

Quand on lit votre roman, on est plongé dans cet univers de traditions, il y a un côté intemporel… Dans quelle mesure ce livre se rapproche malgré tout de vos précédents romans ? 

Je n'aime pas que nos livres soient ancrés dans une réalité trop marquée parce que sinon ils sont démodés. Ce qui ne se démode pas, c'est le conte. Ellia ne doit pas s'écarter du chemin de l'eau sinon elle fera une mauvaise rencontre. Sa mère lui dit, le chemin le plus court est un chemin sans détour. Donc on peut penser au petit chaperon rouge qui a pris un chemin de traverse et a fait une mauvaise rencontre. Et ça, c'est quelque chose qu'il y a dans tous les contes et qui traverse mes romans comme un petit clin d'oeil à ces contes qui nous ont aidé à grandir.

 

 

Le livre fétiche

 

 

Camus, Noces, Folio 

"C'est un livre que j'ai acquis quand j'étais étudiante, il y a plus de 35 ans. Donc c'est une édition de poche, avec une très belle odeur de papier que Kindle ne peut pas offrir, n'est-ce pas? Ce que j'aime là-dedans, dans les Noces à Tipaza, qui est le récit inaugural de la saison des Noces, c'est l'alliance de la terre et de la mer, la terre et le soleil, toutes les odeurs. C'est vraiment un jardin sensuel qu'on découvre à la lecture des noces à Tipaza. Et on suit Albert Camus dans ses pérégrinations, on est totalement en phase avec lui, et quand je pense à l'Afrique, c'est d'abord Noces à Tipaza qui me revient à l'esprit."

 

 

Le tiroir des jeunes lecteurs

 

 

Colère, Benoît Rivals et Olivia Le Divelec, Goater et 10 Doigts compagnie

Pour Monsieur l’ému, cette émotion sent le rouge, le chaud, c’est aussi un cri mais qui finit par retomber comme une vieille chaussette… Une émotion qui s’exprime avec des mots, des peintures et des gestes mimés issus de la langue des signes dans ce livre bilingue de Benoît Rivals et Olivia Le Divelec, coédité par les éditions rennaises Goater et par 10 doigts compagnie.

Le chevalier, sans peur et sans armure, André Bouchard, Seuil Jeunesse

Le chevalier inventé par le rennais André Bouchard est un chevalier sans peur et sans armure (et sans jambes aussi précise le titre) !  Un chevalier qui n’hésite pas à combattre en slip face à un ogre… qui s’en étouffe de rire! Vous aussi prenez ce risque en lisant ce très bel album publié au seuil jeunesse.

Dans mon sourire, Jo Witek et Christine Roussey, La Martinière jeunesse

Le sourire de cette petite fille imaginée par Jo Witek en esquisse des différents pour chaque moment de la vie : le sourire qui remplace le soleil quand il pleut, celui en forme de cœur de l’amitié, les sourires qui font de la balançoire avec mamy…

Et à chaque page, une découpe qui joue avec les illustrations de la costarmoricaine Christine Roussey . Les précédents albums du duo, toujours dans cet esprit « poupée russe » publiés chez La Martinière jeunesse ont été vendus à 1,5 millions  d’exemplaire dans le monde.

 

Le tiroir des libraires

 

 

Gilles Perrotin de la Librairie Le Marque-Page à Quintin (22) nous conseille un de ses coups de coeur, 

"Dans ce texte de Jacques Josse, "Le Manège des oubliés" (éditions Quidam),  l'auteur met en scène un certain nombre de personnages cabossés, oubliés, humiliès que la société a volontairement mis sous le tapis. Grâce à une écriture poétique, bienveillante pleine de tendresse, Jacques Josse leur redonne enfin vie. Un texte bouleversant parce qu'il est plein d'humilité et de tendresse pour ces personnages."

 

La 4ème de couverture 

 

La costarmoricaine Laëtitia Rouxel est auteur et illustratrice de la BD "Deux mains dans la terre" publiée chez Actes Sud et cosigné par Jacques Caplat.

 

 

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